Mise à jour:

Decembre 2000

FRACTURE NUMERIQUE,

Réalité ou slogan politique?

 

Une fracture au Nord

 

La fracture numérique est également visible à une autre échelle, à l'intérieur des pays des " Nord ". Ici encore, quelques résultats statistiques nous permettront de mieux appréhender cette réalité, quoiqu'une même distance critique s'impose. Le même rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement cité précédemment estime que l'internaute type est " un homme de 35 ans, diplômé de l'enseignement supérieur, disposant de revenus élevés, habitant en ville et parlant anglais ", soit " un membre d'une élite très minoritaire ".

En France plus précisément, même si le nombre d'internautes progresse régulièrement ( il serait passé de 3,9 millions en décembre 1999 à 5,8 millions en juillet 2000, selon les derniers chiffres publiés par Net Value ), il représente toujours moins de 10 % de la population française. A cela s'ajoute une forte disparité entre les catégories socioprofessionnelles, les ouvriers ne représentant que 2,7 % des internautes, contre 35,8 % pour les cadres et professions libérales. Une autre source ( Libération ) indique que 7 % des connectés sont des ouvriers, alors qu'ils représentent 17 % de la population. Mais ici encore les critères retenus sont discutables : le nombre d' " ouvriers " selon les Catégories Socio-Professionnelles est en nette diminution en France, donc il est logique que le nombre de ceux connectés soient moindre ; à moins que ces statistiques prennent en compte les " nouveaux " ouvriers. Cependant, il est vrai que la locomotive de l'Internet étant le commerce électronique, son développement s'oriente naturellement en direction des catégories sociales les plus élevées et les mieux éduquées, ayant en plus une sinon parfaite tout au moins bonne maîtrise de l'anglais. Lionel Jospin affirme que " nous ne devons pas laisser une fracture numérique s'installer entre ceux qui disposent de l'information, des nouvelles technologies et, d'autre part, ceux qui en seraient exclus. " Il prône ainsi l'apport de " réponses solidaires " à un " défi moderne " : l'appropriation généralisée de l'Internet. Cependant, Philippe Quéau estime qu'en ce qui concerne l'éducation, " la France a une vision très nombriliste des enjeux posés par l'Internet. On en est encore à se féliciter du nombre de prises de téléphone ou d'ordinateurs installés dans nos écoles, alors que ce n'est déjà plus le problème ". Il préconise d'aller encore plus loin (et plus vite ? ), dans le sens d'une intégration plus approfondie. L'important n'est pas d'apprendre à taper sur un clavier ; c'est d'apprendre l'esprit critique, la tolérance. " En bref, c'est une nouvelle méthode de réflexion. Or Internet en est encore au stade du tableau noir, il est perçu comme du matériel qui vient s'ajouter au reste. Il reste à inventer les craies. " Et certes si cette vision peut peut-être paraître un peu caricaturale, dans le sens où il paraît peu probable que les écoles notamment ne fassent pas, sinon dans l'immédiat, tout au moins progressivement, un usage optimal de l'Internet, elle a cependant le mérite de nous pousser à réfléchir sur les inégalités non pas seulement quantitatives, mais aussi qualitatives, d'accès à ce nouvel outil.

En effet, à l'échelle des pays des " Nord ", la différence entre avoir accès a un ordinateur et être relié à l'Internet d'une part, et savoir s'en servir en optimisant son utilisation et les ressources qu'il permet d'obtenir d'autre part, est importante. Par exemple, il s'agit de ne pas perdre du temps, mais bien d'en gagner ( ce qui constitue un des objectifs majeurs de cette nouvelle technologie ) ; ou encore, de ne pas se servir d'un ordinateur comme d'une simple machine à écrire... C'est le second problème qui se pose immédiatement après celui de l'accès plus ou moins facile à l'Internet. Il faut apprendre à naviguer dans un univers conceptuel de plus en plus complexe.

 

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