POLITIQUE DES PRIX AGRICOLES ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
EN HAÏTI (1971-1986)
André Yves Cribb
Agronome-Économiste
M.Sc., Développement Agricole
D.Sc., Ingénierie de Production
GIFAD, Rio de Janeiro, RJ, Brésil
http://www.geocities.com/aycribb
| Livre édité en 1997 aux Éditions AREYTOS et en vente aux principales librairies de Port-au-Prince |
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| CHAPITRE IV |
LA DÉGRADATION ALIMENTAIRE |
Introduction
Le présent chapitre est conçu comme le résultat de la confrontation des informations contenues dans les trois précédents. L'argument autour duquel il se développe est celui de l'existence d'un déficit alimentaire haïtien, maintenu par les contraintes structurelles mais aggravé par la politique des prix agricoles.
Un tel argument sous-entend que le déséquilibre alimentaire n'est pas récent. Celui-ci ne naît pas des circonstances spécifiques de la période 1971-1986; il est un héritage des temps antérieurs. Toutefois, son évolution historique est très peu connue. La seule remarque est le fait que ses symptômes ont été décrits par des études nutritionnelles depuis la fin des années 20 (c'est-à-dire à la veille de la Crise Économique de 1929)). En effet, George et Florence PAYNE, étudiant en 1927 une population rurale de 4.439 personnes dans les environs de Port-au-Prince, observèrent que 7% des enfants de 1 à 4 ans souffraient de la malnutrition protéino-calorique. En 1961, Derrick et Patricia JELLIFE1, dans une étude valable pour tout le pays ont signalé que plus de 51% des enfants âgés de 1 à 3 ans étaient malnourris. Neuf ans plus tard, BEGHIN et al (1970: 219), observant le déficit alimentaire haïtien se sont exprimés en ces termes:
"La disponibilité alimentaire est inférieure de 25% environ aux besoins. Non seulement on n'observe aucun signe d'amélioration, mais on a de nombreuses raisons de croire que le fossé va s'élargissant".
Quels sont les fondements théoriques et pratiques de cette prévision? Cette préoccupation anticipée est-elle justifiée par l'évolution du marché alimentaire durant la période 1971-1986?
4.1. Un déficit persistant et croissant
Dans leur instructive étude sur l'alimentation et la nutrition en Haïti, BEGHIN et al (1970) ont déterminé le régime alimentaire moyen nécessaire à l'Haïtien. La méthodologie utilisée a pris en compte non seulement les quantités recommandées d'éléments nutritifs mais aussi les habitudes alimentaires des différentes couches de la population.
Les quantités d'éléments nutritifs par personne et par jour ont été fixées avec prudence. D'abord, ils ont rappelé les recommendations (2200 calories et 60 grammes de protéines)2 faites par la FAO en 1952. Celles-ci correspondaient aux besoins physiologiques d'une population en bonne santé et exerçant une activité physique normale. Mais, elles avaient été déterminées pour neuf pays de l'Amérique-Latine; et Haïti n'avait pas été inclue dans la liste.
Préoccupés à établir un réel diagnostic de la situation alimentaire haïtienne, BEGHIN et al. se sont donnés pour tâche de calculer les recommendations moyennes spécifiques à Haïti. Leurs hypothèses ont été formulées autour de l'évolution et du comportement de la population, de la température et du poids moyen des personnes. En ce qui concerne ce dernier facteur, ils ont préféré évaluer les besoins nutritionnels des nourrissons, des enfants et des adolescents à partir du poids théorique et non pas à partir de leur poids réel. Tenant compte de ces considérations et se référant aux recommendations faites pour les EUA par l'Académie des Sciences de ce pays, ils sont arrivés à fournir pour Haïti les résultats suivants: 2.200 calories et 55 grammes de protéines.
En même temps, ils ont maintenu contact avec la réalité haïtienne à travers des enquêtes diététiques. Ils ont ainsi établi la composition du régime alimentaire moyen en vigueur en Haïti à l'époque de leurs recherches. Selon eux, le panier alimentaire moyen de l'Haïtien était en poids, constitué de: céréales et dérivés (14%), racines et tubercules (15,3%), sucre et sirop (14,8%), légumineuses, noix et oléagineuses (5,6%), légumes (9,5%), fruits (32,1%), viande (1,8%), oeufs (0,2%), poisson (0,4%), lait et dérivés (2,5%), matières grasses (1,5%) et autres ingrédients (2,3%).
À la suite de leurs recherches, ils ont révélé qu'annuellement la consommation alimentaire moyenne de l'Haïtien était de 452,5 kilogrammes de ces ingrédients combinés dans les proportions qui viennent d'être indiquées et qu'un tel régime fournissait seulement 1700 calories et 41 grammes de protéines par personne et par jour.
En vertu de ces résultats, le poids recommandé du régime alimentaire haïtien (capable de fournir des quantités suffisantes de calories et de protéines) se situe entre 586 et 607 kg par personne et par an. La moyenne de ces deux extrêmes donne donc: 597 kg, approximativement 600Kg (quantité annuelle recommandée par personne).
C'est ainsi que BEGHIN et al. sont arrivés à mettre en relief le déficit alimentaire qui existait bien avant 1971. Nous allons montrer qu'un tel déficit s'est non seulement maintenu mais aussi élargi durant la période en étude. Pour permettre d'imaginer l'ampleur du problème alimentaire, nous utiliserons successivement les deux approches suivantes: celle de la disponibilité des aliments et celle de leur accessibilité. D'après nous, celles-ci sont complémentaires. En fait, l'analyse de la disponibilité alimentaire révélera la quantité d'aliments mis à la disposition des consommateurs mais s'avèrera insuffisante pour dévoiler la réalité du système alimentaire sans l'étude de l'accessibilité des aliments disponibles.
4.1.1. L'insuffisante disponibilité alimentaire
L'évaluation précise de la quantité d'aliments mis à la disposition de la population nécessite le traitement de séries complètes de données relatives aux dimensions (internes et externes) du marché alimentaire. Le peu de documents disponibles (joints à l'indigence des statistiques haïtiennes) ne nous permettent pas d'avancer des résultats absolus. Toutefois, ils aident à déceler la tendance de chacune des principales variables, telles que la production, la population, l'importation, l'exportation et l'aide alimentaire.
Le secteur agricole a connu un déclin notable. De 1977 à 1985, sa participation au PIB passait de 41% à 33% (IRAM, 1990: Fig.1). De plus, en 1985 le pourcentage de produits agricoles dans les exportations totales (35,3%) était nettement inférieur à celui de 1977 (52,8%).
Un tel comportement traduirait-elle une évolution négative de sa production durant la période 1971-1986?
Nous répondons par la négative. Malgré son rythme lent, la production agricole annuelle tendait vers la hausse. Dans les deux cas ci-dessus mentionnés, la performance relative du secteur agricole se réduisait à cause de la forte augmentation des productions enregistrée dans d'autres activités (notamment, dans les manufactures).
Alors, le fait que la prodution croissait signifie-t-il qu'elle était suffisante? Plus spécifiquement, le secteur agricole fournissait-il suffisamment d'aliments tout au long de la période en étude?
