Mobilisation pour la fin de la faim en Haïti!!!

André Yves Cribb
Agronome-Économiste
M.Sc., Développement Agricole
D.Sc., Ingénierie de Production
GIFAD, Rio de Janeiro, RJ, Brésil
http://www.geocities.com/aycribb


Discours prononcé le 8 juillet 2002 par le Dr. André Yves Cribb à l´occasion du treizième anniversaire de la MOCSA (Mutuelle d´Organisation des Communautés pour la Sécurité Alimentaire en Haïti)

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Aujourd´hui est le 8 juillet 2002, date qui rappelle le treizième anniversaire de la MOCSA (Mutuelle d´Organisation des Communautés pour la Sécurité Alimentaire en Haïti). En moins de deux ans, ce sera le jour de la commémoration de nos deux cents ans de peuple libre et indépendant. Oui, Haïti, notre cher pays, s'est activement érigé sur l'échiquier international, le 1er janvier 1804, grâce à la bravoure de nos ancêtres. Personne ne peut oublier les prouesses de Toussaint Louverture, de Jean-Jacques Dessalines, de Henry Christophe et de tous les autres compatriotes qui ont payé de leur vie la conquête et le maintien de la liberté et de l'indépendance de notre pays.

Je suis sûr que tout Haïtien, fier des actes de nos ancêtres, est aujourd'hui disposé à faire du 1er janvier 2004 un "jour inoubliable" dans l'histoire d'Haïti. Une telle disposition suggère automatiquement la question suivante: "Que faire pour rendre inoubliable ce jour?". Il peut y avoir diverses propositions. Mais, en ce jour si important pour la MOCSA et en tant que Secrétaire Général de cette organisation, je ne peux me permettre d'oublier ma suggestion, maintes fois répétée lors de mes rencontres avec mes collègues qui participent avec moi au combat contre la faim. Ma suggestion est la suivante:

"Nous devons commencer dès maintenant une vaste campagne en faveur de la fin de la faim en Haïti pour que nous puissions, le 1er janvier 2004, commémorer avec fierté le deux-centième anniversaire de notre indépendance".

C'est une suggestion importante qui mérite d'être prise en considération. En fait, il est connu de tout un chacun que, depuis plusieurs décennies, Haïti porte un fardeau accablant de problèmes inhibiteurs de progrès économique et de mobilité sociale. Parmi ceux-ci se détache le problème alimentaire qui s'installe dramatiquement dans la quasi-totalité des familles haïtiennes.

Une simple observation des habitudes alimentaires de l'Haïtien montre que, de 1804 à nos jours, son niveau de vie ne bénéficie d'aucune élévation. Les mêmes catégories d'aliments constituent la base de la consommation journalière. Les méthodes de production, de conservation, de transformation et de commercialisation restent à peu près les mêmes. La productivité agricole demeurant insignifiante, le volume d'aliments n'augmente - et cela timidement - qu'avec la mise sous culture de nouvelles terres. Or, pendant cette même période, la population continue à augmenter à un rythme vertigineux. De 1804 à nos jours, la population haïtienne est devenue dix-huit fois plus nombreuse, passant de 400.000 à plus de 7.000.000 habitants.

En plus de ces considérations d'ordre général, il est possible de citer des preuves évidentes du problème alimentaire en Haïti. On se rappelle encore d'un phénomène qui, durant le second trimestre de l'année 1996, a fait l'objet des principales nouvelles transmises par des journaux parlés, écrits et télévisés. Il s'agissait d'un phénomène selon lequel des compatriotes haïtiens, tiraillés par la faim dans des zones économiquement défavorisées du pays, auraient mangé de la viande de chien. Ces nouvelles ont donné lieu à un débat animé par divers courants. Mais les discussions ont été mal orientées puisqu'elles ont été centrées sur la véracité ou fausseté de telles nouvelles comme s'il fallait encore prouver le délabrement alimentaire en Haïti. Qui connaît n'importe qu'elle région du pays - en particulier le nord-ouest - n'a plus besoin de preuves pour accepter qu'il existe des Haïtiens tout à fait déroutés par la faim.

De nombreuses études, publiées au cours des quinze dernières années, mettent à nu l'ampleur de la misère dans laquelle vivent des Haïtiens. La plupart d'entre elles analysent minutieusement cette lamentable situation et en fournissent même des interprétations.

À la fin des années 80, la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture) a informé que les Haïtiens vivant dans la pauvreté absolue - c'est-à-dire, n'ayant pas suffisamment de moyens pour satisfaire leurs nécessités basiques - représentaient plus de 80% de la population totale du pays. Elle a en outre pris le soin d'indiquer que, parmi ces pauvres, il existait des indigents, c'est-à-dire des personnes n'ayant même pas la possibilité d'acheter le minimum d'aliments nécessaires. Ceux-ci constituaient plus de 90% des Haïtiens pauvres.

