La face cachée des Dieux - Chapitre 6
- Non, non , pas question !
Mu secoua la tête avec véhémence, une lueur d’effroi dans les yeux.
- Et pourquoi donc ?
- Mais, Majesté , vous ne vous rendez pas compte ??? Si jamais ça se sait, le scandale ….
Saori sourit. Pour sûr, ce serait un scandale. Un ENORME scandale, même. Du genre à faire grincer des dents jusqu’à sa prochaine réincarnation !
- Tu as une meilleure idée, peut-être ?
Mu ouvrit la bouche, et après quelques secondes passées à réfléchir en vain, soupira.
- Non.
Ah , les femmes, pensa-t-il . Déesses ou pas, elles voulaient toujours avoir le dernier mot ! Mais il fallait reconnaître que la princesse Saori avait eu – si on mettait de côté les éventuelles mais désastreuses conséquences – une idée de génie. Jamais, au grand jamais, on n’irait chercher Shaka là-bas . Et comme elle lui avait fait si bien remarquer, il ne pourrait pas soigner éternellement le chevalier de la Vierge dans son Temple. Un jour ou l’autre, il y aurait fatalement quelqu’un qui remarquerait ses visites à un temple censé être vide , et il se voyait mal prétexter qu’il venait arroser les fleurs trois fois par jour, avec son assistante de surcroît !
- Ca ne va pas être facile d’entrer sans se faire repérer, il y a des gardes et des serviteurs partout à cette heure-ci. Et si je me téléporte, les chevaliers d’or le sauront.
Saori afficha un sourire encore plus grand.
- Ne t’en fais pas pour ça, j’ai ma petite idée. Prêt ?
Mu ferma les yeux, soudain tout pâle. Il préférait ne pas savoir ce qu’elle avait encore bien pu inventer. En tout cas, si son plan échouait et que quelqu’un découvrait le pot aux roses, la nouvelle ferait le tour du Sanctuaire en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Aldébaran ne voudrait plus jamais lui adresser la parole, Kiki le renierait, et son maître Shion se retournerait dans sa tombe. Il se voyait déjà, pour dissimuler sa honte d’avoir été le complice d’une telle infamie, devoir s’exiler pendant deux ou trois décennies à Jamir, à compulser son herbier et jouer au tarot avec ses gardiens fantômes. Belle perspective !
Soulevant Shaka, il la suivit avec le même enthousiasme que l’homme qui s’en va devant le peloton d’exécution.
***
Effectivement, comme Mu l’avait prédit, le personnel du Palais mettait à profit les dernières heures fraîches de la nuit pour vaquer à ses occupations. Ainsi, l’emploi du temps durant les après-midis étouffants de l’été grec s’en trouverait allégé.
Saori et lui, sans compter Shaka qui, toujours sous l’effet du sédatif qu’il lui avait administré quelques heures plus tôt, était aussi mou qu’une poupée de chiffon dans ses bras, n’eurent aucun mal à s’introduire dans les jardins qui entouraient le Palais. Ce n’est qu’ensuite que les choses se compliquèrent : pour atteindre leur objectif, ils n’avaient pas d’autre choix que de suivre le couloir qui coupait le Palais dans toute sa longueur. Et avant celui-ci , seul accès sur les jardins, se trouvait un petit salon – brillamment éclairé et , surtout, rempli de monde. Par les baies largement ouvertes sur la nuit pour laisser pénétrer l’air frais leur parvenait le bruit de leurs voix.
Mu fronça un sourcil inexistant.
- Ca ne va pas être commode…, chuchota-t-il.
Pour toute réponse, la princesse-déesse-chef de l’expédition eut un petit gloussement de rire.
- C’est là que tu te trompes. Reste ici, et sois prêt quand je te ferai signe.
Et , d’un air superbement désinvolte, elle se releva de derrière le buisson qui leur servait de camouflage, et se dirigea sans hésitation vers la lumière. Mu faillit s’étouffer de stupeur.
- Mais à quoi est-ce qu’elle joue ??? Oh , attent…
Trop tard. La princesse était trop éloignée pour l’entendre la prévenir de la servante qui l’avait vue.
- Majesté , que faites-vous dans les jardins à cette heure-ci de la nuit ? Etes-vous souffrante ?
La princesse ne parut pas surprise, et répondit d’une voix enjouée.
- Pas du tout. Mais je n’arrive pas à dormir à cause du décalage horaire : il est presque midi à Tokyo en ce moment ! Alors je suis sortie faire quelques pas. Belle nuit, n’est-ce pas ?
- Oh, euh …. Oui, très belle nuit, en effet, Majesté , balbutia la servante.
La princesse lui adressa un signe de tête de remerciement et Mu la vit entrer dans le salon, son interlocutrice derrière elle.
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