Comme nous l'avons signalé au troisième chapitre, les statistiques sur la production alimentaire haïtienne manquent de précision et, par conséquent, donnent lieu à des polémiques. Les données qui sont les plus difficiles à recueillir sont celles relatives à la part de cette production qui n'a pas été commercialisée. C'est pourquoi on se contente généralement de se servir des estimations avec toute la prudence nécessaire.
En 1980, la production alimentaire - estimée par le MARNDR - se chiffrait à 1,8 million de tonnes (IRAM, 1990: 19). Durant cette même année, la population était d'environ 4.975.000 habitants. Par conséquent, la production alimentaire per capita s'évaluait à 0,36 tonne ou 360 kg; ce qui équivalait à un déficit alimentaire de 40% des besoins réels (600 kg).
La question qui vient immédiatement à l'esprit est la suivante: toute la production effective était-elle rendue disponible à ceux qui en nécessitaient? En d'autres termes, mise à part l'autoconsommation réalisée au sein des exploitations agricoles, le reste de la production est-il totalement commercialisé? Nous en doutons fort, étant donnée la faiblesse des techniques de transformation alimentaire et l'inadéquation des moyens de stockage et de transport.
Il serait bon d'approfondir cet aspect du système alimentaire haïtien. Malheureusement, les statistiques y relatives font grandement défaut. Toutefois, il est important de noter que, dans le cas d'Haïti, la production alimentaire effective peut être significativement supérieure à celle qui est disponible.
En considérant simplement celle-ci (1,8 million de tonnes d'aliments) - comme le fait le MARNDR - une autre question s'avère pertinente: la brèche estimée à 40% des besoins réels était-elle couverte par les importations?
Pour la même année, les importations alimentaires, estimées à 0,2 million de tonnes (IRAM, Idem), correspondaient à seulement 4% des besoins réels. Par conséquent, elles servaient à réduire le déficit alimentaire à 36%.
En comparaison avec les 25% de déficit révélé, au début de la décade 70, par les résultats des recherches de BEGHIN et al, ce taux (36%) montre clairement que le déséquilibre alimentaire non seulement persistait mais encore continuait à s'élargir. Notons bien qu'une telle évolution du marché alimentaire se faisait dans un intervalle de temps de prospérité relative de l'économie générale du pays. À partir de 1980, celle-ci entrait dans une phase de détérioration marquante puisque le PIB réel subissait une décroissance.
Dans cette ligne de pensée, nous ne tenons pas compte des exportations, c'est-à-dire des quantités d'aliments qui sortaient du pays. Nous faisons cette omission pour deux raisons. D'abord, la classification des produits agricoles que nous avons adopté depuis le début de ce travail considère le café et le cacao comme des produits non alimentaires (ou agro-industriels). Ensuite, nous avons démontré, dans le troisième chapitre, que les données sur les exportations alimentaires tendent à s'annuler.
En somme, l'approche basée sur la disponibilité se révèle un outil important pour l'étude du marché alimentaire. Mais elle ne permet pas de scruter tous les contours du système économique et, par conséquent, de découvrir les profondeurs de celui-ci, modelées par les injustices sociales. C'est pourquoi, il est toujours bon de l'accompagner de l'approche basée sur l'accessibilité alimentaire.
4.1.2. La difficile accessibilité alimentaire
Le fait de prendre en compte l'approche basée sur l'accessibilité alimentaire ne signifie pas que nous allons chercher à quantifier des indicateurs relatifs à la répartition des aliments au sein de la société haïtienne. L'état des statistiques ne favorise pas une telle tentative. Notre préoccupation est de mettre en évidence la probabilité d'un déficit alimentaire supérieur à celui que nous venons de révéler.
L'approche basée sur la disponibilité alimentaire donne lieu à l'une ou l'autre des trois suppositions suivantes.
La première consisterait en l'existence d'une répartition uniforme des aliments. Puisque le régime alimentaire moyen accuse un déficit, une telle supposition signifierait que chaque Haïtien souffre de malnutrition. Tel n'a jamais été le cas dans l'histoire d'Haïti ou, plus précisement pendant la période 1971-1986. L'étude de GIRAULT (1981: 196), dont les données ont été recueillies au cours de la décade 70, revèle que dans ce pays il existait encore des personnes dont les fortunes dépassaient celles des ouvriers nord-américains ou européens et venaient en parallèle avec celles des chefs d'entreprise capitalistes des pays industriels. Ce qui signifie qu'au moins ces personnes pourraient importer des aliments pour couvrir leurs propres besoins.
La deuxième serait qu'une partie de la population se partage de façon uniforme les aliments disponibles; en ce sens, l'autre partie de la population resterait sans rien. La situation alimentaire d'Haïti, observée durant la période 1971-1986, ne s'est pas traduite selon ce schéma. D'ailleurs, comment aurait survécu cette fraction de la population qui n'aie rien à manger? Elle n'existerait pas puisque tous ses membres seraient morts d'inanition. Et alors, le déficit alimentaire disparaitrait.
La troisième correspondrait à une distribution difforme des aliments. Dans ce cas, un groupe de familles prendrait une quantité d'aliments qui, après partage, satisfasse les besoins de chacun de leurs membres et en laisserait le reste aux autres personnes qui demeurent sous-alimentées (ou mieux, malnourris) durant toute leur vie. C'est exactement le cas d'Haïti. Que traduit une telle situation? Elle signifie que, dans la société haïtienne, toutes les personnes (ou mieux, toutes les familles) n'ont pas la même capacité d'accès aux aliments.
"Ce que nous pouvons manger dépend de quel aliment nous sommes capables d'acquérir. La simple présence d'aliment dans l'économie, ou sur le marché, n'habilite pas une personne à le consommer". (DREZE et SEN, 1989: 9)3.
BEGHIN et al (op. cit.) ont le mérite d'utiliser une approche basée sur la consommation. Leurs résultats, relatifs à la décade 60, ont accusé une "disponibilité alimentaire inférieure de 25% environ aux besoins" (Ibidem: 214). En ce sens, leur faille fondamentale est d'avoir confondu le "déficit en disponibilité" avec le "déficit en accessibilité". De plus, leur vision extra-globaliste les a portés à utiliser uniquement les moyennes des données et à négliger les écarts existant entre celles-ci.
Or, dans un pays comme Haïti où les différences économiques sont flagrantes (Tableau 18), il est nécessaire de tenir compte de l'existence des diverses catégories sociales.
Dans le chapitre antérieur, nous avons vu que, dès 1971, la situation économique était caractérisée non seulement par un chômage considérable mais aussi par une distribution discriminante du revenu national. Le monde rural en était beaucoup plus frappé. Les paysans pauvres étaient au nombre de 2810000; ce qui représentait 65,35% de la population du pays. Si la pauvreté était plus concentrée dans les campagnes, elle était au moins présente dans les villes où les démunis atteignaient le nombre de 756.549. Dans une telle situation, la capacité d'accès aux aliments ne pouvait être la même pour toutes les personnes. En conséquence, un aliment disponible pouvait bien exister et demeurer un certain temps jusqu'à se gâter sans être acheté ou consommé.