Dans les années 90, le FIDA (Fonds International pour le Développement Agricole) a classé Haïti parmi les quatorze pays de l'Amérique Latine où la pauvreté est sévère. Basant cette classification sur l'indice de sécurité alimentaire, le FIDA a constaté que, sur une période d'à peu près vingt-cinq ans, la pauvreté ne cessait de s'accroître. Les catégories d'Haïtiens les plus atteintes étaient: les jeunes chômeurs, les petits artisans, les petits agriculteurs, les ruraux sans terre et les travailleurs ruraux journaliers.

C'est douloureux de faire un tel rappel quand on sait qu'il n'est pas impossible sinon d'éliminer mais au moins de réduire la pauvreté rurale. D'autres pays de la région - comme l'Argentine, le Brésil, la Colombie et le Trinidad & Tobago - en ont donné la preuve durant cette même période. Par exemple, à Trinidad & Tobago, le nombre de pauvres absolus a considérablement diminué durant les quarante dernières années.

Ce qui est encore plus triste, c'est que - depuis la fin des années quatre-vingt - les conditions de vie de la population rurale haïtienne ne cessent de s'empirer. La tendance de la production agricole est en déclin. En ce qui concerne particulièrement la production alimentaire per capita, la tendance négative se révèle beaucoup plus accentuée.

Face à cette évolution économiquement néfaste et socialement intolérable, les structures étatiques se révèlent inefficaces. L'exploitation économique et sociale de la majorité par une minorité s'aggrandit de jour en jour. La corruption administrative bascule les nobles options imprimées dans les lois, les budgets et les plans de développement, etc. Les disponibilités du Trésor Public sont très souvent gaspillées. L'encadrement technique est insignifiant. Dans ces conditions, l'impuissance de l'État s'accentue de façon continue et les besoins élémentaires - comme, par exemple, l'accès de chaque Haïtien à une alimentation saine et équilibrée - ne sont pas satisfaits. Or, la raison d'être de l'État, comme l'a souligné le célèbre philosophe Platon au IVe siècle avant l'ère chrétienne, demeure dans les besoins de l'homme.

C'est un véritable contraste qu'il convient d'effacer. Il est temps de construire en Haïti un État de droit, capable de répondre à ses obligations. Pour le faire, il ne faut plus s'en remettre aux structures vétustes du système traditionnel; il faut en établir de nouvelles, axées sur la mobilisation et la participation des démunis tout en suscitant la lucidité et la solidarité des nantis. En ce sens, me vient tout de suite à l'esprit l'inoubliable recommendation de Lucien Febvre, un des grands penseurs de l'humanité:

"Dans le bateau menacé, ne soyez point Panurge qui se salit de mâle peur, ni même le bon Pantagruel qui se contente, tenant le grand mât embrassé, de lever les yeux au ciel et d'implorer. Retroussez vos manches, comme frère Jean. Et aidez les matelots à la manoeuvre".

L'heure est à l'union et à la solidarité. Il est temps de joindre nos efforts pour mener une grande et véritable bataille pour la fin de la faim en Haïti.




Sites intéressants
1. http://www.geocities.com/aycribb
Consultez le profil de André Yves Cribb, chercheur et consultant en administration rurale et agroindustrielle. C'est la nouvelle adresse du site.
2. http://www.geocities.com/gifadbr

Connaissez le GIFAD, une ONG dédiée à la promotion du développement local, intégré et durable.

3. http://www.geocities.com/pub1haiti/pauperur.html

Lisez ce texte qui suggère des mesures contre la paupérisation accélérée des ruraux haïtiens.

4. http://atlas.sct.embrapa.br/pdf/cct/v21/v21n1_169.pdf

Cet article, publié en portuguais, examine les différents aspects du contexte brésilien qui influencent l´expansion des biotechniques.

5. http://www.fao.org

Visitez le site de la FAO, Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture.

6. http://www.cgiar.org/isnar

Consultez le site de l'ISNAR, Service International pour la Recherche Agricole Nationale.

7. http://www.ifpri.org

Consultez le site de l'IFPRI, Institut de Recherche de Politique Alimentaire Internationale.

8. http://www.geocities.com/pub2haiti/index.html

Prenez connaissance de l'approche de recherche utilisée dans le livre "Politique des prix agricoles et sécurité alimentaire en Haïti (1971-1986)", en vente dans les principales librairies de Port-au-Prince.

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