mal d'aurore... chant premier
LES CHANTS DE MALDOROR

D'Isidore Ducasse, comte de Lautr�amont



Chant premier


1 (pp. 17-18) Avertissement au lecteur : ce livre est malsain et mal�fique. Le lecteur faible doit l'�viter comme les grues �vitent sagement l'orage.
Pl�t au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentan�ment f�roce comme ce qu'il lit, trouve, sans se d�sorienter, son chemin abrupt et sauvage, � travers les mar�cages d�sol�s de ces pages sombres et pleines de poison; car, � moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit �gale au moins � ce qu'il lit, les �manations mortelles de ce livre imbiberont son �me comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre : quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par cons�quent, �me timide, avant de p�n�trer plus avant dans de pareilles landes inexplor�es, dirige tes talons en arri�re et non en avant.

2 (pp. 18-19) Second avertissement au lecteur : ce livre est une œuvre de haine.
Lecteur, c'est peut-�tre la haine que tu veux que j'invoque dans le commencement de cet ouvrage! Qui te dit que tu n'en respireras pas, baign� dans d'innombrables volupt�s, tant que tu voudras, avec tes narines orgueilleuses, larges et maigres, en te renversant le ventre, pareil � un requin, dans l'air beau et noir, comme si tu comprenais l'importance de cet acte et l'importance non moindre de ton app�tit l�gitime, lentement et majestueusement, les rouges �manations? Je t'assure, elles r�jouiront les deux trous informes de ton museau hideux, � monstre, si toutefois tu t'appliques auparavant � respirer trois mille fois de suite la conscience maudite de l'Eternel! Tes narines, qui seront d�mesur�ment dilat�es de contentement ineffable, d'extase immobile, ne demanderont pas quelque chose de meilleur � l'espace, devenu embaum� comme de parfums et d'encens; car, elles seront rassasi�es d'un bonheur complet, comme les anges qui habitent dans la magnificence et la paix des agr�ables cieux.

3 (pp. 19-20) Maldoror est mauvais et cruel, aussi irr�m�diablement cruel qu'une pierre est soumise aux lois de la gravit�. Sa cruaut� est une puissance plus forte que sa volont� m�me.
J'�tablirai dans quelques lignes comment Maldoror fut bon pendant ses premi�res ann�es, o� il v�cut heureux; c'est fait. Il s'aper�ut ensuite qu'il �tait n� m�chant : fatalit� extraordinaire! Il cacha son caract�re tant qu'il put, pendant un grand nombre d'ann�es; mais, � la fin, � cause de cette concentration qui ne lui �tait pas naturelle, chaque jour le sang lui montait � la t�te; jusqu'� ce que, ne pouvant plus supporter une pareille vie, il se jet�t r�solument dans la carri�re du mal… atmosph�re douce! Qui l'aurait dit! Lorsqu'il embrassait un petit enfant, il aurait voulu lui enlever ses joues avec un rasoir, et il l'aurait fait tr�s souvent, si Justice, avec son long cort�ge de ch�timents, ne l'en e�t pas chaque fois emp�ch�. Il n'�tait pas menteur, il avouait la v�rit� et disait qu'il �tait cruel. […] Ainsi donc il est une puissance plus forte que la volont�… Mal�diction! La pierre voudrait se soustraire aux lois de la pesanteur? Impossible. Impossible, si le mal voulait s'allier avec le bien.

4 (p. 20) L'auteur va prouver dans son livre que le g�nie peut s'allier � la cruaut� omnipr�sente.
Il y en a qui �crivent pour rechercher les applaudissements humains, au moyen de nobles qualit�s du cœur que l'imagination invente ou qu'ils peuvent avoir. Moi, je fais servir mon g�nie � peindre les d�lices de la cruaut�! D�lices non passag�res, artificielles; mais, qui ont commenc� avec l'homme, finiront avec lui. Le g�nie ne peut-il pas s'allier avec la cruaut� dans les r�solutions secr�tes de la Providence? ou, parce qu'on est cruel, ne peut-on avoir du g�nie?

