La face cachée des Dieux - Chapitre 7
Mu n’attendit pas bien longtemps, accroupi derrière son buisson, avec , gisant sur l’herbe à ses côtés, un Shaka roupillant de tout son saoûl. Veinard ! Si encore il savait tout le mal qu’il se donnait pour lui ! Mais même pas …
- Monde ingrat …, marmonna-t-il.
Un cri strident l’interrompit dans ses réflexions. La voix de la princesse ! Il tendit le cou, inquiet, cherchant à voir ce qui se passait.
Il n’en eut pas le temps. Un bruit de pas précipités près de lui le fit plonger à nouveau derrière son buisson. Apparemment, les gardes en faction avaient eux aussi entendu le cri et déboulaient de toute part, craignant une attaque. Il jeta un coup d’oeil prudent vers le salon. Des servantes y couraient en tout sens, l’air affolé.
Le cri reprit de plus belle, encore plus aigu que le précédent.
- Attrapez-la !
De quoi s’agissait-il donc ?
Mu abandonna Shaka et se rapprocha de l’entrée du salon, après s’être assuré que celui-ci était toujours trop groggy pour émettre le moindre bruit qui les aurait fait repérer, quoiqu’avec le désordre ambiant, ils auraient aisément pu traverser les jardins à dos d’éléphant sans attirer l’attention.
Et ce qu’il vit le laissa pantois.
Jugez plutôt : la déesse Athéna elle-même, juchée sur un guéridon à trois pattes, en plein milieu de la pièce, l’air à demi-hystérique, les yeux exorbités et le bras tendu vers un coin du salon ! Et dans ledit coin, une masse informe de tabliers et d’armures, qui s’agitait en pure perte, l’un gênant l’autre, dans un beau brouhaha !
- Là !, hurla-t-elle à nouveau, elle est partie par là !
Elle pointa le doigt en direction de la porte qui donnait sur une autre pièce.
Du coup, toute la troupe, serviteurs comme gardes, abandonna le coin pour bondir vers la porte, se cognant les uns aux autres. Profitant de la confusion, Saori chercha des yeux Mu. Elle le vit et lui fit un clin d’oeil.
Il comprit, bondit ramasser Shaka toujours vautré sur la pelouse, et se tint prêt à foncer.
Pendant ce temps, la princesse continuait à monter dans les aigus, affolant tout son monde.
- L’avez-vous ???
- Il n’y a aucune souris ici , Majesté, risqua un garde.
- Si, je l’ai vue ! Cherchez encore, par pitié, supplia-t-elle en se tordant de peur sur son guéridon. Cherchez tous !
Les deux ou trois servantes qui visiblement hésitaient encore à affronter le monstre à longue queue se le tinrent pour dit et se risquèrent à franchir la porte, laissant la voie libre au chevalier du Bélier.
Au signe de Saori, Mu ne fit qu’un bond en direction du couloir. Il était temps : deux secondes plus tard, une servante émergeait de la pièce voisine, apparemment mal à l’aise.
- Nous n’avons rien trouvé, Majesté.
La Majesté en question parut consentir à se calmer.
- Peut-être ai-je eu une hallucination à cause du décalage horaire, balbutia-t-elle. Vous êtes sûrs qu’il n’y a plus aucun danger ?
- Aucun, Majesté.
Tout en se félicitant en elle-même d’être si bonne comédienne et d’avoir dupé tout le monde si facilement, elle entreprit de descendre de son perchoir improvisé. Seulement voilà : les guéridons à trois pieds sont par nature instables, et celui-ci ne faisait pas exception à la règle. Si bien que lorsqu’elle se pencha, il bascula soudain vers l’avant, et la réincarnation de la toute-puissante et invincible déesse Athéna chut sans grâce aucune sur le sol de marbre.
Hurlement de douleur.
- Mon genou !
Toute la troupe lancée à la poursuite de l’invisible bestiole se déversa à nouveau dans le salon au secours de sa bien-aimée mais hystérique déesse. Mais Mu, lui, avait déjà trouvé refuge dans les profondeurs du Palais.