
L'autre monde - Chapitre 9
Shun, Shiryu et Hyoga étaient heureux de revoir Kanon, et je ne pouvais m’empêcher de penser que malgré l’inconnu qui nous attendait dans moins de 4 heures dans la maison du Bélier, cela ne semblait pas les affecter plus que ça. Moi, je ne pouvais rien avaler. Je changeais maintes fois de position sur mon siège et ne parvenais à boire qu’une infime quantité d’eau, tellement j’avais mal au cœur. Eux, au contraire, faisaient honneur au repas. Quant à Kanon, je le devinais aussi nerveux que moi et surtout inquiet pour Jilian. Il s’efforçait de paraître enjoué et de manger de bon appétit, alors qu’en regardant bien, il n’avalait que quelques bouchées. Je me décidai cependant à me lever de table, prétextant une dernière chose urgente avant le grand départ et avant que je ne briefe Shun et Kanon. En un bref coup d’œil, je compris que Kanon me chargeait de savoir où était passé Jilian depuis ce matin. Je lui souris pour le rassurer et pris congé sans trop éveiller les soupçons, sauf peut être de Shiryu, qui me suivait de ses yeux morts.
Je demandai à mon secrétaire de me convoquer Jilian sur-le-champ, car je n’avais pas envie de lui courir après. Le plus simple était encore de le faire venir jusqu’à moi. Pendant ce temps là, je regardai les dossiers épineux, pour voir où je pourrais l’envoyer. Je m’intéressais sérieusement à un dossier en particulier quand on l’annonça. Il ne devait pas être très loin car il arriva assez vite, peut être même trop vite. Tout ce que j’espérais, c’était qu’il n’avait pas entendu les révélations de Kanon sur sa filiation. Rien ne le laissait supposer, car je ne vis aucune émotion particulière sur son visage quand il entra, mais je le connaissais bon comédien.
- Vous m’avez fait demander ?, demanda-t-il d’une voix neutre.
- Oui, mais relève toi, tiens, prends la chaise qui est là.
Je lui montrai la chaise derrière mon bureau. Puis, une fois que je m’assurais que Kanon, sur la terrasse, avait vu son neveu, je fis semblant de changer d’avis.
- Euh, non, pour finir, viens avec moi, allons marcher un peu, nous serons plus tranquilles.
Il haussa les épaules et se dirigea vers la porte. Je pris mon dossier avec moi sous le bras et l’invitai à marcher vers le temple d’Athéna. Il m’offrit son bras, comme à son habitude chaque fois que nous marchions ensemble. Les révélations de Kanon résonnaient encore dans ma tête. Le fils de Saga… Je m’arrêtai soudain, repensant à ce qui s’était passé 20 ans plus tôt. Saga était tombé malade, et c’était la fille du médecin du dispensaire qui venait le soigner… Jilian inquiet me sortit de ma rêverie.
- Majesté, vous allez bien ?
- Euh, oui, ça va, je viens de me rappeler une chose sans importance mais qu’il va falloir que je fasse avant de partir.
- Pourquoi vouliez-vous me voir, au juste ?
Je le regardai, il était aussi impatient que son père ! Je le menai près d’un banc d’où nous avions une vue imprenable sur le Sanctuaire, et lui tendis le dossier que j’avais pris avec moi. Il le prit et commença à le lire, toujours aussi impassible. Il haussa tout de même un sourcil.
- Je vois… quand voulez-vous que je parte ?
- Le plus tôt possible, mon garçon, cet après-midi si tu peux. Je t’envoie quand même à l’autre bout du monde.
- Pourquoi moi ? Vous disiez ce matin que vous regrettiez de m’avoir fait chevalier d’or et maintenant vous me servez une crise importante au Pérou ? Je ne vous suis plus…
Ce garçon, que j’adorais malgré tout, et malgré moi, comme le fils que n’avais pas eu, avait l’art et la manière de me surprendre et de m’énerver. Comment allais-je me sortir de là sans dégâts ?
- Je voulais te faire réagir, ce matin, Jilian, rien de plus. Mais il est vrai que tu es imbuvable, pardonne-moi ma franchise, depuis quelque temps. La vie au Sanctuaire est assez morne pour quelqu’un de ton tempérament. J’avais le même problème avec ton p…
Je m’arrêtai sur le champ. Qu’avais-je dit ? Mais à ma grande surprise il ne releva pas, ce qui me permit d’enchaîner.
- … avec ton maître.
- Vous avez sûrement raison… je m’ennuie.
- Je le sais bien. Je sais que tu feras du bon travail là-bas au Pérou. C’est surtout de l’humanitaire, mais c’est important.
Il acquiesça tout en regardant la vue, le dossier ouvert dans ses mains.
- Vous m’aviez promis de me parler de Saga, comment vous l’aviez connu.
Voilà qu’il me surprenait de nouveau.
- C’est vrai, je te l’ai promis. Ecoute, fis-je en lui reprenant le dossier, fais du bon boulot au Pérou, et à ton retour, je te dirai tout ce que tu voudras savoir.
Il se releva et acquiesça tout en m’offrant son bras pour redescendre vers la maison du Pope où m’attendaient mes amis, sûrement prêts à partir vu l’heure qu’il était.