5 (pp. 20-22) Le monde est un universel enfer.
J'ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul, les hommes, aux �paules �troites, faire des actes stupides et nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les �mes par tous les moyens. Ils appellent les motifs de leurs actions : la gloire. En voyant ces spectacles, j'ai voulu rire comme les autres; mais, cela, �trange imitation, �tait impossible. J'ai pris un canif dont la lame avait un tranchant ac�r�, et me suis fendu les chairs aux endroits o� se r�unissent les l�vres. Un instant je crus mon but atteint. Je regardai dans un miroir cette bouche meurtrie par ma propre volont�! C'�tait une erreur! Le sang qui coulait avec abondance des deux blessures emp�chait d'ailleurs de distinguer si c'�tait vraiment l� le rire des autres. Mais, apr�s quelques instants de comparaison, je vis bien que mon rire ne ressemblait pas � celui des humains, c'est-�-dire que je ne riais pas.

6 (pp. 22-24) Il se laisse pousser les ongles et lac�re un enfant, puis l�che avidement son sang et ses larmes.
On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh! comme il est doux d'arracher brutalement de son lit un enfant qui n'a rien encore sur la l�vre sup�rieure, et, avec les yeux tr�s ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arri�re ses beaux cheveux! Puis, tout � coup, au moment o� il s'y attend le moins, d'enfoncer les ongles longs dans la poitrine molle, de fa�on qu'il ne meure pas; car, s'il mourait, on n'aurait plus ensuite l'aspect de ses mis�res. Ensuite, on boit le sang en l�chant les blessures; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l'�ternit� dure, l'enfant pleure. Rien n'est si bon que son sang, extrait comme je viens de dire, et tout chaud encore, si ce ne sont ses larmes, am�res comme le sel.

7 (pp. 25-26) Il passe un pacte avec la prostitution, et tue en jetant une pierre du sommet d'une montagne le ver luisant qui lui ordonnait de la lapider.
J'ai fait un pacte avec la prostitution afin de semer le d�sordre dans les familles. […] "Je te pr�f�re [au ver luisant]; parce que j'ai piti� des malheureux. Ce n'est pas ta faute, si la justice �ternelle t'a cr��e." Elle, � moi : "Un jour, les hommes me rendront justice; je ne t'en dis pas davantage. Laisse-moi partir, pour aller cacher au fond de la mer ma tristesse infinie. Il n'y a que toi et les monstres hideux qui grouillent dans ces noirs ab�mes, qui ne m�prisent pas. Tu es bon. Adieu, toi qui m'as aim�e!" Moi, � elle : "Adieu! encore une fois : adieu! Je t'aimerai toujours!… D�s aujourd'hui, j'abandonne la vertu." C'est pourquoi, � peuples, quand vous entendrez le vent d'hiver g�mir sur la mer et pr�s de ses bords, ou au-dessus des grandes villes, qui, depuis longtemps, ont pris le deuil pour moi, ou � travers les froides r�gions polaires, dites : "Ce n'est pas l'esprit de Dieu qui passe : ce n'est que le soupir aigu de la prostitution, uni avec les g�missements graves du Mont�vid�en." Enfants, c'est moi qui vous le dis. Alors, pleins de mis�ricorde, agenouillez-vous; et que les hommes, plus nombreux que les poux, fassent de longues pri�res.

8 (pp. 26-30) La folie des chiens dans les nuits de pleine lune; leur besoin de l'infini, que Maldoror partage. Il prend plaisir � les entendre hurler au loin.
Moi, comme les chiens, j'�prouve le besoin de l'infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin! Je suis fils de l'homme et de la femme, d'apr�s ce qu'on m'a dit. Ca m'�tonne… je croyais �tre davantage! Au reste, que m'importe d'o� je viens? Moi, si cela avait pu d�pendre de ma volont�, j'aurais voulu �tre plut�t le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des temp�tes, et du tigre, � la cruaut� reconnue : je ne serais pas si m�chant. Vous, qui me regardez, �loignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonn�.

