Nez de chien
(Naso di cane - 1982)
Attilio Veraldi
Éditions du Rouergue - 2008
Naples sous la coupe de la Camorra.
Un jeune tueur à gage, Ciro Mele, solitaire, indépendant
et
bien déterminé à survivre sans devoir faire partie
de ces bandes plus ou moins
organisées au service des Associations et de leurs patrons
mafieux issus de la
Camorra, cette organisation à la forme de pieuvre dont les
tentacules
fonctionnent en s’ignorant. Réputé pour son
sérieux, les patrons font
régulièrement appel à Ciro, jusqu’à
cette fois où il a pour mission d’aller à
Milan, tuer un des membres dirigeants, second et ami d’un patron
très connu,
Achille Ammirato. Don Achille. Celui qui lui en a donné
l’ordre, Acuto, est
connu pour sa fourberie, sa violence gratuite et ses magouilles. Et
même s’il
est payé d’avance, Ciro se méfie. Et il a bien
raison, car avec l’aide du
Professeur, cet amateur de pigeons voyageurs, toujours au dessus des
mêlées, ami
et conseiller du jeune tueur, il mettra à jour la combine
foireuse du donneur
d’ordre.
Dans le même temps, Ciro devient subitement la cible de motards
assassins acharnés, et, un malheur ne venant jamais seul, il est de en plus certain que l’Association ou cette merde
d’Acuto ne lui fera pas de cadeaux et voudrait bien sa peau. Lui, ce jeune Napolitain
de basse extraction, dur et fier, surnommé Nez de chien pour une légère
exagération nasale.
Mais ce n’est pas pour rien que Ciro a fait ses classes dans
la rue et a survécu jusqu’alors. Il mettra toute sa hargne et toute son
expérience de tueur dans sa fureur de survivre, dans ce Naples qui n’est qu’un
grand boulevard du crime contrôlé à tous les niveaux par la Camorra.
Seul ou presque, immergé dans ce Naples populaire et
miséreux qu’il connaît trop bien, la rage de survivre au ventre, Ciro va faire
face à son destin. Jusqu’à quand ?
Ecrit début des années 1980, Nez de chien décrit habilement les articulations actives de cette
organisation fédérée qu’est la Camorra. Veraldi, lui-même originaire de Naples,
nous brosse en toile de fond l’évolution « moderniste » de ces associations
mafieuses et de leur mainmise de plus en plus grande sur de nouveaux secteurs
d’activités à Naples et dans sa région : gros projets immobiliers et
constructions civiles, vol de propriétés terriennes, détournement des aides de
l’Europe vers cette région défavorisée, corruption et accaparement de tous les
niveaux politiques, et source d’argent facile : intensification et
rationalisation du trafic de drogues. Cette mutation a pris place après le
tremblement de terre de Naples en 1980 et ses destructions massives, la
reconstruction permettant aux réseaux illégaux de s’insinuer en force dans le
contrôle de l’afflux de capitaux et le développement économique nécessaires. Le
racket et l’extorsion, s’ils sont toujours un des fleurons de la truanderie
organisée locale, ne sont désormais plus
les plus grands pourvoyeurs de fonds de la Camorra. Les autres secteurs cités,
bien exploités, devenant des canaux bien plus profitables charriant des centaines
de milliards de lires par an permettant d’étendre son pouvoir dans tous les
domaines par le blanchiment et la corruption du pouvoir.
Le côté négatif sera la convoitise des diverses branches
locales entre elles, cherchant à s’éliminer pour gérer les activités de ceux
qui hier encore étaient leurs alliés naturels. Il s’en suivit une guerre des
gangs, ouverte, sanglante et hargneuse, faisant des centaines de morts dans les
rangs des « soldats » de la rue, des meneurs et des
« patrons ».
C’est une partie de ces règlements de compte qu’évoque Attilio
Veraldi dans son roman dur et sombre.
D’une écriture efficace et prenante, il nous fait suivre les
déboires de quelques Napolitains face à la manipulation et aux agissements de
la Camorra, certains d’entre eux faisant même partie de l’organisation à divers
niveaux, d’autres étant des citoyens ordinaires, sans grandes ressources et
soumis depuis toujours aux réseaux créés par les racketeurs. Une organisation
qui les contrôle, qui les terrorise, qui peut les aider, mais qui présente
toujours l’addition, même tachée de sang.
Cette omniprésence au niveau du quotidien est très bien
rendue par l’auteur avec le climat qui
baigne l’ensemble de son roman. Climat qui parvient à nous faire sentir ce que
subissent en permanence les Napolitains, cette infiltration du mal ordinaire
qu’ils ne peuvent exclure de leurs vies précaires. Si tous n’en mourraient pas,
tous étaient touchés.
Et dans cette banalisation de l’injustice sous l’œil
indifférent des autorités de tout poil, quand elles ne sont pas complices, il
est d’autant plus symptomatique que c’est un jeune tueur à l’esprit indépendant,
Ciro dit « Nez de chien », qui devient l’image de la justice en
action. Une image d’une ironie noire. Une justice aveugle et partisane qui
semble cependant plus efficace que celle visée par la police judiciaire qui nous est montrée dans
le roman de Veraldi plus comme un observateur et un arbitre que comme un réel
bras actif de cette Justice si malmenée dans Naples et sa province. A ce
propos, le dernier chapitre et les commentaires entre le Professeur et les
enquêteurs sont plus que parlants, avec le reproche ouvert fait à ces flics de
ne pas faire partie de la rue, de ne pas l’habiter.
On nous parle d’un renouveau actuel pour les oeuvres de
Attilio Veraldi, en Italie. A la lecture de Nez
de chien, il est facile de comprendre le bien fondé de cette redécouverte.
Surréalisme armurier, ou les armes impossibles…
Même si en italien, le mot « pistola » pourrait,
semble-t-il, désigner un revolver ou un pistolet, on eut aimé que dans un roman
de littérature policière, le traducteur se préoccupe de précision par rapport
aux armes décrites. Surtout que Veraldi donne dans son roman des indications très précises, du genre « Smith 59 »
(Smith &Wesson 59 = pistolet semi automatique, double action des années
1970, pouvant être chargé de 17 balles !), ou encore Beretta 92 (pistolet
italien semi automatique, 1975, devenu l’arme officielle de l’Armée américaine
au milieu des années 80, adopté par de nombreux corps de police, ce qui donna à
cette arme de poing une renommée et une diffusion sans précédant pour une arme
italienne contemporaine).
Donc pas de confusion possible en français. Il s’agit bien
de pistolets, non de revolvers. Malheureusement ce n’est pas ce qui est
constaté tout au long du texte traduit. Et c’est à regretter.
Le sommet de la pagaille est atteint dans les pages 194 et
195, où, entre autres pataquès, on va
jusqu’à nous parler de « deux
pistolets à tambours très voyants, deux Magnums… ». Pauvres barillets… ‘zont
pris un sacré coup dans l’aile les revolvers
décrits en français…
Evidemment, « tamburo », c’est l’italien pour
barillet. Ah, ces ‘faux amis’ qui ont encore frappé…Pauvres de nous…
Ce genre d’erreurs n’est pas un détail innocent comme on
pourrait le croire !
Accepterait-on d’un ouvrage sur le tricot que le mot
« aiguille » y soit incorrectement traduit par crochet ?
EB
(octobre 2008)
(c)
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