
L'autre monde - Chapitre 2
La visite de cet inconnu m’avait bouleversé. Son histoire pouvait paraître étrange, mais j’avais vu tellement de choses au cours de mon existence, que je n’en fus pas tellement surpris. Cependant, une chose m’intriguait, je n’avais plus mes 20 ans, et mes amis non plus, si tant est qu’ils se souviennent encore de ce que fut notre amitié. Mais si Saori avait besoin de moi, encore une fois, comment résister ?
Je mis mes dernières affaires en ordre et fis appeler le chevalier du Bélier. Chaque génération depuis Shion avait assuré la garde du domaine sacré, en tant que pope ou en intérim, et j’avais déjà fait appel à Kiki à de nombreuses reprises.
Mis à part les cheveux roux, le chevalier d’or du Bélier, qui était agenouillé devant moi, ressemblait beaucoup à Shion. Chose qui n’était pourtant pas flagrante dans sa jeunesse. Les mêmes traits, la même allure, les mêmes cheveux en bataille…
- Kiki, mon ami, je t’ai fait appeler car je dois m’absenter. Je ne sais pas combien de temps je serai absent, aussi, je me demandais si tu accepterais, encore une fois, la charge de gardien par intérim.
- Majesté, c’est toujours un honneur pour moi !
- Pas de « Majesté » entre nous, tu veux ? Tu sais que j’ai horreur de ça. Nous nous connaissons trop bien et avons pratiquement le même âge.
Puis voyant une légère trace d’inquiétude sur son visage, j’ajoutai :
- Je pars en voyage ! J’ai envie de savoir ce que sont devenus mes anciens compagnons.
Il parut assez surpris par ce que je venais de dire. Même son expression de surprise me rappelait Shion. Vraiment surprenant.
- Je ne sais même pas si Hyoga est toujours en vie, vois tu ? Et puis, j’ai besoin de m’éloigner. Alors, je peux compter sur toi ?
- Vous savez bien que oui. Mais tout de même, je n’aime pas vous savoir seul. Je pourrais venir avec vous.
J’éclatais= de rire. Mais d’un rire plus forcé, pour faire le brave, que d’un rire franc. Son inquiétude me touchait, mais ne me surprenait pas.
- Ne t’inquiète pas, je ne suis pas encore foutu, seulement âgé. Et puis, je ne pars pas me battre, je vais voir mes amis. Je ne risque rien à prendre le thé.
Cette remarque le détendit et le fit sourire.
- Tu ressembles vraiment…
- Je sais, vous me l’avez déjà dit plusieurs fois, Mü aussi me l’avait dit, répondit-il, l’air assez fier.
Et il pouvait être fier. Shion était resté une référence, lui succéder en tant que Pope n’avait pas été chose aisée.
Je partais l’esprit tranquille, laissant le domaine sacré entre de bonnes mains. Je pris la direction du Japon, là où résidaient Shun et Ikki. Shun était le seul à me donner des nouvelles. Je ne savais pas s’il accepterait de me suivre, vu qu’il avait définitivement abandonné la chevalerie et toute forme de violence, mais au moins, je savais qu’il accepterait de me recevoir et peut être même de m’écouter. Je prenais néanmoins le risque de me faire prendre pour un demeuré. Je voyais d’ici la réaction de mes compagnons « mais enfin, Seiya ! Tu as fait tout ce chemin pour me dire ça ! Tu dors bien en ce moment ? ». Je ne savais pas encore comment j’allais leur présenter la chose sans les braquer et en restant crédible surtout. Ce n’était pas vraiment gagné.