Dramaturge /
Playwright
<1500 mots
La sémiotique du ‘Virginie’ de F. Larouche participe à mes recherches sur l’exploitation de classe de signes. La sémiogenèse résulte d’une coïncidence de l’œuvre, ses formes et couleurs, et du titre. L’intitulé inscrit l’œuvre dans la pratique tel un nom propre et est usité tel un nom commun, l’objet esthétique se substituant à l’anthroponyme. Le lecteur est invité à concevoir la comédienne, C. Fontaine, son rôle aussi bien que son personnage, comme un signe-index au sein d’un système de signes. Les cadres de cet article permettent d’esquisser quelques orientations en vue de la constitution d’un tel système qui allierait personnages, dynamismes et autres signes non linguistiques contribuant à l’expérience esthétique. Avant de proposer au lecteur notre métacommentaire de l’objet esthétique, il est de mise de dresser un profil du signe-index.
« Le prénom est un bien gratuit, dont la consommation est obligatoire. »1
Profiler le signe-index est un exercice qui permet de doter la sémiotique d’une autonomie. Puisque ce profil émane de la sémiogenèse tout signes-index de télédramatiques intitulées par un prénom devraient lui répondre favorablement. Ainsi, est-il déjà possible d’inférer sur quelques éléments: la déshérence, le biais qualitatif, le populisme et les attentes ludiques et critiques nous ont semblé les plus pertinents. L’intitulé annonce explicitement un personnage principal mais le biais qualitatif ainsi formellement convenu impose une certaine réserve dès lors qu’est prise en compte la privation de patronyme. Participe des déshérités, ce degré d’altérité annonce une dissolution familiale, des engagements déçus, tant d’aléas que nous avons regroupés sous le topique de déshérence. Mettre en doute la filiation du personnage permet d’établir que le biais qualitatif ne va de soi que dans un environnement éloigné ou dans un entourage non adjacent et non dans un environnement domestique. Le personnage annonce le relatif anonymat de faire-valoir et, par sa position d’intitulé, crée des attentes quant à sa personnalité. On le veut original, ou encore, qu’il se distingue comme individu grâce à ses qualifications. L’usage du prénom annonce un populisme, une disposition à être approprié, à être tutoyé. Les spectateurs critiques repèreront les constantes de l’art kitsch, dont « l’attente exaucée devient la norme du produit, »2 alors que les ludiques souhaiteront l’établir dans une relation de fidélité en inscrivant l’objet esthétique dans un rituel domestique.
Le ‘Virginie’ de F. Larouche est ici proprement introduit dans notre démarche. La sémiotique perd son autonomie absolue au profit d’une plus relative, qui intègre l’expérience esthétique. Tout comme il serait souhaitable que notre système tende vers l’objectivation, nous postulons que les attentes quant au signe-index sont absolutistes: on la voudrait la meilleure ou la plus drôle, par exemple. Il est donc aporétique de l’aborder au sein de l’oeuvre explicitement comme classe moyenne, comme ‘tout le monde’. Ce qui a pour effet de renforcer le populisme attendu. Jeune femme exerçant la profession d’enseignante, le personnage de Virginie Boivin et avec elle l’univers virginien sont nés le 16 septembre 1996. Onze années plus tard, elle est toujours à l’antenne de la télévision de Radio-Canada.
De manières générales ses moeurs témoignent de l’urbanité. Conséquence directe ou indirecte, est a toujours habité en appartement. Son mode de vie ne se distingue aucunement par son originalité. La profession qu’elle pratique contribue à son populisme: pour la majorité d’entre-nous l’enseignement est le premier métier ayant dévoilé sa nature. Même les plus critiques, toutefois, admettront apprendre sur la gestion d’un établissement scolaire. Au Québec, ce sont les commissions scolaires qui embauchent les enseignants. D’un enseignant, on s’attend à ce qu’il « dispense des activités d’apprentissage et de formation aux élèves » et qu’il participe à l’éducation de ceux-ci. Dans sa tâche quotidienne l’enseignant est reconnu réagir avec « son être tout entier, son affectivité, son intelligence, son corps, sa situation familiale et sociale, » tant de « facteurs personnels, sociaux et matériels » qui s’appliquent également à l’élève. Assurément, le corps professoral et la vie estudiantine sont inextricablement liés.3
Ainsi, les interventions de la direction dirigées à l’endroit des enseignants ont du tragique, le potentiel. Lorsqu’elles ne mettent pas entre parenthèses le versant jeunesse de l’inextricable relation, elles l’excluent. Cette lecture prend tout son sens quand l’oeuvre est appréhendée comme un microcosme où le directeur de l’école est le porte-voix du personnel administratif et de direction. Un clivage public versus privé se rend probant à travers ces interventions. L’oeuvre ne pouvant se réduire à la traditionnelle ‘tranche de vie’ ou, encore, à une suite de scènes d’exposition, c’est de ce côté qu’on trouvera le Conflit.
