LA VIE N’EST PAS MODERNE Critique dissolvante de la prégnance historiciste en sotériologie séculière
ET
[Les deux titres sont présentés sur cette même page.]
EXCÈS MODESTE DANS LE REPLI, POST-SCRIPTUM À LA VIE N’EST PAS MODERNE


Critique dissolvante de la prégnance historiciste en sotériologie séculière « Les vrais progrès de la révolution — que nous désignerons donc désormais du mot d’interruption, tenant lieu d’interruption de la catastrophe moderne, catastrophe de la catastrophe en quelque sorte — sont invisibles au regard ordinaire. Ce progrès-là n’a rien à voir avec celui dont on nous rebat les oreilles du matin au soir, quand bien même on reconnaîtrait à ce dernier un cours cahotant, sinon douteux. Le progrès de l’interruption, s’il existe, est à peine palpable, c’est-à-dire qu’il exige une véritable conversion du regard, rendant ce dernier susceptible de reconnaître à la douce bizarrerie des rapports non commandés qui imprègnent la vie quotidienne leur véritable charge subversive.
« Il s’agit de substituer à une société où même ce qui est commun est étranger un monde où même les solitudes ne sont pas dépeuplées. La société dont les individus fuient la promiscuité parce qu’elle risque d’inquiéter la vacuité où ils se réfugient ne vaut pas l’idée que nous nous faisons de la dignité de nos vies ; nous nous proposons donc de la détruire et la détruisons par conséquent. Il n’aura échappé à personne que le premier pas consiste à démoraliser son monde. La conscience de la servitude ne précède pas ses effets émétiques ou n’est que le ravissement des veules dans la bauge de la déchéance : « je ne suis pas dupe ! », disent-ils, quand tout laisse transpirer le contraire, ou leur complicité. » Extraits de La Vie n’est pas moderne.
Il s’agit de restaurer la figure intempestive du communisme. Il est comme l’angelus novus de Benjamin, tournant le dos au progrès pour circonscrire d’un regard égaré l’étendue du désastre. »
Dans cet essai en deux volets, dont on livre ici le premier, nous procéderons à la critique dissolvante de deux présupposés centraux du marxisme ayant constitué un obstacle invincible à la formation de toute claire notion de libération. Notre seul but est de faire réchapper cette dernière du naufrage auquel la condamne sa noce moderne avec l’atroce enfer pétrochimique qu’on dit, horribile dictu, notre civilisation. Ces présupposés sont 1. que le communisme trouve sa possibilité dans le capital ; 2. que le sujet de la transformation sociale est un sujet de classe. Le spectacle de l’inénarrable cloaque où nous nous trouvons leur inflige pourtant un cuisant démenti. S’il reste au vivant assez de ressource pour fonder un monde sur la ruine de ce système exterministe et à la place de ce désert de verre, de béton et d’acier qui en constitue pour ainsi dire l’ossature, il n’est pas trop tôt pour la déployer. Le misérable racontar du Progrès éco-géno- et pneumatocide, dont l’esclavage sans rivage du travail organisé pour la plus-value (légale ou non) est le ressort, prend de toute façon fin sous nos yeux, avec ou sans réchappés : autant livrer le baroud d’honneur, avec la Schadefreude, si vénielle, d’ôter aux suppôts du biocide général, partout au pouvoir — des diverses instances d’État jusqu’aux usines à enfants —, celle de nous voir céder à la mutité.
En matière de communisme, nous n’avons jamais été assez antimarxistes. Le marxisme aura été le dernier avatar du travaillisme. Dans sa haute
toxicité, il a réussi là où la science des patrons avait échoué
jusqu’alors : inoculer l'amour du travail à ceux-là mêmes qui y étaient et
seraient condamnés. La plus plate vulgarité bourgeoise — davantage de
turbin absoudrait censément du turbin —, le marxisme non seulement la
reprend à son compte sans l’ombre d’un examen, mais réussit la prouesse de
la faire passer pour science aux yeux mêmes des victimes, et de la leur
rendre par là agréable : Science de l'Histoire ! On peut donc dire sans
grand risque de se tromper que le marxisme, cette propédeutique
capitaliste pour les pauvres, aura fait, au camp moderne de concentration
planétaire mieux connu sous le nom de civilisation occidentale, le kapo
dévoué. Sans doute put-il passer en son temps pour hérétique, mais il n’a dû sa survie qu’à recouvrir aussitôt les effets de vérité portés et suscités par Marx l’hérésiarque contre le Marx progressiste.
