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Une fracture Nord/Sud
La fracture numérique la plus visible est celle que l'on observe à l'échelle mondiale, c'est-à-dire entre les pays des " Sud " et les pays des " nord ". Si les estimations statistiques peuvent varier d'une source à l'autre, il n'en demeure pas moins que cette fracture est bien réelle. Selon un rapport mondial sur le développement humain de l'année 1999 du Programme des Nations Unies pour le Développement, " 88 % des internautes vivent dans des pays industrialisés qui représentent à peine 17 % de la population mondiale ". Les Etats-Unis et le Canada, qui représentent moins de 5 % de la planète en termes de démographie, abritent près de la moitié des internautes, alors que l'Afrique, qui fournit 13 % de la population mondiale, pèse moins de 1 % dans le cybermonde. La " dotforce " quant à elle, réunie au sommet d'Okinawa, estime que près de 90 % des utilisateurs de l'Internet se trouvent dans les pays riches et qu'une ville comme New York compte plus d'individus connectés au réseau que le continent africain tout entier. Selon Philippe Quéau, 2 % de la population mondiale est connectée. Enfin, les statistiques de juillet 2000 fournies par la société Nua Internet Survey révèlent que le Réseau touche à peine 6 % de la population mondiale, en précisant que ce chiffre prend en compte les personnes s'étant connectées au moins une fois dans les trois derniers mois de l'étude. On voit là l'explication des différences entre les résultats des études : quels critères retenir afin de déterminer si telle population est effectivement connectée ? La question de la fréquence de connection par exemple est importante. Quoiqu'il en soit, même si ces différentes études ne sont réalisées que par les pays des " Nord ", qui peuvent avoir intérêt, comme nous l'avons vu précédemment, à " gonfler " quelque peu les chiffres, et même s'il n'existe pas de consensus quant aux critères d'études à retenir, il apparaît tout de même évident que la fracture numérique entre pays pauvres et pays riches est bien réelle. Les conclusions des statistiques sont à manier avec précaution, mais leur confrontation nous permet cependant d'avoir une vue globale des disparités.
L'Internet reste donc une " affaire de privilégiés ", qui ne profite qu'aux individus relativement aisés et instruits. Ainsi, la lutte contre la fracture numérique apparaît fondée. Jacques Chirac met en garde contre toute " fracture " ou " fossé numérique " qui pourrait constituer " une menace pour la cohésion des Etats et des grands équilibres mondiaux ". De même, le vice-président des Affaires étrangères japonais, Yoiichi Nogami, estime-t-il que " la marginalisation technologique est la nouvelle forme d'exclusion internationale ". Cependant, nombreux sont ceux qui estiment que, comme Philippe Quéau, que la " fracture numérique " est un mot qui ne touche pas le fond du problème : le sous-développement ". Ce qui, encore une fois, remet en cause le bien-fondé de la lutte déclarée contre la " fracture numérique ". Cette notion n'est-elle qu'une nouvelle appellation de la vieille et persistante fracture économique et sociale entre Nord et Sud, destinée à nous donner l'impression que les problèmes évoluent au cours du temps, et ne stagnent pas, comme ce serait le cas en fait, irrésolus ? Ne doit-on comprendre dans ce concept qu'un changement de vocabulaire qui viserait à attirer l'attention des citoyens, lassés d'entendre les hommes politiques et les médias répéter continuellement les mêmes problèmes, ainsi que leur incapacité et impuissance à les résoudre ? Ces propos, s'ils peuvent rendre compte d'une certaines réalité, méritent toutefois d'être nuancés. L'on peut en effet s'accorder à penser que la fracture numérique n'est qu'un aspect du problème fondamental du sous-développement, mais il n'empêche que cet aspect est tout de même important et prend de l'essor. L'Internet creuse encore davantage les écarts, renforce les inégalités préexistantes. Cependant le Réseau n'est pas considéré comme un facteur d'exclusion par Philippe Quéau. D'ailleurs, la fracture remet en cause la valeur même de l'Internet, puisque celle-ci vient du nombre de personnes qui s'y connectent. La révolution qu'engendre l'Internet provoquerait ainsi des disparités qui nuiraient à sa plus large propagation. Si les disparités d'accès à l'Internet se développent, cela conduirait à un échec partiel d'une des ambitions de ce nouvel outil, à savoir non seulement avoir un accès physique depuis un ordinateur, mais aussi avoir accès aux autres, y compris ceux qui sont exclus.
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