Fleurs
Aussi bien, en effet, ils sont au terme, sur l'étrange seuil que connaissent les phénix, parvenus à leur dernière perfection, condamnés à s'en renouveler par le feu, à suivre le cycle d'une migration temporelle brève jusqu'à l'Au-delà, à peine franchi les confins d'un vrai retour, heurté la paroi initiale que nous évoquions, pour se métamorphoser en feu et cendres, en cendres et nouvelle aventure de vie. De cette mort par le feu, de cette vie par les cendres, ce n'est pas ici le lieu de dire, après tant d'autres, le Mythe universel, mais peut-être de rappeler après G. Basculera, quelle alliance profonde d'air et de feu, et même plus généralement quelle rêverie élémentale, peuvent jouer ici de leur complexité imaginale et symbolique. Pourrait-on ne pas y reconnaître l'attitude artistique, et si nous en avons vu un tel signe majeur dans l’œuvre de René Smet, pourrions-nous en refuser la vision éclairante que le peintre de ces Oiseaux de Feu reçoit du Monde et le sentiment qu'il en éprouve de sa présence créatrice en celui-ci, au gré de, gestes mêmes et de l'acte du Phénix, qui rassemble lui-même les matériaux du foyer de sa mort sacrificielle, rédemptrice et d'éternel retour, et le, ordonne en miroir fascinant de lui-même, selon la beauté même de, couleurs qui de la hauteur de son dernier survol l'attirera, quand son dernier battement, à la face du soleil, l'aura lui-même enflammé : tel est l'ultime paradoxe du rêve de Phénix et le symbole tout aussi extrême des actes du peintre pour renaître et revivre, fût-ce, nous l'avons ressenti au prix d’œuvres détruites, créées pour n'être que le foyer et l'attirance d'une flamme, que, s'embrasant lui-même avant son acte, c'est le Phénix qui, en quelque vision des plus prégnantes du mythe, empruntant au soleil, devient la torche vivante qui se communiquera, par sa chute même, au nid de feu qui le fera renaître.