De plus, tout au cours de la période 1971-1986, le déséquilibre alimentaire s'aggravait continuellement avec l'évolution combinée des principaux indicateurs économiques4: hausse des prix agricoles, gros prélèvements sur les prix, nombre élevé de paysans sans-terre ou avec très peu de terre, faible croissance de la production, fort taux de chômage, décalage significatif entre le salaire minimum réel et le coût de la vie, déficit permanent de la balance commerciale, etc. Aux environs de 1986, une telle dégradation alimentaire se faisait sentir surtout dans les campagnes. C'est ce que IFAD & IICA (1991: 34) expriment en ces termes:
"Les déficits en calories et en protéines se sont accrûs en raison de 40% et 50%, respectivement dans les espaces urbain et rural".
4.2. Les bases structurelles du déficit alimentaire
L'examen de la conformation territoriale du pays et de ses ressources agricoles5 peut porter à accuser le milieu naturel comme responsable du déséquilibre entre l'offre et la demande des aliments. L'argument fondamental se baserait sur la prise en compte d'une série de contraintes interactives, telles que: topographie accidentée, climat favorable à l'avènement périodique de sécheresses ou d'ouragans, sols érodables.
Il est vrai que le relief ondulé rend difficile la construction de routes ou de pistes agricoles, que la prédominance de montagnes entrave l'irrigation de nombreuses terres, que des sécheresses ou des ouragans peuvent causer des pertes énormes et que les sols sont facilement transportés par les eaux des pluies tropicales. Cependant, de telles contraintes ne peuvent être considérées comme insurmontables et classées comme responsables fondamentaux du déficit alimentaire.
Dans le passé, le milieu naturel d'Haïti a, à plusieurs reprises, fait preuve de générosité. En 1492, Christophe Colomb et ses collaborateurs se sont émerveillés face à sa richesse en ressources agricoles. En effet, au 18º siècle, ce milieu naturel a fourni des fortunes colossales à la métropole au point qu'il fut reconnu comme l'un des plus riches milieux colonisés du monde. Au 19º siècle encore, il est parvenu non seulement à garantir l'économie de la nouvelle société, fraîchement sortie des jougs de l'esclavage mais aussi à alimenter le Trésor Public destiné à payer la lourde dette que réclamaient les Français pour la reconnaissance de l'indépendance de la jeune nation.
Le milieu naturel se montre vraiment nourricier quand les hommes qui y vivent n'entrent pas en désaccord avec lui. Une telle interprétation se trouve bien exprimée dans les termes suivants:
"Lorsque tout se passe bien, c'est-à-dire quand la société a la maîtrise de son destin et ne présente pas de rupture grave dans sa continuité diachronique, le paysage apparaît familier à ceux qui vivent en lui. Il représente pour eux un partenaire fiable, un allié" (D'ANS, 1987: 5).
C'est pourquoi, au lieu de considérer le milieu naturel comme la cause du déficit alimentaire, nous préférons questionner les comportements des Haïtiens dans leur environnement global. Nos considérations seront faites autour des thèmes suivants: la faible capitalisation du secteur agricole, la complexe tenure des terres, l'inadéquation de certaines techniques utilisées et la pression démographique.
4.2.1. La faible capitalisation du secteur agricole
Le secteur agricole a, depuis l'indépendance nationale, peu bénéficié d'investissements tant publics que privés. En milieu rural, les routes de pénétration sont très peu nombreuses. Le cabotage est généralement négligé. Le transport de produits agricoles se fait surtout à tête d'homme ou à dos d'animaux. Les moyens de communication rapide (radio, télévision, téléphone, journal, etc) sont grandement insuffisants. L'analphabétisme est très répandu. Les ruraux ne bénéficient pas d'énergie électrique. Toutes les familles utilisent le bois ou le charbon de bois comme combustible pour la cuisson des aliments.
Selon une expression couramment utilisée, la population rurale s'est réduite à gérer la pénurie. On peut s'en rendre compte en comparant la situation de l'irrigation de la période 1971-1986 avec celle d'avant l'indépendance nationale. En effet, au 18º siècle, la surface irriguée était estimée à 58.000 hectares. Mais, en 1976 - bien que la surface équipée ou théoriquement irrigable ait été de 75.000 hectares (une augmentation théorique de 17.000 has) - la surface effectivement irriguée, suivant un rapport de l'OIT, serait de 55.000 hectares (D'ANS, 1987: 221 et 222).
Le problème fondamental est que le secteur agricole a été toujours mal entretenu. On a planifié et réalisé des fortunes personnelles à partir des ressources de ce secteur; mais on a très peu pensé à lui en restituer une partie. En ce sens, au lieu d'être renforcé, le cadre productif du secteur agricole a, en permanence, souffert d'un processus d'extraction outrancière. Il restait exposé aux aléas climatiques.
"Malgré le travail opiniâtre de la paysannerie, l'effort de la nation ne l'a pas introduite dans une dynamique d'accumulation, de reproduction et d'élargissement de la base productive au moyen de l'investissement, de la modernisation des équipements, de la mise en exploitation de nouvelles terres" (PIERRE-CHARLES, s.d.: 54 et 55).
Durant la période 1971-1986, le crédit destiné à la promotion de l'agriculture et de l'élevage était très peu répandu. Les institutions formelles de crédit n'offraient pas de services à plus de 6% des 650.000 familles rurales (IFAD & IICA, 1991: 47).
L'État investit très peu dans le secteur agricole. Il est vrai qu'il n'est pas déconseillé de faire des transferts de ressources d'un secteur à un autre; mais, en même temps, il est recommandé de créer et de maintenir l'articulation intersectorielle. Malgré sa considérable participation au PIB (plus de 30%), sa capacité d'emploi par rapport à l'ensemble des secteurs (plus de 75%) et sa forte contribution à l'approvisionnement alimentaire du pays, le secteur agricole restait toujours défavorablement discriminé dans le budget national.
"Historiquement, le secteur agricole a reçu moins que 10% des dépenses du gouvernement, une somme grandement insuffisante". (LUNDHAL 1992: 40).
4.2.2. La complexe tenure des terres
Comme on le sait, la tenure des terres demeure un déterminant non négligeable dans tout processus de lutte contre la faim dans les pays du Tiers-Monde puisqu'elle est à la base de la motivation des agriculteurs. En fait elle participe significativement dans la détermination des choix de ceux-ci en termes d'aménagements fonciers et de fonctionnement des exploitations.
En Haïti, contrairement à de nombreux autres pays de la région latino-américaine, le système de répartition des terres est caractérisé par de petites exploitations. En d'autres termes, l'agriculture haïtienne est dominnée par des exploitations de faible dimension et utilisant la main-d'ouvre familiale. Mais, là n'est pas le problème puisque:
"Dès les années 60, l'étude réalisée par le CIDA sur la structure agraire dans sept pays d'Amérique Latine, démontrait que les petites exploitations familiales faissaient un ssage plus performant de la ressource terre et qu'elles contribuaient mieux à l'emploi dans le secteur rural".(CREDISP, 1991: 22)
Les handicaps liés aux structures de tenure des terres se trouvent surtout au niveau des relations existant entre le propriétaire et l'exploitant.
