Mesrine, mon associé
Michel Ardouin
(avec la collaboration de Jérôme Pierrat )
Éditions du Toucan - TF1 Entreprises - 2008
Publié dans la foulée de la sortie en 2008 de la biographie
romancée de Jacques Mesrine au cinéma, le récit repris dans Mesrine, mon associé est fait par celui
qui fut un des collaborateurs marquants
de Mesrine à sa grande époque, Michel Ardouin.
Truand, voyou comme il se qualifie lui-même dans ses
mémoires publiées précédemment, Ardouin est loin d’être un enfant de chœur et
tient surtout à ne pas passer pour tel. D’un autre côté, il se considère, avec
certaines raisons, comme ayant appartenu à ce monde de truands français qui
formaient le « Milieu », sorte de monde parallèle vivant du
banditisme, du proxénétisme et de
l’illégalité sous toutes ses formes, avec ses règles propres, ses excès, son
côté artisanal et nihiliste, peuplé d’inclassables souvent à court de moyens
intellectuels, toujours agressifs, souvent dangereux. Il se considère comme le
pur produit de cette pègre française à l’ancienne et parfaitement intégré dans
ce monde, dont il dit avoir vu les dernières années d’existence avant d’être
remplacée par des mafias de toutes origines et des bandes sans connexion avec le
Milieu.
Ardouin
rencontrera Jacques Mesrine pour la première fois au
Québec en 1972 où ce dernier, par ses frasques et ses
fanfaronnades, était
devenu embarrassant pour la pègre locale qu’il ne
connaissait pas, alors qu’il
était recherché au Canada pour banditisme et qu’il
s’était échappé à plusieurs
reprises.
Ardouin fournira les contacts nécessaires, via la pègre
locale qu’il fréquente, pour que Mesrine et ses complices puissent se réfugier
au Venezuela. Il devra s’enfuir de ce pays vers l’Espagne et finalement
reviendra en France où il reprend contact avec Ardouin à Paris.
C’est alors que débute leur alliance, principalement
orientée vers le braquage de banques en série. Comme Mesrine n’a pas d’attaches
avec le Milieu, c’est Ardouin, connu, assez estimé et dans le banditisme
jusqu’au cou depuis plus de douze ans qui se servira de ses contacts pour
trouver l’équipement, les armes, les coéquipiers éventuels. Mais dès le début,
si Mesrine se révèle un instinctif doué, aux réactions fulgurantes et aux
improvisations de génie, il peut aussi être ce producteur de plans foireux aux
butins minables, ce mégalomane en recherche permanente d’un public et de
reconnaissance admirative. Ce sont ces dernières caractéristiques qui le
pousseront à toujours rechercher la publicité pour ses exploits et à manipuler
les médias qui, par la suite, lui
accorderont la place de choix d’ennemi public aux aspects
« sympathiques », voire nobles.
Il est impossible de retracer ici le parcours du tandem
Ardouin-Mesrine, tant il est plein de rebondissements, d’effets, de braquages,
de meurtres et de comportements d’arsouilles.
C’est, par exemple, Ardouin qui fera évader Mesrine d’un
palais de Justice de province où ce dernier doit comparaître : en
planquant deux pistolets dans les WC. Roi de l’évasion, Mesrine fera encore souvent
la une pour des évasions rocambolesques et culottées…
Charismatique, intelligent, charmeur, adroit, Mesrine sait aussi
inspirer la fidélité ou rallier facilement de nouveaux
collaborateurs. Mais si
Ardouin reconnaît ces qualités au personnage, il
l’encaisse peut-être moins
qu’il ne l’avoue, même si les talents de Mesrine leur
ont souvent sauvé la mise
dans des situations délicates, sans parler de ce besoin de
publicité et les
fanfaronnades sans fin d’un Mesrine toujours en
représentation, qui irritaient
Ardouin et le poussaient à s’éloigner d’un
tel truand sans retenue, lui qui
était habitué à rechercher la discrétion,
l’efficacité, et la
« sécurité »
fournie par le Milieu… Il y avait sans doute une pointe de
jalousie aussi de la
part de celui qui se revendiquait de la voyoucratie classique et
eficace.
