|
Ce livre, étrange, insaisissable pour un Occidental,
car il s’agit d’aller à l’encontre même des valeurs inconsciemment
ancrées en nous, car comme le suggère Tanizaki, « l’histoire de
l’Occident serait un effort pour capter et créer la lumière, alors que
le Japon aurait tenté, au contraire, de s’accommoder à la réalité et
aurait construit sa culture autour de cette donnée — l’ombre —
jamais contestée. Chacune des deux cultures représenterait donc une
solution originale à un problème commun. »
C’est vrai en partie, car comment expliquer en effet l’attrait indéniable
que constitue la culture nippone sur l’Occidental? Pourquoi maintenant
trouve-t-on autant de lieux d’aisance à l’esthétique japonaise dans
des maisons occidentales? Aujourd’hui, on pourrait penser qu’un livre
pourrait répondre à celui de Tanizaki, car l’Occident est envahi par
la mode de l’esthétique japonaise. Pourquoi l’Occident est-il séduit
à ce point par l’Orient? Cette séduction remonte à bien longtemps,
elle ne date pas de ce siècle, mais il y a maintenant à Montréal plus
de restaurants japonais que tout autre...Est-ce que l’Occident se lasse
de ses propres principes de clarté et de lumière? Ou bien maintenant il
est prêt à accepter et à faire vivre, du moins de manière
artificielle, l’esthétique japonaise. L’Occident serait prêt à
l’ombre?
© François Poisson
BIBLIOGRAPHIE
COLLECTIF, numéro sur Tanizaki, Revue Europe,
Paris, décembre 2001.
FAHR-BECKER, Gabriele, Les Arts de l’Asie
orientale, Cologne, Könemann, 1998, 2 volumes.
FONTANILLE, Jacques, « Le ralentissement et le
rêve : à propos de l’éloge de l’ombre » in Sémiotique
du visible, Paris, PUF, 1995.
PIGEOT, Jacqueline, « L’éloge de l’ombre
de Tanizaki », Revue Critique, Paris, no 285, février 1971,
pp.132-148.
TANIZAKI, Jun’ichirô, Éloge de l’ombre,
Paris, Publications Orientalistes de France, 111p.
|