La face cachée des Dieux - Chapitre 8
Le crime était donc consommé.
Mu regardait d’un air désabusé le spectacle qui s’offrait à lui.
Un homme dans le lit de la déesse Athéna ! Et avec la complicité de la déesse elle-même ! Rien qu’à y penser la tête lui en tournait. Même s’il estimait Shaka, et si celui-ci n’avait aucune part de responsabilité dans l’histoire, il ne pouvait s’empêcher de penser que tout allait à vau l’eau ces temps-ci au Sanctuaire. Une princesse-déesse-femme-d’affaires qui passait plus de temps à surveiller les courbes de la Bourse qu’à résider dans son Sanctuaire, laissé en viager à ses chevaliers d’or, lesquels, depuis la chute de Saga, ne manquaient pas de se tirer dans les pattes à qui mieux mieux, et pour en finir une garde à l’efficacité proche d’une passoire. Et maintenant, cerise sur cet indigeste gâteau, un Saorigate en puissance.
Bref, il avait la fâcheuse impression d’être assis sur une bombe à retardement.
Ah, ça ne se serait pas passé comme ça du temps de son maître Shion !
Il fut tiré de ses pensées pessimistes par un vacarme dans le couloir. Ses cheveux se dressèrent sur la tête. La voix de la Princesse. Et pas qu’elle ! A en juger par le tintamarre, elle devait être accompagnée d’une bonne demi-douzaine de servantes, tout aussi bruyantes.
Et, selon toute vraisemblance, le bruit se rapprochait.
- Oh, dieux du Ciel ….
Il n’eut que le temps de saisir Shaka, de le pousser sous le lit de la déesse sans aucun égard pour son dos martyrisé ( pas le temps de faire dans le détail !), de se jeter à terre et de se rouler à ses côtés. Un quart de seconde plus tard, la porte s’ouvrait sur une Saori cramoisie de fureur, portée par un garde non moins cramoisi – ça n’est pas tous les jours qu’on a dans ses bras une déesse, surtout contre son consentement- et une ribambelle de servantes aussi agitées qu’inutiles.
- Posez-moi par terre !, hurla Saori , qui voyait son plan prendre une fâcheuse tournure.
- Pas question, Majesté, votre genou …., glapit une voix féminine. Il faut bien le soigner, il saigne ! Lysimaque, va chercher le chevalier du Bélier, il doit être dans son Temple.
Sous le lit, Mu ouvrit des yeux grands comme des soucoupes. Il ne manquait plus que ça !
- Non ! Posez-moi par terre, je vous dis ! Je ne suis pas en sucre , tout de même !
Le garde obtempéra, cette fois, et la déposa sur le lit. La servante revint à la charge.
- Mais, votre genou …. Il faut qu’il soit examiné.
- Bon , puisque vous y tenez vraiment, Chryséis peut s’en charger, non ? Inutile de déranger le chevalier du Bélier pour un simple éraflure.
- Bien, si vous le souhaitez …
Mu, sous le lit, poussa un ouf de soulagement. Pas pour longtemps : à côté de lui, Shaka ouvrit un oeil vague et gémit faiblement .
- Il ne va pas s’y mettre lui aussi ???
Il le bâillonna de la paume de la main.
- Bouge un seul cil, grommela-t-il tout bas, et je t’assomme …
Mais Shaka resta coi.
Au dessus d’eux, le troupeau de servantes était toujours aussi bruyant qu’une basse-cour. A croire qu’un genou de déesse écorché était une affaire d’état ! Elles ne consentirent à évacuer les lieux que lorsque Chryséis débarqua. En deux temps trois mouvements, celle-ci jeta tout le monde dehors, sans se soucier de leurs cris et objections.
- Ah, ça fait du bien quand ça s’arrête, souffla-t-elle en refermant la porte derrière elle.
Mais Saori ne l’écoutait pas. Dès le dernier garde dans le couloir, elle avait bondi de son lit pour se diriger vers le salon attenant.
- Mu !, appela-t-elle à mi-voix. Où es-tu ?
Chryséis la regarda avec des yeux ronds. Le Chevalier du Bélier, ici, dans ses appartements privés ? Pourquoi pas dans son bain, pendant qu’elle y était ? C’était la tête qu’elle s’était cogné, ou le genou ?
Mu jaillit de sous le lit comme un diable sortant de sa boîte.
- Ici, Majesté.
Chryséis fit un bond de trois mètres en arrière.
- Grands Dieux, Maître Mu, qu’est-ce que vous faites là ? Je ne peux pas croire que…
Elle avait les larmes aux yeux, et en même temps semblait très en colère.
- Je vous expliquerai ça plus tard, avança-t-il d’un ton piteux.
- Où est-il ?, continua Saori, imperturbable.
Pour toute réponse, Mu se pencha, attrapa quelque chose sous le lit, et tira dessus. Une jambe blanche et fine apparut.
- Bon sang, râla Mu, il pèse plus lourd qu’un âne mort !
Il extirpa le reste du chevalier de la Vierge et le déposa sans grande douceur sur le lit. Chryséis le suivait d’un regard halluciné.
- Vous êtes encore nombreux, comme ça, sous ce lit ?
- Euh non , c’est tout pour l’instant, bafouilla Mu. Ouf, lâcha-t-il en se laissant tomber dans un fauteuil, au mépris du protocole. Et dire qu’il va falloir refaire le chemin inverse pour ressortir Shaka d’ici … !
- Pourquoi ?, lâcha benoîtement Saori . On n’aura qu’à prendre le souterrain.
Mu serait tombé par terre s’il n’avait pas été déjà assis.
- Un souterrain ? Quel souterrain ?
Il se retint de ne pas se jeter au cou de sa patronne/déesse pour l’étrangler. Il existait un moyen tout bête d’entrer ici , et au lieu de ça elle les mettait – comme à son habitude – dans un guêpier incroyable ? Mais il y avait de quoi présenter son CV chez Hadès ou Poséidon !
Saori pouffa de rire.
Il comprit . Il n’y avait pas plus de souterrain que de beurre en branche.
… Et elle se moquait de lui en plus !
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