9 (pp. 30-38) Maldoror salue le �vieil oc�an�, sa grandeur et sa majest�, et raille le ridicule de l'homme.
Vieil oc�an, aux vagues de cristal, tu ressembles proportionnellement � ces marques azur�es que l'on voit sur le dos meurtri des mousses; tu es un immense bleu, appliqu� sur le corps de la terre : j'aime cette comparaison. Ainsi, � ton premier aspect, un souffle prolong� de tristesse, qu'on croirait �tre le murmure de ta brise suave, passe, en laissant des ineffa�ables traces, sur l'�me profond�ment �branl�e, et tu rappelles au souvenir de tes amants, sans qu'on s'en rende toujours compte, les rudes commencements de l'homme, o� il fait connaissance avec la douleur, qui ne le quitte plus. Je te salue, vieil oc�an! […]
Vieil oc�an, � grand c�libataire, quand tu parcours la solitude solennelle de tes royaumes flegmatiques, tu t'enorgueillis � juste titre de ta magnificence native, et des �loges vrais que je m'empresse de te donner. Balanc� voluptueusement par les mols effluves de ta lenteur majestueuse, qui est le plus grandiose parmi les attributs dont le souverain pouvoir t'a gratifi�, tu d�roules, au milieu d'un sombre myst�re, sur toute ta surface sublime, tes vagues incomparables, avec le sentiment calme de ta puissance �ternelle. Elles se suivent parall�lement, s�par�es par de courts intervalles. A peine l'une diminue, qu'une autre va � sa rencontre en grandissant, pour nous avertir que tout est �cume. (Ainsi les �tres humains, ces vagues vivantes, meurent l'un apr�s l'autre, d'une mani�re monotone : mais, sans laisser de bruit �cumeux.) L'oiseau de passage se repose sur elles avec confiance, et se laisse abandonner � leurs mouvements, pleins d'une gr�ce fi�re, jusqu'� ce que les os de ses ailes aient recouvr� leur vigueur accoutum�e pour continuer le p�lerinage a�rien. Je voudrais que la majest� humaine ne f�t que l'incarnation du reflet de la tienne. Je demande beaucoup, et ce souhait sinc�re est glorieux pour toi. Ta grandeur morale, image de l'infini, est immense comme la r�flexion du philosophe, comme l'amour de la femme, comme la beaut� divine de l'oiseau, comme les m�ditations du po�te. Tu es plus beau que la nuit. R�ponds-moi, oc�an, veux-tu �tre mon fr�re? Remue-toi avec imp�tuosit�… plus… plus encore, si tu veux que je te compare � la vengeance de Dieu; allonge tes griffes livides, en te frayant un chemin sur ton propre sein… c'est bien. D�roule tes vagues �pouvantables, oc�an hideux, compris par moi seul, et devant lequel je tombe, prostern� � tes genoux. La majest� de l'homme est emprunt�e; il ne m'imposera point : toi, oui. Oh! quand tu t'avances, la cr�te haute et terrible, entour� de tes replis tortueux comme d'une cour, magn�tiseur et farouche, roulant tes ondes les unes sur les autres, avec la conscience de ce que tu es, pendant que tu pousses, des profondeurs de ta poitrine, comme accabl� d'un remords intense que je ne puis pas d�couvrir, ce sourd mugissement perp�tuel que les hommes redoutent tant, m�me quand ils te contemplent, en s�ret�, tremblants sur le rivage, alors, je vois qu'il ne m'appartient pas, le droit insigne de me dire ton �gal. C'est pourquoi, en pr�sence de ta sup�riorit�, je te donnerais tout mon amour (et nul ne sait la quantit� d'amour que contiennent mes aspirations vers le beau), si tu ne me faisais douloureusement penser � mes semblables, qui forment avec toi le plus ironique contraste, l'antith�se la plus bouffonne que l'on ait jamais vue dans la cr�ation : je ne puis pas t'aimer, je te d�teste. Pourquoi reviens-je � toi, pour la milli�me fois, vers tes bras amis, qui s'entr'ouvrent, pour caresser mon front br�lant, qui voit dispara�tre la fi�vre � leur contact! Je ne connais pas ta destin�e cach�e; tout ce qui te concerne m'int�resse.