Jonas VIGNA CARAFE, né en 1969, est un essayiste conspirant au happy end de la thanato-mafiacratie planétaire, c’est-à-dire avec survie conjointe de l’éco-système et de l’espèce humaine.
Dans ce court essai, nous aborderons, comme annoncé dans le titre provisoire, les problèmes laissés en friche, seulement effleurés ou explorés de manière insatisfaisante dans le tome I de La Vie n’est pas moderne.
Plus précisément, nous aborderons la question de l’opportunité d’appréhender la constitution antisociale selon la structure bifide de l’autonomie communale et de la coordination stratégique des luttes en vue d’une formation antipolitique de type classique : en d’autres termes, nous soulèverons la question de l’opportunité de maintenir la dimension politique à côté de l’éthique communale.
En guise de corollaire, nous envisagerons aussi froidement que possible les conséquences sur les conditions de survie de l’espèce humaine de l’abandon éventuel de toute perspective ‘politique’, c’est-à-dire de l’hypothèse du ‘pilotage’ de la déconnexion de la machine sociale, hypothèse à laquelle se substituerait celle de l’effondrement abandonné à lui-même, sans ‘si’ ni ‘mais’, de la production dans son ensemble, telle qu’organisée dans le mode actuellement dominant de manière écrasante.
Enfin, nous procéderons à la critique des besoins, et tenterons d’en proposer une interprétation qui renonce à la partition de l’inférieur et du supérieur (ou du labeur, de l’œuvre et de l’action) comme critère de justification du maintien d’un machinisme sectoriel au cœur des formes sociales autonomes.
Étrangement, en cette période de grande débandade sociale, le désarroi appelle çà et là un sursaut miraculeux. C’est quand la possibilité de toute offensive au sens décisif du mot disparaît de l’horizon que le besoin d’une catastrophe au sens premier se fait sentir de la manière la plus pressante. La résorption sans précédent des espaces d’autonomie, phagocytés par l’empire du capital, semble pousser certains éléments à l’assaut désespéré. Mais cette énergie du désespoir est aujourd’hui l’autre nom du suicide général. L’éclat tout romantique de l’action héroïque semble préférable à toute patiente reconstitution des forces autonomes. Ce qui accroît certes la justesse du sentiment d’urgence, c’est qu’il pourrait ne pas y avoir de prochaine occasion. Comment appeler au calme, comment tabler sur le retour des luttes, comment compter sur le cycle à venir, quand l’épuisement du support externe à ce système, les ressources vivantes et inorganiques, touche à sa fin, risquant d’entraîner la biosphère dans sa perte prochaine ? Il n’y a qu’une seule réponse possible, celle de Napoléon à son aide de camp, qui s’affaire à l’habiller avant la bataille : « prenez tout votre temps, car nous sommes très pressé ». L’extrême urgence de la situation ne nous autorise pas à bâcler le travail, au contraire : jamais nous n’aurons dû être aussi cauteleux. Il s’agit de ménager les ressources vivantes — rares, comme disent les économistes, qui ne se gênent pas pour préciser aussitôt que c’est là la tâche de l’économie moderne, entendons : du capital. Plaisanterie sinistre, mais qui continue bel et bien de faire l’objet de leçons publiques. Plaisanterie involontaire, c’est-à-dire rien moins que drôle dans les cerveaux ratatinés des professeurs qui la colportent en clamant : scientia vincere tenebras. Patience donc pour en finir avec la machine économique automatique et revenir aux techniques de production, aussi bien à la production se soutenant de techniques.
La deuxième partie de LA VIE N’EST PAS MODERNE, Critique dissolvante de la prégnance historiciste en sotériologie séculière de Jonas Vigna Carafe
sera publiée ultérieurement.
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