Par ailleurs, Ardouin s’attache à rectifier certaines
légendes qui courent encore sur le compte de cet ennemi public n°1 qui savait
entretenir lui-même le mythe, ne fut-ce qu’en proposant dans des lettres
ouvertes de réorganiser les prisons ou en publiant ses mémoires (qui
inspirèrent le diptyque filmé de 2008). Notamment, Ardouin éclaire la réalité
du passé de jeune voyou de Mesrine, en
le résumant en une suite de coups minables, sans envergure, suivi de son
passage à l’armée en pleine guerre d’Algérie, qui, s’il fut honorable, n’aurait
pas eu le lustre, la noirceur et le panache barbouzant qu’aimait décrire un Mesrine
fabulateur.
Quant à Michel Ardouin, surnommé « Porte-Avions »
dans le Milieu à cause de son imposante stature et de son habileté avec les
armes à feu dont il trimballe toujours une incroyable panoplie sur les coups et
durant les vendettas, il reconnaît platement ses méfaits, y compris meurtres et
exactions, sans vraiment s’en vanter mais comme une « nécessité » du
métier, insistant bien que les meurtres et violences physiques avaient toujours d’autres truands comme
victimes, ou des gens fricotant avec la pègre, prenant soin de ne jamais tirer
pour tuer sur les policiers et les inspecteurs, ou sur les employés de banques
et leurs clients- ce qui semble s’avérer exact. Michel Ardouin a survécu à sa
vie de malfrat multicartes démarrée en 1960, a
fait une quinzaine d’années de prison,
et s’estime aujourd’hui en règle avec la
société, calmé, et même
désillusionné
par rapport à cette carrière de voyou qui ne mène
qu’à la désolation et la
solitude ; ce qui lui permet de paraître actuellement,
âgé d’une
soixantaine d’année, comme
témoin
privilégié à la télé
française, dans émissions et reportages consacrés
à
Mesrine. Ou pour présenter ses livres.
Lorsque Mesrine meurt, en novembre 1979, lors de ce qui
ressemblait à une embuscade de la police destinée à se débarrasser de lui à
tout prix, la parenthèse durant laquelle il a côtoyé et épaulé l’ennemi public
est définitivement fermée pour Ardouin, alors en prison depuis un certain
temps. Mais pas sa carrière de malfrat… même si le récit de Mesrine, mon associé se termine sur
cette ultime péripétie. Un récit parfois chaotique dans son style écrit,
pouvant aller jusqu’au manque de précision dans les phrases. On comprend que le
style n’était pas le premier souci, mais il nous semble que l’aide du
journaliste ait ici trop privilégié le style « rapport verbal »
(transcriptions de bandes enregistrées ?... pour faire authentique ?...).
De plus, des pans entiers de ce récit sont des copiés-collés, au sens
littéral, venant d’un autre livre
d’Ardouin : Une vie de voyou. Cette autobiographie qu’il publia chez Fayard
en 2005 retrace en détail tout le parcours de cet enfant de la bourgeoisie qui
refusa de vivre selon les normes par fainéantise et l’appât de la vie facile.
Mais là encore, si on y apprend le où et le comment, le pourquoi de cette vie
de truand endurci est rarement abordé, et toute introspection totalement
absente. Par contre, c’est un témoignage de première main sur la vie d’un
malfrat à l’ancienne, parent des personnages de truands parisiens d’Albert
Simonin, et autres auteurs se consacrant aux « mauvais garçons » dans
leurs romans noirs d’après-guerre, que les lecteurs du 21e s. ont
sans doute du mal à cerner. Une destinée assez terrifiante, même si il devait
s’avérer que seule une moitié des crimes relatés par Ardouin sont réels…
Si Mesrine, mon
associé reste avant toute chose un document
incontournable sur le truand Mesrine, il fournit aussi
un l’éclairage fort intéressant sur le Milieu, une époque et sa justice.
EB
(novembre 2008)
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