10 (pp. 38-40) Il se d�lecte de la vision de sa propre mort.
On ne me verra pas, � mon heure derni�re (j'�cris ceci sur mon lit de mort), entour� de pr�tres. Je veux mourir, berc� par la vague de la mer temp�tueuse, ou debout sur la montagne… les yeux en haut, non : je sais que mon an�antissement sera complet. D'ailleurs, je n'ai pas de gr�ce � esp�rer. Qui ouvre la porte de ma chambre fun�raire? J'avais dit que personne n'entr�t. Qui que vous soyez, �loignez-vous; mais si vous croyez apercevoir quelque marque de douleur ou de crainte sur mon visage d'hy�ne (j'use de cette comparaison, quoique l'hy�ne soit plus belle que moi, et plus agr�able � voir), soyez d�tromp� : qu'il s'approche. Nous sommes dans une nuit d'hiver, alors que les �l�ments s'entrechoquent de toutes parts, que l'homme a peur, et que l'adolescent m�dite quelque crime sur un de ses amis, s'il est ce que je fus dans ma jeunesse. Que le vent, dont les sifflements plaintifs attristent l'humanit�, depuis que le vent, l'humanit� existent, quelques moments avant l'agonie derni�re, me porte sur les os de ses ailes, � travers le monde, impatient de ma mort.

11 (pp. 40-46) Un foyer heureux ; Maldoror appara�t, hurle dans le lointain, puis tente de s�duire et �trangle le fils de la maison.
J'entends dans le lointain des cris prolong�s de la douleur la plus poignante.
- Mon fils !
- Ah! m�re!… j'ai peur!
- Dis-moi vite si tu souffres.
- M�re, je ne souffre pas… Je ne dis pas la v�rit�.
Le p�re ne revient pas de son �tonnement :
- Voil� des cris que l'on entend quelquefois, dans le silence des nuits sans �toiles. Quoique nous entendions ces cris, n�anmoins, celui qui les pousse n'est pas tr�s pr�s d'ici; car, on peut entendre ces g�missements � trois lieues de distance, transport�s par le vent d'une cit� � une autre. On m'avait souvent parl� de ce ph�nom�ne; mais, je n'avais jamais eu l'occasion de juger par moi-m�me de sa v�racit�. Femme, tu me parlais de malheur; si malheur plus r�el exista dans la longue spirale du temps, c'est le malheur de celui qui trouble maintenant le sommeil de ses semblables…
J'entends dans le lointain des cris prolong�s de la douleur la plus poignante.
- Pl�t au ciel que sa naissance ne soit pas une calamit� pour son pays, qui l'a repouss� de son sein. Il va de contr�e en contr�e, abhorr� partout. Les uns disent qu'il est accabl� d'une esp�ce de folie originelle, depuis son enfance. D'autres croient savoir qu'il est d'une cruaut� extr�me et instinctive, dont il a honte lui-m�me, et que ses parents en sont morts de douleur. Il y en a qui pr�tendent qu'on l'a fl�tri d'un surnom dans sa jeunesse; qu'il en est rest� inconsolable le reste de son existence, parce que sa dignit� bless�e voyait l� une preuve flagrante de la m�chancet� des hommes, qui se montre aux premi�res ann�es, pour augmenter ensuite. Ce surnom �tait le vampire!…
J'entends dans le lointain des cris prolong�s de la douleur la plus poignante.
- Ils ajoutent que les jours, les nuits, sans tr�ve ni repos, des cauchemars horribles lui font saigner le sang par la bouche et les oreilles; et que des spectres s'assoient au chevet de son lit, et lui jettent � la face, d'une voix tant�t douce, tant�t pareille aux rugissements des combats, avec une persistance implacable, ce surnom toujours vivace, toujours hideux, et qui ne p�rira qu'avec l'univers. Quelques uns m�me ont affirm� que l'amour l'a r�duit dans cet �tat; ou que ces cris t�moignent du repentir de quelque crime enseveli dans la nuit de son pass� myst�rieux. Mais le plus grand nombre pense qu'un incommensurable orgueil le torture, comme jadis Satan, et qu'il voudrait �galer Dieu…