Il est difficile de reconstituer la distribution des exploitations agricoles selon le statut foncier en raison du fait qu'il n'existe pas de cadastre et un contrôle formel du système d'héritage. Beaucoup de "propriétaires", travaillant une portion de terre héritée de leurs parents, n'ont pas de titres de propriété. Malgré tout, sur la base du recensement de 1971, on peut admettre que plus de 30% des terres seraient exploitées selon le mode de faire-valoir indirect (SACAD & FAMV, 1993, t.2: 10). En d'autres termes, une partie considérable des exploitants ne seraient pas des propriétaires, mais des fermiers et/ou métayers. Le mode de faire-valoir indirect implique beaucoup moins d'avantages que d'inconvénients surtout dans le cas d'Haïti où il n'est pas régi par un ensemble cohérent de lois et d'institutions juridiques. S'il permet à quelques paysans pauvres d'avoir accès à la terre, en revanche il expose ceux-ci aux caprices des propriétaires qui font des exigences dans le partage des récoltes et les changent quand ils le veulent.
En ce cas, les exploitants "non-propriétaires" ne sont pas inclins à établir des infrastructures dans les exploitations agricoles puisqu'ils ne savent pas quand ils vont en être expulsés. De plus, ils ne sont même pas intéressés à améliorer la production agricole parce que les propriétaires restent attentifs à l'évolution de la productivité des exploitations pour amplifier leurs exigences.
4.2.3. L'inadéquation de certaines techniques utilisées
Quand nous parlons de techniques nous faisons référence à l'ensemble des procédés employés tant au niveau de la production que de la conservation des aliments.
En ce qui concerne la production, les techniques sont de deux sortes: celles qui augmentent la productivité de la terre et celles qui économisent du travail. En Haïti, aucune de deux catégories n'est modernisée. Les agriculteurs continuent à utiliser les houes, les machettes, les serpettes et se servent très peu d'intrants (fongicides, insecticides, semences améliorées, engrais et herbicides).
Toutefois, notre position n'est pas de dénoncer l'obsolétisme de toutes les techniques de production utilisées. Il est vrai que la technologie agricole est très développée dans certains pays et qu'elle améliore grandement les niveaux de production. Mais on n'est pas automatiquement obligé à adopter une nouvelle technique parce qu'elle a fait montre d'efficience dans un autre contexte socio-économique. L'essentiel est d'arriver à bien articuler les divers éléments du processus de développement.
Pour nous, il est mieux de concentrer l'attention sur les techniques qui augmentent la productivité de la terre. Durant la période 1971-1986, le bas niveau d'utilisation d'engrais n'a pas permis l'augmentation des rendements des exploitations agricoles dont les sols souffraient d'un processus continu d'appauvrissement en éléments nutritifs pour les plantes. Très souvent, les exploitants sont restés impotents face aux microorganismes et insectes nuisibles aux cultures et aux troupeaux. De plus, l'agriculture haïtienne a presque stagné; ce qui peut être expliqué en partie par l'insuffisance de semences améliorées, c'est-à-dire, des semences à haut pouvoir germinatif et donnant naissance à des plantes plus hâtives et résistantes.
L'utilisation d'herbicides et la substitution des instruments aratoires actuels par d'autres plus modernes peuvent faire partie des objectifs de second ordre. En Haïti, il y avait et il y a encore beaucoup de bras disponibles pour les travaux agricoles. Pour cette raison, nous ne considérons pas l'existence des techniques de travail adoptées par les agriculteurs haïtiens comme responsable de la dégradation alimentaire. Au contraire, ces techniques donnent des emplois et permettent d'éviter la fuite massive de devises qui sont déjà si rares.
Quant aux processus de conservation des aliments, ils doivent bénéficier d'une attention spéciale. De 1971 à 1986, l'inadéquation des techniques utilisées à cet effet a donné lieu à des pertes annelles équivalant à plus de 20% de la production alimentaire. La technologie de transformation d'aliments a été peu développée. La raffinerie de sucre a été pendant longtemps la plus grande branche agro-industrielle, à côté d'autres de moindre importance qui transformaient des produits suivants: fruits et légumes, riz, café,cacao, coton et huiles essentielles. Le problème fondamental est que, à l'exception de trois entreprises (Famosa Tomato Products, La Chapelle Vegetable Export Entreprise et Mennonite Developement Associates Cocoa Project), les entreprises agroindustrielles ne parvenaient pas à établir une liaison forte et étroite avec les exploitations agricoles (IFAD & IICA, 1991: 28). En général, leurs activités sont concentrées ou exercées seulement dans une zone bien déterminée. Quand on imagine les difficultés de transport (topographie accidentée, peu de routes, cabotage negligé) on peut comprendre en partie pourquoi l'exploitant agricole ne se sent pas encouragé à améliorer continuellement ses productions.
4.2.4. La pression démographique
Nous avons vu que de 1971 à 1986 le taux d'accroissement de la population s'est réduit par rapport à celui des années antérieures, à cause des efforts consentis dans des programmes de planification familiale. Malgré tout, la densité démographique (environ 200 habitants par kilomètre carré) restait la plus élevée du Continent Américain.
En faisant ce rappel, notre préocupation fondamentale n'est pas de comparer Haïti avec un autre pays quelconque qui, d'ailleurs, aurait un contexte socio-économique bien différent. La seule observation que nous prétendions en formuler est qu'aucun autre pays du Continent Américain, bien que détenteur d'un meilleur PIB, n'atteignait pas encore cette densité démographique.
Comme nous venons de l'insinuer, l'analyse du contexte socio-économique est important dans tout processus d'appréciation des indicateurs démographiques. Dans un pays comme Haïti - où l'État ne se soucie pas de garantir l'accès des citoyens aux besoins essentiels, où les services d'assurance-vieillesse sont très peu fonctionnels, où l'individualisme l'emporte sur le collectivisme, etc. - la création d'une famille nombreuse paraît un objectif raisonnable. Très souvent, les plus pauvres désirent beaucoup d'enfants puisque ceux-ci les aident à exécuter de nombreuses activités courantes: transport d'eau, élevage des animaux, entretenir la maison, etc. De plus, ce sont encore ceux-ci qui, plus tard, vont prendre soin des parents atteints de maladie ou de vieillesse.
En dépit de ces considérations justes, nous ne pouvons nous empêcher de signaler la croissance rapide de la population comme l'un des déterminants de la dégradation alimentaire. Nous en avons pour preuve ce qui se passait tant dans les campagnes que dans les villes pendant la période 1971-1986.
Dans les campagnes, comme nous l'avons déjà dit, il existait très peu d'infrastructures (écoles, manufactures, etc). Les enfants des salariés-agricoles, des petits ou moyens proprietaires étaient généralement utilisés pour produire des services domestiques et, en conséquence, ne recevaient pas une formation autre que les routines héritées de leurs parents. Par conséquent, leur tendance était de répéter le même type de vie de ceux-ci. Alors, arrivés à l'âge adulte, ils faisaient face à un manque d'espace physique et social qui se manifestait de la façon suivante. Du coté physique, ils n'avaient pas de terre à travailler dans le cas où les parents étaient encore vivants; et, si ceux-ci étaient déjà morts, chacun des enfants obtiendrait généralement une infime portion de terre insuffisante pour permettre la création et le maintien d'une nouvelle famille. Du côté social, ils ne recevaient pas une formation pouvant faciliter son intégration rapide dans un autre milieu (comme dans les villes par exemple); un tel problème s'avérait très grave puisqu'aucun milieu rural, autre que le lieu de leur naissance, n'offrait de meilleures opportunités.
