
L'autre monde - Chapitre 3
Shun avait pris la décision de ne plus être le chevalier Andromède dès la fin de la guerre sainte contre Hadès. Il était retourné au Japon et avait ouvert, en partenariat avec la Fondation Kido, un orphelinat et un centre pour jeunes délinquants. Ce centre était devenu notre principale source de recrutement. Saori San en était vraiment très fière, et Shun avait le sentiment de se rendre utile.
Ikki, le frère aîné de Shun, l’avait beaucoup aidé, et s’était beaucoup investi. Nous lui devions beaucoup. Lui aussi, nous avait quittés prématurément.
Je m’approchai du grand domaine. Depuis près 20 ans que je n’étais pas venu, depuis la mort de Ikki, en fait, les choses avaient changé. Des arbres avaient été plantés, la maison repeinte et le toit refait apparemment. Ca ne chômait pas. Je m’arrêtai un instant devant la grille, me demandant si Shun serait vraiment content de me revoir. Accepterait-il de me suivre et de réendosser l’armure d’Andromède ? Mon instinct me disait que non, mais je pouvais me tromper. Shun était capable de surprendre parfois.
J’arrivai enfin devant la grande porte de bois. Sur le côté, une plaque dorée portait les inscriptions « Fondation Kido, à la mémoire de Saori Kido et d' Ikki ». Shun avait dû le faire rajouter depuis. Je sonnai et fus introduit dans un grand bureau, aux couleurs chaudes, un endroit très agréable. J’eus à peine le temps d’enlever mon manteau que Shun arriva. Il avait coupé ses cheveux et portait un ensemble pantalon et veste en tweed. Il faisait un vieillard très respectable.
- Seiya !! Je suis content de te voir. Tu n’as pas changé !
- Menteur ! J’ai l’air vieux !
- Nous avons l’air vieux, corrigea-t’il.
Nous nous assîmes dans de grands fauteuils de cuir près du feu. Il avait vraiment changé, ses cheveux avaient blanchi mais ses yeux brillaient d’un feu que je ne lui connaissais pas.
- Que viens-tu faire ici, au juste ?
- Je suis venu voir mon ami, tu restes tellement formel dans les rapports que tu m’envoies.
- Ce ne sont que des rapports, Seiya. Si tu me disais la vraie raison de ta visite…à part me voir, bien entendu.
- Ah, Shun !! Je ne sais pas encore comment te dire ça…
- Tu as des ennuis ?
Du coup, il avait vraiment l’air inquiet. Et moi qui avais peur que notre amitié n’ait pas survécu à notre éloignement et à nos âges.
- Non ! Enfin, pas vraiment… Oh et puis zut, tu vas me prendre pour un vieux fou sénile, mais tant pis ! Alors écoute…
Et je me lançai dans mon récit, répété tellement de fois la veille, que j’avais l’impression de répéter une fois encore. Je lui racontai la visite de l’inconnu, dont la voix m’avait semblée pourtant familière et ce qu’il m’avait dit.
- Tu ne sais pas qui il était ?
- Non, il ne voulait pas que je voie son visage.
- C’est curieux… et tu as cru à cette histoire ? Qu’est-il devenu ?
- C’est ça justement qui m’a fait croire, il a disparu ! Pfft , envolé, personne ne l’a vu venir et personne ne l’a vu partir.
- Hmm… il fixait des yeux son verre à moitié vide. Il devait me prendre pour un fou. Puis il ajouta :
- Seiya, tu devrais te reposer, le voyage a été long. Je t’ai fait préparer une chambre, tu es ici chez toi.
Il se leva, me regarda de son air bienveillant puis fit mine de partir.
- Dis moi une chose… je suis le premier que tu es venu voir ?
- Oui…
- Bon, je te donnerai ma réponse demain. Bonne nuit.
Je ne sais pas si j’ai arrivé à fermer l’oeil. Je me suis retourné vingt fois dans mon lit cette nuit là. J’ai ressassé cette histoire, me suis fait des films sur la réponse de Shun. Je me suis même demandé si je n’allais pas repartir pour le Sanctuaire comme un voleur. Puis, le matin vint. Les premiers rayons du soleil me donnèrent espoir. Si Shun me prenait pour un fou, je le remercierais quand même et lui dirai qu’il avait certainement raison.
Je descendis vers la cuisine voir si je ne pouvais pas avoir un café pour me réveiller. On aurait dit que la cafetière n’attendait que moi, ce que je pris pour un bon présage.
- Je vois que tu te souviens du chemin de la cuisine !
Je me retournai, surpris. Je ne l’avais pas entendu venir. Je me faisais vieux !
- Oh, bonjour Shun. Tu fais toujours le meilleur café !
J’essayai vraiment de paraître aussi en train et sûr de moi qu’au temps de mes 20 ans. Mais il ne fallait pas se leurrer. Et Shun n’était pas dupe.
- Ah Seiya… fit-il d’un air las en se laissant tomber sur une chaise, je crois que tu as aussi mal dormi que moi, non ?
- Je crois bien, oui… avouai-je en me laissant tomber aussi.
- Tu penses aller voir qui après ?
- Je ne sais pas… Shiryu peut-être bien.
- Hmm…je crois que je vais t’accompagner, juste pour voir sa réaction.
- Tu crois que je devrais lui raconter cette histoire alors ? Tu ne me conseilles pas de rentrer au Sanctuaire ?
- Je ne crois pas que tu aies inventé cette histoire, si c’est ce que tu veux savoir. Sers moi un café, tu veux ?