Une autre question vient à l’esprit, bien entendu : de
savoir si des choses sont «belles» qui ne sont faites et voulues telles, mais
qui sont créées par le hasard et le besoin, l’innocence ou l’ignorance, et pour
des motifs entièrement étrangers à la beauté.
Je ne peux ici que répondre rondement : en premier lieu que même
intentionnelle la beauté doit bien plus au hasard et au besoin qu’à la
puissance de l’intention, et aussi que la beauté de «hasard» obtenue par des
effets «hors de propos» est profondément la marque d’instincts et nécessités
communément regardés comme propres à l’«art» seul; en second, que les questions
de «hasard» et de «fortuit» peuvent être et sont «belles», et tout un univers
en elles-mêmes. Ou encore : le
quatrième concerto pour piano de Beethoven EST, entre autres choses, et d’une façon
qui importe beaucoup, une œuvre de la «nature aveugle», et du monde et de la
race humaine; et le mur de cloison dans la chambre à coucher de devant des
Gudger EST, d’une façon qui importe beaucoup, un grand poème tragique.
James Agee et Walker
Evans - Louons maintenant les
grands hommes |
Fortuitude - acrylique
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