| Ta langue au chat ?
(Katwalk - 1989)
Karen Kijewski
SN
2248 - Gallimard - 1990
Typique roman de P.I. (=private investigator) flirtant avec
le « privé » du hard-boiled et quelques accents sombres, qui
noircissent vite dans les épisodes meurtriers et violents. Episodes qui ne sont
d’ailleurs pas trop nombreux car notre « privé » est une femme :
Kat Colorado, petite quarantaine, ex-journaliste, ex-barmaid, devenue
enquêtrice patentée à temps plein. Vu son âge elle a évidemment un passé
familial et professionnel, mais dans ce roman elle vit seule, à Sacramento (capitale
de la Californie), et contre ses habitudes elle accepte de travailler pour
Charity, une de ses proches amies, alors que Kat s’était fixé pour règle de ne
jamais travailler pour des amis. En pleines démarches de divorce, Charity
soupçonne son mari d’avoir détourné une somme rondelette du patrimoine commun,
sans doute l’a-t-il caché ou investi à Las Vegas où il se rendait souvent
« pour affaires ».
Sur place, Kat va très vite être orientée vers les milieux
d’investissements immobiliers troubles, avec blanchiment d’argent, sociétés
écrans, hommes de paille, politiciens véreux et hauts fonctionnaires du même
calibre. Menaces, violences et meurtres semblent faire partie de la panoplie
des arguments de promotion qu’utilisent ces financiers puissants et riches qui
orchestrent ces manœuvres à Las Vegas.
Jusqu’à l’accident mortel du mari de Charity, ce qui plus
que jamais l’incite à poursuivre son enquête dans ces milieux de plus en plus
hostiles à son égard. Heureusement elle peut compter sur quelques amis locaux,
et finira même par se sentir proche de Hank, trop proche de ce détective de
police qui a perdu sa femme il ya peu, et qui se refuse à l’aider directement,
lui répétant sans cesse qu’elle court des dangers mortels en continuant de
marcher sur les pieds de certaines personnes avec ses recherches. Kat continuera
malgré tout et déclenchera plus de merdiers qu’elle ne pouvait l’imaginer, des merdiers
qui l’engloutiront rapidement et
entameront son intégrité physique. Ce qui la fera s’accrocher à la recherche de coupables et de
magouilleurs. Parmi d’autres gros ennuis et des meurtres qui finiront par
s’accumuler.
Raconté à la première personne, comme tout bon traditionnel
roman de privé, Ta langue au chat ?
participe à la féminisation du domaine hard-boiled avec une détective privée
qui garde des réactions et des approches féminines face à sa vie
courante et aux péripéties de son enquête : Karen Kejewski parvient à
en faire un personnage plausible et non
un simple travestissement du privé masculin. D’autre part le récit, au style
direct et assez efficace, se suit sans
déplaisir, malgré quelques attitudes de personnages qui frôlent
l’invraisemblance par moment. On notera également l’idée originale de débuter
chaque chapitre par une réponse de Charity à une lectrice, dans sa rubrique
« Conseils d’une psychologue » d’un journal local, des
questions-réponses toujours pince-sans-rire, souvent grinçantes.
Un bilan positif pour ce roman, le premier de la série Kat
Colorado et très bien accueilli lors de la sortie aux USA en 1989. D’ailleurs
Kijewski a pu par la suite affuter son personnage et ses enquêtes, puisqu’un
total de 9 romans furent publiés.
EB (août
2008)
(c)
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