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La "fracture numérique", un slogan politique ?
Les déclarations politiques et rapports sur la fracture numérique se multiplient: Al Gore en a fait un enjeu des élections présidentielles; lorsque Lionel Jospin est interrogé sur son programme par Patrick Poivre d'Arvor sur TF1 le 16 juillet dernier, il tente de s'attribuer la responsabilité du développement d'Internet en France, affirmant : " Quand je suis arrivé, il y avait à peine plus d'un million d'internautes ; il y en a cinq millions maintenant en France. On est passé de 2% à 10% de gens qui utilisent l'Internet" ( ce à quoi le journaliste répond :" Ce n'est pas grâce à vous"…); le RPR, estimant que le gouvernement de Lionel Jospin aborde le sujet de la "fracture numérique avec une ''philosophie étatique'' propose son propre plan de cinq ans contenant 59 mesures pour permettre à tous les Français d'accéder à Internet; en juillet 2000, au sommet du G8 qui s'est tenu à Okinawa (japon), des déclarations sont faites soulignant l'importance de s'intéresser aux risques d'exclusion face aux nouvelles technologies…. Pourquoi un tel engouement alors que par exemple, un rapport de l'association Vecam achevé il y a seulement deux ans, concluait après une enquête menée auprès de 200 associations françaises "que les associations trouveront difficilement auprès des administrations d'Etat les financements nécessaires à la mise en œuvre de leurs projets intégrant les technologies de l'information et de la communication (TIC)". Est-ce par ce que les hommes politiques ont pris conscience de l'ampleur des problèmes liés au "Digital Divide"? Ou parce que ce thème est porteur électoralement?
Pour Philippe Quéau, directeur de la division informatique de l'Unesco, le thème de la fracture numérique est effectivement de l'ordre du slogan politique. Il souligne dans une interview au Monde que " cela fait toujours bien , pour les chefs d'Etat de se montrer dans la ligne générale du développement."
Sur le terrain, on ne peut que constater que les multiples déclarations dénonçant la fracture numérique ont eu jusqu'à présent peu d'effet. Valérie Peugeot, l'une des coordinatrices de Vecam l'affirme : "Il y a beaucoup d'incantatoire dans les déclarations, et ce n'est d'ailleurs pas spécifiquement français."
On ne doit pour autant pas porter qu'un regard critique sur la multiplication des déclarations sur la fracture numérique. Tout d'abord comme le rappelle P. Quéau, parce qu'il est du rôle des hommes politiques "de suivre le mouvement". Ensuite parce que ces déclarations sont souvent, comme c'est le cas en France ou en Angleterre, effectivement suivies de mesures visant à réduire le "fossé numérique" qui à terme auront certainement des effets sensibles. A ce titre, si les mesures annoncées par Lionel Jospin lors du troisième Comité Interministériel pour la Société de l'Information du juillet 2000 ne sont pas seulement incantatoires, elles restent timides. Parmi les 7000 lieux publics offrant l'accès à Internet qui seront ouverts beaucoup sont déjà engagés dans des politiques d'accès au réseau, les mesures d'équipement informatique des associations et des particuliers favorisent les salariés des grandes entreprises qui recyclent leurs ordinateurs et le décret autorisant le dégroupage sur la boucle locale qui entrera en vigueur au 1er janvier 2 001 devrait d'abord bénéficier aux habitants des villes importantes.
Deux risques majeurs menacent surtout une réelle transformation des slogans politiques en actions efficaces: privilégier une approche essentiellement quantitative de la fracture numérique ( notamment sous l'influence des entreprises privées) et se consacrer à la réduction du fossé numérique au détriment des autres programmes de développement socio-économiques.
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