Toujours selon cette lecture, le directeur de l’école est dérouté des occupations qu’on lui prêterait intuitivement afin de ramener l’ordre - d’établir une doxa et d’incarner celle-ci - et de préserver l’établissement d’une contamination qui proviendrait des habitus des enseignants. À cet effet, Virginie épitomise cette contamination lorsque, par exemple, l’économie des moyens qu’elle emploie dans l’exercice de ses fonctions diffère de son investissement absolu à l’égard des élèves. Ceci dit, il est impossible de concevoir Monsieur Rivet (M. Leboeuf), l’actuel directeur de l’école et Virginie (C. Fontaine), comme protagoniste et antagoniste.
Notre signe-index est une héroïne, soit. Soumise aux aléas de la vie et à des forces non neutres elle risque la catastrophe de l’univers virginien à chacune des actions entreprises: le biais qualitatif se fait ici boulet. Véhicule de valeurs positives elle s’érige en modèle.
Le directeur est un véritable signe repoussoir pour notre signe-index au sein de la sémiotique. Son populisme, au premier degré, n’est d’aucune manière comparable à celui de l’enseignante. Lorsqu’il incarne la doxa à laquelle celle-ci butterait, l’héroïne et avec elle les spectateurs s’identifiant à elle - parce qu’elle se fait agent de changement, par exemple -, contreviennent à l’esprit d’un corps social qui cherche à établir droitement les plus petites alternatives. Il faut toutefois résister à la tentation de voir l’un et l’autre comme protagoniste et antagoniste de la trame narrative, au profit de la lecture qui fait seule de ‘l’école’, un protagoniste. L’école court inéluctablement à sa perte. Malgré un biais qualitatif, l’espace d’héroïsme de Virginie est subsumé par les aléas: en agissant elle se fait l’héroïne soumisse à des violences subjectives et à des forces non neutres. L’évolution du référent-réalité de la fiction, dans ce qu’il a de moeurs morales, légales, sociétales et éthiques confinent les acteurs aussi bien que les décideurs au pragmatisme. C’est ce pragmatisme dont le rendu est esthétique qui constitue le support virtuel, le script, voire l’ozalid de l’oeuvre.
Une sémiotique est un système de signes et un tel système devrait toujours chercher à rester autonome de l’oeuvre, sans toutefois se priver de saisir l’expérience esthétique. En cherchant à établir le dialogue avec le script de l’oeuvre, par exemple. Notre signe-index est un personnage au sein d’un univers non seulement constitué de personnages, mais aussi d’un décor, d’une Stimmung et surtout de dynamiques. Tant de signes qui contribuent virtuelle d’un tel système. Les cadres de cet article auront été suffisant pour commenter la sémiogénèse qui avait pour objet l’univers de F. Larouche dans lequel évolue C. Fontaine, M. Leboeuf et les autres. L’article rend probant quelques manifestations, un substrat permettant la constitution d’une sémiotique qui inclura comme tant de signes aussi bien les niveaux architectoniques que les niveaux de médiation, ou encore d’une sémiosphère, où l’oeuvre s’articulerait comme une culture autour du titre.
Sans obscurité
Première pouce fragile et pourtant
Tuteur naturel
Est une source blanche,
L'aube, il n'est rien arrivé encore,
Aux autres toujours cachée. Complexe d'une forme qui au moindre de mal
© Daniel Quimper 2007