12 (pp. 46-53) Il dialogue, nouvel Hamlet, avec un fossoyeur, qu'il remplace dans sa t�che et qui lui offre l'hospitalit�.
Celui qui ne sait pas pleurer (car, il a toujours refoul� la souffrance en dedans) remarqua qu'il se trouvait en Norv�ge. Aux �les F�ro�, il assista � la recherche des nids d'oiseaux de mer, dans les crevasses � pic, et s'�tonna que la corde de trois cents m�tres, qui retient l'explorateur au-dessus du pr�cipice, f�t choisie d'une telle solidit�. Il voyait l�, quoi qu'on en dise, un exemple frappant de la bont� humaine, et il ne pouvait en croire ses yeux. Si c'�tait lui qui e�t d� pr�parer la corde, il aurait fait des entailles en plusieurs endroits, afin qu'elle se coup�t, et pr�cipit�t le chasseur dans la mer! Un soir, il se dirigea vers un cimeti�re, et les adolescents qui trouvent du plaisir � violer les cadavres de belles femmes mortes depuis peu, purent, s'ils le voulurent, entendre la conversation suivante, perdue dans le tableau d'une action qui va se d�rouler en m�me temps.
- N'est-ce pas, fossoyeur, que tu voudras causer avec moi? Un cachalot s'�l�ve peu � peu du fond de l'oc�an, et montre sa t�te au-dessus des eaux, pour voir le navire qui passe dans ces parages solitaires. La curiosit� naquit avec l'univers.
- Ami, il m'est impossible d'�changer des id�es avec toi. Il y a longtemps que les doux rayons de la lune font briller le marbre des tombeaux. C'est l'heure silencieuse o� plus d'un �tre humain r�ve qu'il voit appara�tre des femmes encha�n�es, tra�nant leurs linceuls, couverts de taches de sang, comme un ciel noir, plein d'�toiles. Celui qui dort pousse des g�missements, pareils � ceux d'un condamn� � mort, jusqu'� ce qu'il se r�veille, et s'aper�oive que la r�alit� est trois fois pire que le r�ve. Je dois finir de creuser cette fosse, avec ma b�che infatigable, afin qu'elle soit pr�te demain matin. Pour faire un travail s�rieux, il ne faut pas faire deux choses � la fois.

13 (pp. 53-56) Il converse avec un crapaud qui lui vante son essence divine.
Ton esprit est tellement malade que tu ne t'en aper�ois pas, et que tu crois �tre dans ton naturel, chaque fois qu'il sort de ta bouche des paroles insens�es, quoique pleines d'une infernale grandeur. Malheureux! qu'as-tu dit depuis le jour de ta naissance? � triste reste d'une intelligence mortelle, que Dieu avait cr��e avec tant d'amour! Tu n'as engendr� que des mal�dictions, plus affreuses que la vue de panth�res affam�es! Moi, je pr�f�rerais avoir les paupi�res coll�es, mon corps manquant des jambes et des bras, avoir assassin� un homme, que ne pas �tre toi! Parce que je te hais. Pourquoi avoir ce caract�re qui m'�tonne? De quel droit viens-tu sur cette terre, pour tourner en d�rision ceux qui l'habitent, �pave pourrie, ballott� par le scepticisme? Si tu ne t'y plais pas, il faut retourner dans les hautes sph�res d'o� tu viens.

14 (pp. 56-57) L'auteur annonce une suite et salue son lecteur.
S'il est quelquefois logique de s'en rapporter � l'apparence des ph�nom�nes, ce premier chant finit ici. Ne soyez pas s�v�re pour celui qui ne fait encore qu'essayer sa lyre : elle rend un son si �trange! Cependant, si vous voulez �tre impartial, vous reconna�trez d�j� une empreinte forte, au milieu des imperfections. Quant � moi, je vais me remettre au travail, pour faire para�tre un deuxi�me chant, dans un laps de temps qui ne soit pas trop retard�. La fin du dix-neuvi�me si�cle verra son po�te (cependant, au d�but, il ne doit pas commencer par un chef-d'œuvre, mais suivre la loi de la nature); il est n� sur les rives am�ricaines, � l'embouchure de la Plata, l� o� deux peuples, jadis rivaux s'efforcent actuellement de se surpasser par le progr�s mat�riel et moral. Buenos-Aires, la reine du sud, et Montevideo, la coquette, se tendent une main amie, � travers les eaux argentines du grand estuaire. Mais, la guerre �ternelle a plac� son empire destructeur sur les campagnes, et moissonne avec joie des victimes nombreuses. Adieu, vieillard, et pense � moi, si tu m'as lu. Toi, jeune homme, ne te d�sesp�re point; car, tu as un ami dans le vampire, malgr� ton opinion contraire. En comptant l'acarus sarcopte qui produit la gale, tu auras deux amis!
Gustav Klimt
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chant deuxieme
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