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Introduction
Lors de sa campagne pour les élections présidentielles de 1995, Jacques Chirac avait affiché avec succès son intention de "réduire la fracture sociale". Celle-ci est censé recouvrir toutes sortes d'inégalités: d'accès à un emploi, mais aussi à des soins, à un logement, à l’enseignement…..qui souvent s’additionnent mais qui n'ont pas nécessairement les même causes et donc les mêmes remèdes. Ce terme de fracture sociale a pourtant eu beaucoup de succès. Alors partie intégrante d’un slogan politique, il est devenu une expression couramment utilisée par l’ensemble de la classe politique et par les media.
Aujourd’hui, un nouveau terme a fait son apparition dans le paysage politico-médiatique , celui de fracture numérique ou fosse numérique. Ainsi Lionel Jospin ,en août 1999,lors d’un discours a l'université d'été du parti socialiste annonce, concernant son programme de modernisation de la France: "nous veillons à ce que cette modernisation ne crée pas de "fossé numérique " entre les territoires ou entre les Français. "Ce terme serait-il un nouveau slogan politique, le thème unificateur des élections présidentielles de 2002? Peut-être pas.
La notion de "fossé numérique" a été porté dans le débat public pour la première fois par un rapport du National Telecommunication and Information Administration (NTIA), "Falling Through the Net: A Survey of the "Have Nots" in Rurual and Urban America", en juillet 1995 sous le terme américain de "digital divide". Ce rapport mettait en évidence des différences quantitatives importantes d'accès a Internet et d’utilisation du réseau en fonction des diplômes de l'âge, du sexe, de l’origine ethnique…. La fracture numérique a donc, à l'origine, une signification réelle. L'association Vecam met en évidence trois niveaux d'inégalités qui peuvent se développer dans le cadre du développement des technologies de l'information :
Il existe un premier niveau d'inégalité qui réside dans l'accès aux réseaux électroniques, le second est l'accès aux compétences et habiletés nécessaires à une " manipulation cognitive " aisée d'outils encore complexes et le troisième niveau d'inégalité, bien plus complexe encore, est dans l'accès à la connaissance, au savoir. Car écrivent les auteurs d'un ouvrage collectif publié par l'association, "entre information et savoir, il existe un fossé que seul l'apprentissage du traitement de l'information, de sa hiérarchisation, de sa critique peut progressivement combler." Ces inégalités pouvant se retrouver dans une approche Nord/Sud bien sûre, mais aussi à l'intérieur même des pays développés.
On voit donc combien cette expression de "fracture numérique" est réductrice pour décrire des problèmes très complexes et très différents. Pourquoi alors un tel succès? C'est certainement la question que l'on se doit de poser avant toute étude factuelle des inégalités devant Internet et avant toute évaluation des programmes élaborés pour les combattre.
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