
L'autre monde - Chapitre 8
Le lendemain matin je me levai très tôt. Je voulais mettre les choses en ordre avant de partir, je ne voulais pas laisser à Shun de mauvaises surprises, même si je savais Kanon parfaitement au fait de la gestion du domaine. Je bouclai donc certains dossiers laissés en suspens et qui n’attendaient qu’une note de ma part pour être classés, et laissai le reste pour mon retour. Tout ceci terminé, je pris la direction du cimetière, persuadé d’y trouver Kanon.
Je ne m’étais pas trompé, il était bien là, mais au lieu d’être silencieux comme à son habitude, il maugréait sur la tombe de Saga.
- Bonjour Kanon !
Il se retourna surpris, visiblement agacé.
- Excuse-moi, fis-je un peu gêné, je ne voulais pas te déranger.
- Non, tu ne me déranges pas, dit-il un peu gêné à son tour. Je suis désolé, mais Jilian m’a beaucoup énervé hier soir et ce matin.
- Oh, je vois… il est venu me voir hier. Je l’ai gentiment éconduit.
- Et tu as bien fait ! Ce gamin finira par avoir ma peau, s’il continue.
Je ne répondis pas à cette dernière affirmation, je ne préférais pas me lancer dans un débat qui ne me regardait pas. De plus Kanon connaissait parfaitement mes craintes et nous savions tous les deux de qui il avait été le disciple.
- Veux-tu venir avec moi au palais ? J’ai des choses d’importance à te dire.
Il parut surpris de ma demande, mais me suivit sans protester.
Sur le chemin je lui expliquai brièvement ce que j’attendais de lui, que je devais m’absenter quelque temps, que je lui confiais la gestion du Sanctuaire et qu’il aurait Shun avec lui.
- Shun ? Tu veux dire… Shun, le chevalier Andromède ?
- Ex-chevalier Andromède ! Lui-même.
- C’est lui que tu es parti voir pendant quelques jours ?
- Lui et les autres aussi. Mais je t’expliquerai tout au palais.
Nous arrivâmes dans mon bureau que j’eus la surprise de voir grand ouvert. Je le fermais toujours quand je m’absentais ou quand je ne voulais pas être dérangé et tout le monde le savait, c’était une sorte de code. Kanon aussi connaissait mon habitude.
- Quelqu’un d’autre a les clés de ton bureau ?
- Jamy les a, oui.
Puis, passant la tête à l’intérieur je distinguai une mince fumée venant du balcon. Je compris soudain.
- Jamy a dû ouvrir à mes invités, expliquais-je à Kanon, qui venait de comprendre, lui aussi.
C’était bien ça, Shun et Hyoga prenaient le café sur la terrasse et Shiryu fumait sa pipe adossé au mur. A ma grande surprise et à celle de Kanon également, Jilian était là aussi, assis dans mon fauteuil à discuter gaiement avec mes amis. Mon sang ne fit qu’un tour, mais ce ne fut pas moi qui explosa le premier.
- Jilian !, hurla Kanon hors de lui.
Jilian sursauta à la vue de celui qu’il prenait pour son oncle et comprit sans doute à l’instant sa faute d’être assis dans le mauvais fauteuil. Il se leva penaud et Kanon le prit par le bras et l’entraîna à part, assez brutalement, hors du bureau. Je pris la décision de les suivre pour tempérer Kanon s’il le fallait. Quand j’arrivai, Jilian, hors de lui, criait.
- Fiche moi la paix, tu n’es pas mon père !
- Saga non plus n’était pas ton père, intervins-je en voyant la mine déconfite de Kanon. Et je crois qu’il n’aurait pas aimé ce que tu es devenu, un sale gamin arrogant et ambitieux. Je crois que j’ai fait une belle erreur le jour où je t’ai promu chevalier d’or.
Jilian me jeta un regard haineux, mais n’osa pas répliquer, il avait encore de la considération pour mon rang, et peut être, j’osais encore le croire, pour moi.
Kanon avait les larmes aux yeux, tellement il était en colère.
- Ne t’en fais pas, fis-je en mettant ma main sur son épaule pour le réconforter, il finira par grandir, d’ailleurs, je vais m’occuper de lui personnellement à mon retour.
- Il y a une chose que je ne t’ai jamais dite, Seiya…
- Quoi, quelle chose ? répondis-je de mon air le plus bienveillant. Je croyais qu’il parlait sous le coup de ses émotions.
- Je croyais que tu le savais… c’est tellement frappant que pour moi, il était évident que tu avais compris depuis longtemps.
Cette fois, j’étais vraiment surpris, il ne délirait pas du tout.
- Compris quoi ? Je ne vois pas.
- Il est le fils de Saga…
J’en restai pantois, à le regarder bêtement avec des yeux ronds de stupeur et d’effroi. Il eut la gentillesse de me laisser me remettre seul de mes émotions.
- Le fis de…, finis-je tout de même par dire.
- Oui… et mon neveu donc.
- Mais, lui, il le sait ?
- Non. Saga ne voulait pas qu’il le sache, du moins au début. Il a voulu lui dire avant de mourir, mais, il n’a pas pu. Il m’avait chargé de le mettre au courant, mais, je n’en ai jamais eu le courage.
- Mais pourquoi ? Il adorait Saga. Ce n’est pas comme si tu devais lui apprendre qu’il était le fils d’un homme qu’il déteste.
- Ce n’est pas aussi simple…
Il n’eut pas le temps de terminer, Shun arriva sans crier gare.
- Ah, vous êtes là ? On commençait à s’inquiéter… qu’est ce qui se passe ? Vous n’avez pas l’air d’aller. Si c’est Jilian, ne vous inquiétez pas, il a été très correct et courtois.
- Encore heureux !, réussis-je à dire encore sous le coup de la surprise. Nous arrivons, pars devant.
- Je suis content de te revoir, Kanon, fit-il en nous laissant seuls.
- Il faudra qu’on en reparle à mon retour, dis-je. Mais, je te promets de m’occuper de lui personnellement.
- Que comptes-tu faire ?
- Il est chevalier d’or, je vais donc l’envoyer en mission, comme les autres. Je ne le faisais pas par respect pour toi, mais là, il faut le calmer. Ca ne peut plus durer.
- Tu ne peux pas l’emmener avec toi ?
- Kanon, tu ne sais pas où je vais… mais je vais te l’expliquer. Allez, viens avec moi, nous avons déjà assez de retard comme ça.
Je n’oubliais pas qu’à 16h je devais me trouver dans la maison du Bélier, et la matinée était déjà terminée.
Je l’entraînai donc vers la terrasse où devaient nous attendre Shun, Shiryu et Hyoga.
- Allons déjeuner, ça nous détendra.