Dans les villes, c'était à peu près la même perspective. Les jeunes gens de la plupart des familles (en particulier, moyennes et pauvres) arrivaient également à une phase difficile de leur vie surtout quand ils devenaient adultes, mais de façon différente. Généralement, ils avaient la chance de fréquenter l'école pendant quelques années et/ou d'obtenir une formation professionelle. Le problème principal était l'insuffisance d'opportunités offertes par le marché du travail.
Une telle situation se reproduisait selon un cycle continu qui s'initiait à partir des décisions de ces nouveaux adultes. Très souvent, certains de ceux-ci prenaient tous les risques de la vie et arrivaient à se marier ou à avoir des enfants. La nouvelle génération devenait généralement plus pauvre que l'ascendante. Un tel processus d'appauvrissement donnait lieu à une situation socio-économique si délicate qu'une politique économique non adéquate pouvait engendrer le chaos ou même le suicide collectif.
4.3. Le poids de la politique des prix agricoles
L'interaction des contraintes structurelles que nous venons d'analyser a, durant la période 1971-1986, entretenu une ambiance favorable à l'expansion de la pauvreté. Malheureusement, la politique des prix agricoles n'a pas été conçue de façon à les contourner ou à favoriser l'éclosion d'un processus de développement de la société haïtienne; elle a même consolidé de telles contraintes et, par conséquent, aggravé la crise alimentaire.
Comme nous l'avons déjà indiqué, une analyse superficielle des marchés agricoles ne permet pas de découvrir les profondeurs de la politique des prix agricoles. Le marchandage qui existait entre le vendeur et l'acheteur des produits alimentaires donne lieu à l'illusion d'une grande liberté dans les transactions. Le fait que le paysan choisissait de son propre gré le spéculateur à qui vendre son produit d'exportation peut porter à croire que c'est lui qui définissait son niveau de bénéfice à partir du prix international. Les barrières douanières que le gouvernement imposait contre la libre importation des aliments laissent l'impression d'une volonté de protection de la production alimentaire intérieure.
L'apparence est souvent trompeuse. C'est pourquoi nous nous proposons d'interpréter les motifs et les conséquences de cette politique dans l'optique de faire ressortir en quoi elle a favorisé la dégradation alimentaire.
4.3.1. Un instrument au service de la clique dirigeante
Comme nous l'avons indiqué dans l'Introduction Générale, l'année 1971, correspond à celle de l'avènement d'un nouveau président au pouvoir, Jean-Claude Duvalier qui, dès les premiers moments de son gouvernement, a annoncé sa volonté de gagner la bataille économique. Cette promesse, adressée à la nation souffrante, faisait suite aux démarches déjà entreprises par son prédécesseur (son père François Duvalier) auprès des EUA pour l'établissement en Haïti d'entreprises manufacturières américaines qui avaient été en quête de main-d'oeuvre peu coûteuse.
Il n'est pas dans nos intentions de considérer aveuglément cette promesse comme fallacieuse. Mais il ne faut pas oublier que, comme tout dictateur, le président avait pour objectif essentiel de garder le pouvoir à tout prix. D'ailleurs, il avait été nommé "Président à Vie" par son père et il conservait jalousement ce titre.
L'arrivée des compagnies transnationales en Haïti était précédée de l'élaboration et l'adoption d'un plan économique, dont les deux grandes lignes consistaient à encourager l'installation d'usines d'assemblage et à promouvoir l'agriculture d'exportation à travers l'agro-business. Quels en ont été les résultats?
En ce qui concerne les usines d'assemblage, le président, par l'intermédiaire de son gouvernement, a tout fait pendant la période 1971-1986 pour favoriser leur installation. Les travailleurs de telles usines n'étaient pas intégrés dans un processus soutenu d'amélioration de leur niveau de vie puisque, à partir de 1981, le salaire minimum réel a connu une décroissance continue (Tableau 19). Le fonctionnement de syndicats d'ouvriers était interdit. Les entreprises jouissaient de l'exonération fiscale et des facilités de transport vers les EUA. Dans cette ambiance socio-économique, les compagnies transnationales réalisaient des gains colossaux. Elles parvenaient à opérer des transferts de bénéfices équivalant à 50 millions de dollars par an (Rapport de la Banque Mondiale, Juin 1985)6. La bourgeoisie a également profité du succès de ces entreprises auxquelles elle s'associait à travers l'apport de capitaux7. S'il n'y a pas de doute sur le fait que l'installation d'usines d'assemblage a favorisé le drainage des ressources du pays vers l'extérieur, il faut reconnaître qu'elle a donné lieu à la création de milliers d'emplois ainsi qu'à la construction d'infrastructures basiques et contribué à l'ouverture vers la démocratie8.
Quant à la seconde grande ligne du programme (promotion de l'agriculture d'exportation), elle a été l'objet d'un autre sort. Contrairement à la première, elle n'a pas connu de succès. Son exécution s'est heurtée aux fondements mêmes du régime en place. Comment expliquer un tel résultat?
L'État, hérité du gouvernement de la période 1971-1986, était "post-oligarchique" malgré la faiblesse de l'urbanisation (CORTEN, 1989: 20). Le régime politique en vigueur avait ses racines bien implantées dans les structures sociales du pays grâce aux stratégies de violence et de corruption du gouvernement antérieur. La formule d'élimination de l'oligarchie se basait sur ce que PIERRE-CHARLES appelle "l'auto-neutralisation"9 et qui, selon la définition formulée par TROUILLOT (1986: 166),
"consiste à agrandir l'accès aux ressources politiques, économiques et idéologiques, d'un groupe, d'une classe, ou d'une fraction de classe juste assez pour que la masse d'individus de ce groupe, de cette classe, ou de cette fraction qui tendent à bénéficier de cet accès, devienne suffisamment grande pour bloquer la contestation au pouvoir".
Nous voulons faire ressortir le fait que ce n'étaient pas seulement les compagnies transnationales et la bourgeoisie qui recevaient des traitements spéciaux du gouvernement. Il y avait une multitude de personnes, de groupes ou de catégories sociales qui consolidaient continuellement les bases du pouvoir et qui, en échange, recevaient des rémunérations budgétaires ou extrabudgétaires. En dehors de ces rémunérations, de tels parasites définissaient et tiraient leur surplus à partir des ressources des agents économiques (en particulier, les paysans) sous la protection du gouvernement.
À partir des considérations que nous venons de formuler, nous pouvons déceler le sens et la portée de la politique des prix agricoles. Les différentes mesures et actions relatives à celle-ci furent conçues dans l'optique d'auto-neutralisation des groupes sociaux. Les recettes formées à partir de lourdes taxes sur les exportations agricoles étaient destinées non seulement à alimenter le Trésor Public mais surtout à enrichir la famille présidentielle qui se chargeait de redistribuer, selon ses propres critères, les fonds de l'État à des parasites du pouvoir.
