L'autre monde - Chapitre 14
Shaka, le chevalier d’or de la Vierge, ou l’homme le plus proche des Dieux, était dans notre réalité un homme très réservé qui méditait la plupart du temps. Mais il était aussi un ami sincère et dévoué. Saga et lui s’entendaient et se connaissaient très bien, je ne savais pas au juste ce qu’ils pouvaient bien se raconter quand ils se voyaient, mais ils étaient capables de passer des heures à discuter. Je me demandais donc, avec un peu d’appréhension, au fur et à mesure que nous avancions, s’il en était de même dans cette réalité, ou si nous allions devoir nous battre contre un des plus puissants chevaliers de l’ordre.
Nous franchîmes le seuil du temple dans une atmosphère presque irréelle, et même s’il me semblait avoir retrouvé mes 20 ans, je ne me sentais pas moins nerveux. Kiki restait dans mon sillage, toujours prêt à me protéger de son Crystal Wall quoi qu’il advienne. Une atmosphère assez pesante régnait dans ce temple, mais il est vrai que Shaka était aussi un maître en illusions. Il se dessinait un mince sourire sur les lèvres de Saga, et je devinai alors que leur amitié était aussi réelle dans cette réalité. Il remarqua que je l’observais, et d’un geste rassurant, nous invita à rester l’attendre pendant qu’il allait trouver Shaka.
Il revint vers nous presque immédiatement.
- Il nous attendait. Puis se tournant vers moi, il ajouta : - et il a une surprise pour vous.
- Une surprise ?
Je détestais les surprises, surtout quand elles étaient préparées par un chevalier d’or qui gardait son temple.
Nous nous avancions donc et nous vîmes d’abord le chevalier de la Vierge assis en tailleur (voilà au moins une chose qui ne changeait pas) qui nous attendait, impassible. Mon regard fit le tour de la pièce et il s’arrêta sur ce que je devinais être la « surprise » : Le chevalier Pégase, autrement dit mon double, lévitait inconscient dans un champ magnétique à l’autre coin de la pièce.
- Shaka !, m'écriai-je indigné, qu’est ce que ça signifie ?
- Vous êtes le grand Pope, je suppose, me dit-il sans même prendre la peine d’ouvrir les yeux et sur un ton monocorde assez désagréable. Vous n’avez aucune autorité ici.
- Ce qui veut dire ?
- Je suis le seul maître des lieux. Même notre Pope ne vient pas me déranger. Et encore moins un subalterne…
La colère commençait à m’envahir. Qu’est ce qu’il voulait, au juste ? Me tester, comme DM ? Je regardais le chevalier du Cancer, toujours inconscient, qu’Aldébaran avait déposé au pied d’un pilier. J’y étais peut être allé un peu fort avec lui tout à l’heure. Sa vue me calma un peu.
Mu prit la parole, très calmement comme à son habitude :
- Shaka, j’avais envoyé le chevalier Pégase faire le tour des maisons, afin d’alerter les chevaliers d’or de l’arrivée de l’aide tant attendue pour démasquer un tyranet mettre un terme à son règne . Je ne m’attendais pas à ce que tu le traites comme un intrus.
- A moins que tu n’aies décidé de t’allier avec le Pope ?, commençai-je.
Par Athéna, les chevaliers d’or de ce monde étaient vraiment imbuvables, il leur fallait une bonne leçon ! On voyait bien qu’ils n’avaient jamais eu à faire à plus fort qu’eux. Je repensai avec effroi à l’effroyable épisode d’Hadès, en me disant qu’en cas d’attaque subite de ce Sanctuaire, le monde courait à la catastrophe…
Shaka se résigna tout de même à libérer Pégase. Quand nous nous retrouvâmes face à face tous les deux, ce fut un choc, pour lui comme pour moi. Il se voyait vieux et je me revoyais jeune. Nous étions là à nous observer mutuellement quand Mu appela :
- Pégase !
Nous nous retournâmes tous les deux en même temps, ce qui fit sourire tout le monde.
- Il serait temps pour toi de terminer la mission que je t’ai confié, tu ne crois pas ? Il te reste des maisons à traverser.
- Je crois que ce ne sera pas nécessaire, intervint Shaka. Les autres sont ici, ils vous attendaient.
A cet instant Milo, Camus et Shura sortirent de l’ombre pour s’avancer dans la lumière. Je n’avais même pas senti leur cosmos en entrant. Shaka avait dû les dissimuler, je ne sais pas comment.
A la vue de Milo, mon double se braqua et je sentis qu’il était prêt à fondre sur le responsable de la tuerie du tournoi galactique. Il commençait à dessiner les points de Pégase quand Saga lui posa une main sur l’épaule pour l’empêcher de continuer.
Il est vrai que le Milo que nous avions en face de nous était méconnaissable par rapport à celui que j’avais bien connu. Quelque chose n’allait pas, je le sentais, mais quoi ? Que s’était-il passé ici, par tous les saints ?