Le filet





Nous ne nous étonnons plus qu’à leur insu même et à chacun de leurs passages dans le champ de notre regard ou dans l'instant où nous les surprenons de leurs voyages en arrêt sur les Seuils, entre disparition imminente et apparition jamais tout à fait accomplies, ils puissent se créer des masques chaque fois nouveaux d'un Carnaval de No man's land, s'emprunter d’œuvre en œuvre, dans l'apparition de naissance nouvelle que saisit le geste successif du peintre, des visages et des corps, des silhouettes et des autres formes, transmutations d'échanges infinis et rêves de métamorphoses inachevables.  De ces transfigures disponibles à toute réversibilité pour s'effacer de l'apparition d'une autre, une sourde certitude nous est apportée que celui qui s'en va, au retour sera autre et que, s'il vient. le temps d'être au seuil de notre regard lui interdira de repartir le même.  Des séries thématiques de ces apparus-disparus, les paysages hantés de René Smet témoignent : avocats et magistrats, femmes de l'étrange pays bigouden breton et de plein vent, prélats et arlequins, voiles de mer presque vivantes et fleurs-soleils ou de ténèbres sont des projections matérielles, des cristallisations d'univers et à la fois les participants d'une manière de cortège, dont l'incertain, l'impondérable contraire, l'alternative sont l'inventaire même, disposé à travers les différentes œuvres.  Tous, étonnants pour nous de se trouver sur des espaces, en des lieux de non connaissance et de non repère, s'interrogent, étonnés, interrogent leur propre dualité sur ce qu'ils sont, sur ce que l'identité incertaine qui leur est prêtée leur permettrait de faire : avocats surpris de se trouver sur des lieux de grève et de vents sans soleil, apparus entre deux hautes mers, et qu'un flux apporta, qu'un autre va reprendre et laisser vierge, effacement vacant pour un autre paysage en

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