Les hauts niveaux de prélèvements opérés par les spéculateurs et les exportateurs dans le circuit d'exportation étaient garantis par le gouvernement. D'ailleurs, selon les articles 254 et 257 du Code Rural (DdJ, 1963: 40 et 41), les spéculateurs avaient le monopole d'acheter des producteurs les produits d'exportation pour les revendre aux exportateurs qui, de leur côté, étaient en nombre très restreint. En ce qui concerne le groupe des exportateurs, GIRAULT (1981: 174) fait la description suivante:
"Voilà donc une couche de négociants bien protégés dans leur "niche" économique, d'autant que leurs rapports avec le pouvoir politique qui se servait d'eux et qui les servaient ont toujours été excellents"10.
La fixation de quotas d'importations alimentaires était établie à des fins similaires. Les licences d'importations étaient délivrées à des familiers du président ou à des proches du gouvernement. Ainsi se créaient des monopoles dans le marché des aliments importés et s'établissait la protection de l'agro-industrie locale détenue par la bourgeoisie.
Les incessantes fixations de prix des aliments importés correspondaient à des objectifs bien déterminés: économiques ou sociaux. En général, les premiers l'emportaient sur les seconds puisque la préoccupation essentielle du gouvernement était de garantir des bénéfices satisfaisants aux importateurs. Mais, en cas de catastrophes naturelles (sécheresse, cyclone, etc), le gouvernement réduisait un peu les prix pour apaiser les tensions sociales.
Les droits d'entrée sur le marché des aliments produits localement - exigés pendant un court laps de temps - arrondissaient les gains de nombreux parasites tant urbains que ruraux. Le gouvernement est parvenu à éliminer les taxes liées à ces droits grâce à la multiplication d'emplois dans les projets de développement financés par des organisations non gouvernenentales. C'est pourquoi, à partir de 1982 - avec la perte de certains de ces emplois, due à la canalisation d'une partie de l'aide au développement directement à travers des associations paysannes sans passer par le gouvernement - la perception des droits d'entrée réapparaissait.
Une lecture superficielle de cette réalité pourrait créer l'impression que la politique des prix agricoles ait été en train de favoriser des transferts de ressources de l'agriculture vers l'industrie en vue de l'accumulation économique. Cependant le sort infligé aux fortunes accaparées prouvait le contraire. D'abord, comme nous venons de le signaler, les bénéfices des usines d'assemblage étaient transférés vers l'extérieur. Ensuite les réinvestissements de la bourgeoisie étaient très maigres par rapport à ses gains (PIERRE-CHARLES, s.d.: 55 et TROUILLOT, 1986: 228-230). Enfin, les allocations budgétaires, assignées par le gouvernement au milieu rural, étaient insignifiantes par rapport aux recettes qu'il en tirait. Bref, le secteur agricole était considéré comme une source financière inépuisable qui ne nécessitait d'aucun entretien; mais, son évolution a montré que la réalité était bien différente.
4.3.2. Les changements dans le secteur agricole
Si la politique des prix agricoles a favorisé l'enrichissement de l'élite dirigeante et des bourgeois conservateurs ainsi que la rémunération des parasites du pouvoir, elle n'est pas parvenue à articuler les differents secteurs de l'économie. Les dégâts qu'elle a engendré se retrouvaient naturellement dans le secteur agricole et se manifestaient à travers les transformations enregistrées dans la composition de la production globale, la capacité productive des exploitations et les mouvements de la population.
Contrairement à ce qu'avait prévu le plan économique du gouvernement, de telles transformations ne correspondaient nullement à l'émergence d'une agriculture capitaliste, tournée vers l'exportation. On assistait à un processus continu de substitution de cultures d'exportation par celles de consommation interne. Cette nouvelle logique de production traduisait une adaptation à la réalité du moment dominée par une tendance gouvernementale de dévastation du secteur agricole.
Comme nous l'avons déjà signalé, le marché des produits d'exportation est spécifique en ce sens que les niveaux des prix sont fixés selon des accords internationaux. En ce sens, les manoeuvres qui déterminaient les rémunérations des intermédiaires n'avaient d'effets négatifs que sur les gains des producteurs.
Les prélèvements opérés non seulement par les intermédiaires mais aussi par l'État étaient énormes. Les producteurs ne recevaient qu'environ 50% du prix FOB.
Les taxes imposées par l'État sur les produits agricoles d'exportation étaient toujours exhorbitantes. Pour faire ressortir cet aspect dans le cas du café, GIRAULT (1981: 183) s'exprime en ce termes:
"Le système fiscal d'Haïti demeure fondé sur la fiscalité indirecte (droits de donane et accises) qui représente encore 83% des revenus fiscaux, Les droits de donane à eux seuls représentent environ la moitié des rentrées fiscales. Les taxes à l'importation participent pour 70% aux rentrées donanières, tandis que les droits à l'exportation représentent le reste (30%). La taxation du café à elle seule fournit les trois quarts des taxes à l'exportation".
Les imperfections des marchés des produits agricoles d'exportation favorisaient des manoeuvres malhonnêtes des intermédiaires. Le fait que la quasi-totalité des producteurs n'avaient pas accès aux informations (à cause du bas niveau de formation, du manque de moyens de communication, etc) est exploité par les intermédiaires pour les tromper sur les prix, poids et mesures de tels produits.
Avec le temps, les producteurs parvenaient à découvrir ces tromperies puisque le marché alimentaire se révélait de plus en plus avantageux pour eux. À cause des barrières érigées par la politique des prix agricoles dans le cadre du commerce extérieur11, les niveaux des prix des aliments (à l'intérieur du pays) étaient hauts par rapport à ceux observés sur le marché international et généraient des bénéfices de plus en plus élevés. Par exemple:
"les relations prix internes du producteur/prix frontaliers, au taux de change officiel, ont été de l'ordre (...) de 1,3 pour le maïs, le sorgho et le riz" (BANCO MUNDIAL, 1986: 84)12.
Pour les agriculteurs, le marché des aliments était plus transparent que celui des produits d'exportation et, par conséquent, offrait de meilleures possibilités de négociation dans les relations commerciales. Motivés en ce sens, ils s'engageaient dans un processus graduel et continu de substitution des cultures d'exportation par celles de consommation interne. Dans des zones de plus en plus nombreuses, le café, qui avait été le principal produit agricole d'exportation, faisait continuellement place aux céréales, racines, tubercules, légumineuses, etc.
Le problème immédiat de ce changement dans la composition de la production agricole vient principalement des spécificités agronomiques des cultures substituantes. Contrairement aux substituées, celles-ci sont des cultures saisonnières puisqu'elles ont un cycle de production inférieur à une année; de plus, elles nécessitent des sarclages plus fréquents.
Ces cultures saisonnières remplaçaient les autres (plus pérennes et nécessitant des sarclages peu fréquents) dans des terres dont la déclivité était en général très prononcée. En raison de la forte intensité des pluies tropicales et de la considérable friabilité de la majorité des sols, les terres ont souffert de l'érosion. Une telle situation était agrravée par la tenure de nombreuses terres puisque l'incertitude sur la durabilité ou la légalité de leurs contrats d'exploitation n'encourageaient pas de nombreux fermiers et métayers à pratiquer des techniques anti-érosives. Durant la période en étude, les pertes annuelles de sol, dues à l'érosion, avoisinaient 10.000 hectares (CRESDIP, 1994: 41). Un tel rythme portait à penser que, sans des mesures correctives, les 561.000 hectares - cultivées dans les montagnes - deviendraient, en moins de soixante ans, complètement improductives.
