Mise à jour:

Decembre 2000

FRACTURE NUMERIQUE,

Réalité ou slogan politique?

 

Des solutions au Nord

 

Des solutions pour réduire la fracture numérique peuvent ensuite être recherchées au niveau local.

Steve Smithson, professeur et chercheur à la London School of Economics, estime que l'Internet n'est pas une solution magique, mais qu'il pourrait aider à mieux intégrer les populations les plus marginalisées. S'il approuve l'attitude des dirigeants lorsqu'ils font " de beaux discours sur l'importance d'Internet, sur l'égalité des chances... ", et donnent de l'argent, dégagent des lignes budgétaires, il estime cependant que " la révolution Internet doit être accompagnée de manière très concrète dans chaque ville ". L'échelon de la commune lui semble primordial, car le rôle des pouvoirs locaux sera déterminant dans la réduction actuelle de la fracture numérique. De plus, il insiste sur le fait que les population n'ont pas seulement besoin d'ordinateurs, mais aussi " des meilleurs pédagogues, des meilleurs experts. " Si Steve Smithson ne rejette pas les initiatives du secteur public, il reste tout de même méfiant car on peur parfois avoir l'impression , avec les opérateurs en télécommunications que " l'époque coloniale n'est pas si loin et que les marchés des pays en développement permettent, avant tout, de réaliser des profits considérables. " De même Roger Chinaud, membre du collège des télécommunications ( ART ), estime-t-il que les collectivités locales sont " les premiers aménageurs du territoire, il est légitime qu'elles se préoccupent de la réduction de la fracture numérique. " Cependant, tous ne s'accordent pas sur l'importance du rôle des gouvernements locaux, dès le premier échelon administratif. En effet, comme le souligne Alain Risson, responsable de l'Observatoire des télécommunications dans la ville et de la commission NTIC à l'association des maires de France ( AMF ), " la plupart des collectivités sont incapables de faire des choix technologiques, il va se gaspiller une montagne d'argent public, et il y aura des problèmes infinis. " Il en appelle alors à l'Etat, " seul à pouvoir imposer un choix technologique cohérent. " Cependant il nous semble que l'échelon de la commune a à jouer un rôle primordial. En effet, en vertu du principe de subsidiarité, c'est-à-dire pour être le plus proche des citoyens, pour ne pas créer une barrière par une connotation trop technique, l'échelon local nous paraît très pertinent. Comme l'indique Jacques Perriault, chercheur à l'université Paris-X Nanterre, le rôle des acteurs collectifs est destiné à s'accroître. Il convient d'élaborer " entre tous une vision d'Internet " ; il faut construire ce qu'il appelle " une opinion publique locale circonstanciée. " Il est de toute importance que ce ne soit pas uniquement les experts, les industriels et les hommes politiques qui s'expriment sur les nouvelles technologies, car " les contenus et les fonctions que ces technologies apportent restent à construire collectivement ". C'est dans cette perspective que Jacques Perriault a contribué à la création d'un centre multimédia dans un village de 900 habitants du village de Saint-Laurent-de-Neste. C'est également en accord avec la même vision " collective " de l'Internet que le gouvernement français a décidé de lever les obstacles juridiques que les lois sur les télécoms de 1996 et la loi d'orientation et d'aménagement du territoire de 1999 imposaient aux collectivités : obligation d'amortir l'investissement en huit ans ( alors qu'il s'agit essentiellement de travaux publics, dont l'amortissement est d'au moins douze ans ), impossibilité " de louer les réseaux à un opérateur privé...

L'Union Européenne également reconnaît le rôle capital des interventions locales dans la participation à la réduction de la fracture numérique. Jean-Charles Leygues, responsable de la conception, de l'impact, de la coordination et de l'évaluation à la direction de la politique régionale à Bruxelles, " les stratégies, définies le plus souvent au niveau national, doivent être relayées par des mesures régionales ciblées permettant de contribuer de manière efficace aux objectifs généraux. " Ainsi la Commission entend-elle consacrer une enveloppe de 400 millions d'euros à des actions innovatrices liées à trois priorités : la sensibilisation des acteurs régionaux aux nouvelles technologies ; la valorisation des pôles de compétences régionaux ; le transfert de technologies et l'échange d'expériences.

Enfin est à souligner le rôle des associations dans le concours à la résorption de la fracture numérique. L'association Initial à Créteil par exemple, familiarise des jeunes des quartiers défavorisés avec la Toile grâce au reportage multimédia. Ainsi, une opération " Webtrotteur des quartiers " a-t-elle été lancée en juillet 1999 à Créteil. Certes, comme le fait remarquer Jean Pouli, directeur du développement, " Internet ne résout pas tout. Loin de là. Nous cherchons juste à déclencher le pratique des nouvelles technologies, et de ce point de vue-là, les " Webtrotteurs des quartiers " sont une réussite. Mais, pour des raisons budgétaires et logistiques, notre action est très limitée. "

 

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