
L'autre monde - Chapitre 10
Plus l’heure avançait et plus je me sentais nerveux. Je commençais réellement à me demander si je ne m’étais pas emballé trop vite. En plus, comme un fait exprès, Jilian me causait des soucis, et je m’en voulais de partir à l’aventure au lieu de rester m’occuper de lui. Les enfants sont étranges parfois, ils écoutent plus un parfait inconnu que leurs propres parents. Il avait bien semblé m’écouter tout à l’heure sur le banc, mais je me méfiais. Comment n’avait-il pas entendu ma bourde, quand j’ai failli appeler Saga, son père ? Il était également possible que je me fasse des idées.
- Seiya !
La voix de Shun me tira de ma rêverie. Nous étions tous au complet dans mon bureau pour un dernier débriefing, Shun, Shiryu, Hyoga, Kiki, Kanon et moi.
- Excusez-moi, mais il se trouve que c’est toujours au moment de partir qu’il nous arrive des imprévus, fis-je en regardant Kanon. Bien, messieurs, il va être temps d’y aller, notre ami Mu nous attend.
J’envoyai Shiryu et Hyoga chercher leurs armures et partir devant avec Kiki, pendant que je restais un petit moment avec Shun et Kanon. Je les mis brièvement au courant des en-cours, puis sur le départ, je pris Kanon à part.
- Bon, écoute, j’ai envoyé Jilian au Pérou pour une mission humanitaire, mais d’importance tout de même. Il devrait en avoir pour quelques jours, et avec de la chance, je serai rentré avant lui.
- Oui, je sais, il me l’a dit tout à l’heure. Il était très fier. Un grand merci pour tout ce que tu fais pour lui…
Je le stoppai net, car j’allais me mettre à pleurer, et ce n’était vraiment pas le moment.
- Ca va, ne t’en fais pas. Mais il faudra qu’on en reparle à mon retour ! Je sens que cette histoire va me travailler. Quel dommage qu’on ne puisse pas repousser à demain !
- Ne dis donc pas de bêtises ! Tu ne changeras jamais…, me gronda Kanon.
Je rejoignis mes amis, l’armure du Sagittaire, que je n’avais pas endossé depuis des années, sur le dos, dans la maison du Bélier. L’aide de Kiki et celle de Mu, qui nous attendait de l’autre côté, me rassurait quelque peu.
4 heures moins 5 minutes… c’était terriblement angoissant d’attendre comme ça sans rien faire. L’ambiance commençait à se faire oppressante.
- Kiki, mon ami, fis-je, on ne peut pas y aller maintenant ?
Pour toute réponse, il me sourit, puis quand l’heure fut enfin venue, il dessina un rond et des symboles par terre à l’aide d’une craie. Il se tint à l’intérieur les bras écartés en murmurant des mots incompréhensibles. Soudain, les murs du temple se mirent à bouger, j’avais l’impression étrange qu’ils allaient m’absorber. Kiki nous invita à le rejoindre dans le cercle et une fois à l’intérieur, je me sentis tomber dans un vide immense. Je ne sentais plus mon corps tellement la chute était vertigineuse et je n’avais plus aucun repère. Tout à coup, je sentis un contact brutal avec le sol, le nez sur le dallage froid avec l’impression désagréable d’avoir le corps en mille morceaux. Kiki, à côté de moi semblait dans le même état. Une main secourable s’offrit à moi quand j’essayai de me relever. En levant les yeux, j’aperçus, dans un grand moment de joie, le visage souriant de Mu, le chevalier d’or du Bélier, mon ami disparu depuis plusieurs années.
Il m’aida à me relever, mon corps pesait une tonne et j’avais l’impression de ne plus avoir d’articulations.
- Doucement, me dit Mu, vos sensations reviendront dans quelques minutes.
Il aida les autres à se relever, Kiki qui était groggy sur le sol, Hyoga qui essayait de reprendre ses esprits assis en tailleur, Shiryu qui n’avait pas repris connaissance et… je croyais que mes sens me jouaient un tour ! J’essayais de marcher vers ce corps étendu sur le ventre, non loin de celui de Shiryu, mais la tête me tournait tellement que je finis à 4 pattes. J’avais bien vu, ces cheveux noirs et bouclés, l’armure d’or des Gémeaux, c’était bien Jilian !
Sous l’effet de la colère et de la surprise mes esprits me revinrent tout d’un coup et je me chargeai de réveiller ce petit imbécile moi-même en le giflant et en jurant.
Une poigne de fer me retint par le poignet.
- Arrêtez ! Il est réveillé maintenant.
Je n’en croyais pas mes oreilles, le chevalier Aiolia du lion se tenait derrière moi.
- Aiolia ?! C’est toi ?
- Oui, Majesté, fit-il gêné, Mu nous a dit que vous viendriez, alors nous sommes venus, par curiosité.
- Nous ?
Je me rendis compte soudain que je tenais toujours Jilian par les cheveux ! Je le lâchai pour l’aider à le remettre sur ses jambes, puis le giflait de nouveau.
- Seiya !, s’indigna Shiryu, arrête maintenant.
- Il m’a désobéi !! Il a osé… puis m’adressant à Jilian qui me regardait de toute sa hauteur, tu ne mérites pas le souci qu’on se fait pour toi, Kanon et moi. Tu es bien comme ton père !
Tout le monde resta interloqué par ce que je venais de dire. Quant à Mu, Aiolia et Aldébaran, ils assistaient à la scène en spectateurs.
- Mon père ?... balbutia Jilian sans me quitter des yeux. Je le savais, j’en étais sûr… Et Kanon ce vieux fou sénile…
Je le giflai de nouveau.
- Un peu de respect, s’il te plaît, pour l’homme qui s’est efforcé de t’élever ! Ah, tu m’as bien joué la comédie tout à l’heure, n’est ce pas ? Mais tu ne vas pas t’en tirer comme ça ! Tu voulais que je te parle de Saga ? Tu vas avoir ta réponse dans les prochaines heures !
- Seiya, calme-toi maintenant, me dit Hyoga. On devrait peut être expliquer certaines choses à nos… amis, ici présents.
Je me rendais subitement compte que nous n’étions plus dans « mon » Sanctuaire et que les pauvres Mu, Aldébaran et Aiolia ne comprenaient pas un traître mot. Je me tournai donc vers eux pour leur expliquer qui nous étions et d’où nous venions.
Aiolia semblait désolé.
Tu avais raison, Mu, et je ne t’ai pas cru. Si je ne le voyais pas…