La capacité productive de nombreuses exploitations agricoles s'abaissait considérablement. Mais, en même temps, la population continuait à augmenter. Par conséquent, les pressions démographiques sur les ressources naturelles ne cessaient de s'élever. Dans ces conditions, les paysans étaient attirés par le milieu urbain qui bénéficiait de beaucoup plus d'investissements publics. Chaque année, environ 24.000 paysans laissaient les campagnes pour aller vivre dans les villes.
Il y avait également d'autres paysans (généralement de meilleures conditions économiques) qui, en nombre plus restreint, émigraient vers des pays étrangers (CONADEP, 1978: 58 et 59).
Cet exode rural constituait une perte considérable en ressouces humaines pour le secteur agricole. La quasi-totalité des émigrants étaient des jeunes. La population rurale avait tendance à vieillir; et, par conséquent, la force de travail diminuait en termes physiques dans les campagnes. Il en résultait également un problème d'ordre sociologique: ceux qui restaient dans le milieu rural se révélaient généralement réticents aux changements technologiques à cause de leur âge ou de la précarité de leurs conditions économiques.
Contrairement à ce qui s'était passé dans beaucoup de pays développés, le déplacement de la main-d'oeuvre rurale haïtienne n'était pas inscrit dans le cadre d'un processus de transformations orientées vers le développement du pays. IL était lié à l'inquiétante perspective d'un épuisement immédiat des ressources du secteur agricole. La décision des jeunes paysans de laisser leurs familles n'était pas motivée par la certitude de futurs emplois dans les villes; elle s'expliquait par le fait que les campagnes ne leur offraient plus opportunités économiques.
4.3.3. La désarticulation économique
La politique des prix agricoles n'a pas permis un agencement fonctionnel entre les différentes branches d'activités économiques. Dans ses dimensions externe et interne, elle s'est traduite comme une entrave à l'expansion économique ou plus précisément à l'équilibre alimentaire.
Dans le cadre du commerce extérieur, elle a rendu difficile les échanges entre Haïti et les autres pays. Une telle caractéristique n'est pas en soi un défaut. Beaucoup de pays avaient déjà recouru au protectionnisme, mais dans des conditions particulières et pour atteindre des objectifs bien définis au profit de leur bien-être économique collectif.
En Haïti, ce n'était pas le cas; les mesures protectionnistes n'étaient pas prises au bénéfice de la collectivité. Il n'est pas facile d'expliquer pourquoi le gouvernement taxait fortement les exportations agricoles (une mesure qui décourageait la production de biens agricoles destinés à l'exportation) alors qu'il avait besoin de devises pour couvrir le déficit de la balance commerciale. Quelle en était donc la logique?
Serait-ce pour répondre à la nécessité d'encourager la consommation locale? Ce n'était pas le motif. Les exportations représentaient traditionnellement une partie des produits que la population n'utilisait pas dans leur régime alimentaire. En fait, de tels produits ne constituaient qu'un faible pourcentage dans l'ensemble des aliments consommés en Haïti.
Peut-on penser que c'était pour financer le Trésor Public? Un tel argument ne se tient pas non plus puisque le gouvernement n'utilisait pas suffisamment les autres sources de recettes fiscales. Les usines d'assemblage bénéficiaient de nombreuses fraudes (TROUILLOT, 1986: 133); de plus, la fiscalité directe (par exemple, impôts sur le revenu) représentait seulement 17% des recettes de l'État (GIRAULT, 1981: 183).
En ce sens, on voit bien que le principal motif de taxation des exportations agricoles n'était pas celui de garantir les recettes publiques. Il est vrai que le financement des Caisses de l'État était une nécessité; mais, la forte taxation des exportations agricoles n'etait pas le seul moyen permettant d'y parvenir.
Le vrai motif d'une telle taxation a été surtout la discrimination du secteur agricole. Le gouvernement avait besoin de moyens financiers pour fonctionner et estimait convenable de les extraire du secteur agricole sans créer des conditions nécessaires à leur renouvellement.
En ce qui concerne les importations d'aliments, elles ont été l'objet de règlements qui, de manière évidente, protégeaient l'agriculture de la concurrence internationale. On sait que les capacités de production alimentaire de certains pays voisins d'Haïti sont fortes. Une telle mesure se révélait bonne en ce sens que sa vertu était celle de garantir la stabilité des prix sur le marché intérieur, laquelle stabilité pourrait, dans des conditions adéquates, encourager la production locale. Mais, en même temps, une telle mesure renfermait le risque de porter préjudice aux consommateurs. En fait, en quoi les producteurs ou consommateurs en bénéficiaient-ils? Seule l'étude de la dimension interne de la politique des prix agricoles nous permettra de répondre à cette question.
Si cette politique protégeait théoriquement les agriculteurs haïtiens d'une concurrence qui pourrait leur être fatale, en revanche elle ne favorisait pas pratiquement une expansion de la production. Cela s'explique non seulement par le fonctionnement des circuits d'échange mais aussi par les nombreuses contraintes structurelles. Nous avons vu que, dans les circuits d'échange, il y avait beaucoup d'intermédiaires. La simple présence de ceux-ci sous-entendait des pertes dans les gains des producteurs. En ce sens, on peut imaginer combien le fardeau des prélèvements (sur les prix) était pénible pour les producteurs, surtout lorsqu'on sait que, dans le cas des produits d'exportation, les intérmédiaires recevaient l'appui du gouvernement dans la détermination de leurs profits. Et, quand il ne s'agissait pas de tels prélèvements, il y avait les fameuses taxes (ou droits d'entrée sur le marché) qui disparaissaient et revenaient, les cas échéant.
Un autre fait important à souligner est le comportement des termes d'échange intersectoriel: ce qui est mis en évidence par les données recueillies à Port-au-Prince. Si, durant la décade 70, les indices des prix pour l'alimentation croissaient à un rythme plus rapide que ceux relatifs aux produits manufacturés ou industriels (ANNEXE 6), c'est l'inverse qu'on observait à partir de 1980 (ANNEXE 7). Par exemple, pour acheter un vêtement en 1986 il a fallu vendre 29% plus d'aliments que ce qui avait été nécessaire en 1980. Dans le cas du logement, le taux d'augmentation de la quantité d'aliments a été - durant le même laps de temps - de 23,5% pour construire une unité de surface.
Par ailleurs, il est bon de rappeler également que les producteurs faisaient face à des obstacles d'ordre structurel (manque d'infrastructures, complexité de la tenure foncière, faible niveau des techniques, etc.). La politique des prix agricoles n'a pas été conçue de façon à permettre aux producteurs de surmomter de telles difficultés. D'ailleurs, elle n'a pas été inscrite dans le cadre d'un plan global et cohérent de développement du pays. Un exemple évident est la rareté de crédit à la production. Les producteurs étaient contraints à faire des emprunts13 à des taux d'intérèt très élevés, de 10 à 25% par mois (GIRAULT, 1981: 210); ce qui accélérait la décapitalisation des exploitations agricoles et, par conséquent, entravait l'amélioration de la production agricole.
Les consommateurs, de leur côté, ont beaucoup souffert de cette politique qui restreignait les importations alimentaires. Comme nous l'avons vu, les prix étaient à des niveaux élevés et continuaient à s'élever pendant la période 1971-1986. Pour bien comprendre comment était la situation, il convient de distinguer deux groupes de consommateurs: ceux du milieu rural et ceux du milieu urbain.
Pour les premiers, l'accès aux aliments paraissait en général beaucoup plus facile. Cependant, il existait, dans ce groupe, un nombre considérablement élevé de familles (les cas des salariés agricoles) qui avaient beaucoup de peine à trouver des aliments.
Pour les seconds, la situation était généralement compliquée. Cela se comprend facilement lorsqu'on se rappelle que la distribution des revenus urbains était socialement et économiquement injuste et que de nouvelles familles venaient continuellement des campagnes pour s'établir en villes.
En fait, à part les privilégiés qui bénéficiaient de l'appui du gouvernement, tous les consommateurs vivaient les effets négatifs de la politique des prix agricoles. Celle-ci a favorisé la hausse continuelle des prix des aliments. En même temps, continuaient à croître les prix de tous les autres biens de consommation (habillement, logement, etc.); ce qui engendrait une inflation permanente. Or, le salaire réel n'évoluait jamais suivant le même rythme que de tels prix; parfois, il arrivait même à décroître (Tableau 19). Dans de telles conditions, la demande réelle interne demeurait très restreinte et n'encourageait nullement une ampliation de la production alimentaire.
Conclusion
Nous venons d'étudier les divers indicateurs de la dégradation alimentaire avec la préoccupation de faire ressortir en quoi la politique des prix agricoles participait à leur évolution. Pour cela, nous avons suivi un parcours en trois étapes.
D'abord, nous avons montré que le déficit alimentaire non seulement existait mais aussi persistait et croissait. Du début de la décade 70 jusqu'à 1980, il passait de 25% à 40% (estimations rencontrées dans la bibliograhie disponible). Pour nous, ces estimations n'ont pas traduit exactement la réalité. La situation peut être beaucoup plus lamentable.
Nos commentaires partent d'une distinction entre production réelle et production disponible. Etant donné le faible niveau des techniques de conservation des aliments et les difficultés de transport, nous disons que la production mise à la disposition des consommateurs (production disponible) est moindre que l'ensemble des produits récoltés dans les exploitations agricoles (production réelle). Toutefois, pour faciliter notre analyse en raison du manque de statistiques, nous avons considéré seulement la production disponible (comme le font tous les auteurs consultés).
En référence à cette considération, nous avons analysé quelques facteurs socio-économiques (chômage, inflation, distribution de revenu, prix, etc.) et nous sommes arrivés à conclure que le déficit alimentaire réel était plus ample et plus écoeurant que celui traduit par les taux moyens de malnutrition déjà publiés.
Ensuite, nous avons cherché les fondements structurels d'un tel déficit. Il est évident que celui-ci n'était pas conjoncturel. En fait, des obstacles - comme la tenure foncière, le bas niveau des techniques utilisées, la croissance rapide de la population, etc. - ont toujours existé en Haïti et ne pouvaient être surmontés du jour au lendemain. Pour nous, le problème fondamental est que, durant la période 1971-1986, l'action gouvernementale tendait beaucoup plus à les consolider qu'à les éliminer.
C'est pourquoi nous avons enfin analysé la politique des prix agricoles en faisant ressortir son essence sociale, son influence au sein du secteur agricole et ses conséquences directes sur l'économie générale du pays avec emphase sur le marché alimentaire. Nous avons vu que cette politique était utilisée par le gouvernement avec objectif de garantir sa pérennité au pouvoir et que, par conséquent, elle n'était pas conçue de façon à engendrer la sécurité alimentaire.
En effet, contrairement à ce qui avait été prévu dans le plan économique, cette politique a suscité la substitution des cultures d'exportation par des cultures de consommation interne (ou cultures alimentaires). En raison de la conformation topographique du pays et des techniques de production utilisées, cette substitution favorisait l'érosion des terres et la baisse de leur capacité productive. Les difficultés de survie dans les campagnes venaient aggraver davantage la situation socio-économique des villes; ce qui a traduit bien ce que nous appelons la dégradation alimentaire.
NOTES
1 Les auteurs des deux études sont cités par BEGHIN et al (1970: 140 et 153); les références sont:
PAYNE, George C. et PAYNE, Florence K. (1927). "The incidence of an edema disease among children in the republic of Haïti". In: American Journal of Hygiene, vol. 7, p.73-83.
JELLIFE, Derrick B. et JELLIFE Patricia (1961). "The nutritional status of Haitian children". In: Acta Tropica, 18:1.
2 Les 2200 calories correspondent aux besoins du consommateur. Selon la FAO, l'énergie fournie par la disponibilité alimentaire doit être égale à 2500 calories pour compenser les pertes (15%) enregistrées entre la vente au détail et la consommation à domicile.
3 Les citations de DREZE & SEN, de IFAD & IICA et de LUNDAHL, inscrites dans ce chapitre, sont traduites de l'anglais en français par l'auteur.
4 Voir tout le CHAPITRE III.
5 Voir la section 1.1 du CHAPITRE I.
6 Cité par PIERRE-CHARLES (s.d.: 32).
7 Les estimations de la part des investissements haïtiens dans les usines d'assemblage soulèvent encore des controverses. On ne sait pas encore si elle était significative ou non; mais on est unanime à reconnaître qu'il existait. Pour plus de commentaires, voir TROUILLOT (1986: 229).
8 Les compagnies transnationales et les organisations internationales exigeaient de plus en plus une libération démocratique suffisante pour éviter les tensions sociales (GRAMIR, 1989: 48).
9 Pour plus de commentaires, voir TROUILLOT (1986: 166).
10 C'est GIRAULT qui souligne.
11 On peut se demander pourquoi - malgré l'existence de cette protection - la crise agricole demeurait toujours. Pour cela, il est nécessaire de se référer non seulement aux contraintes structurelles mais aussi et surtout aux désavantages de la politique des prix agricoles; ce qui constiue l'objet de ce chapitre.
12 Citation traduite du portuguais en français par l'auteur.
13 Certaines personnes, qui avaient des fonds disponibles, profitaient des insuffisances du système de crédit pour faire des prêts à des taux d'intérêts usuraires.
Sites intéressants
1. http://www.geocities.com/aycribb Consultez le profil de André Yves Cribb, chercheur et consultant en administration rurale et agroindustrielle.
2. http://www.geocities.com/gifadbr Connaissez le GIFAD, une ONG dédiée à la promotion du développement local, intégré et durable.
3. http://www.geocities.com/pub1haiti/index.html Réfléchissez sur les conditions de la disponibilité et de l'accessibilité alimentaire en Haïti.
4. http://www.fao.org Visitez le site de la FAO, Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture.
5. http://www.cgiar.org/isnar Consultez le site de l'ISNAR, Service International pour la Recherche Agricole Nationale.
6. http://www.ifpri.org Consultez le site de l'IFPRI, Institut de Recherche de Politique Alimentaire Internationale.
7. http://www.geocities.com/pub1haiti/listepub.html Publications on-line du Dr. André Yves Cribb.