44 jours
The Damned United
(The Damned United - 2006)
David Peace
Rivages/Thriller - Éditions Payot & Rivages - 2008
Il s’agit des 44 jours de règne de Brian Clough, qui sera en
1974 le manager de Leeds United – la célèbre équipe britannique de football.
Cet ex-joueur, blessé grièvement en 1962, avait dû se rendre
à l’évidence : malgré ses dons et ses résultats exceptionnels durant sa
brève carrière, il ne pourra plus jamais jouer dans des équipes dignes de ce
nom. C’est ce qui l’orientera a vers la
direction d’équipes et l’entraînement d’autres joueurs, car il ne connaît que
le football, ne pense que football et n’a pas de connaissances spéciales qui
pourraient lui ouvrir d’autres carrières. Et il veut rester dans le monde du
foot anglais.
Cette nouvelle orientation sera celle où son obstination et ses
obsessions firent merveille. Une carrière qui apportera gloire et renommée à ce
joueur déchu, à ce manager d’exception, contesté et souvent vilipendé. Mais il
fit merveille…
Le cas de Derby County : cette équipe de deuxième
division, paisible et résignée à sa 17e place. Sous sa direction
l’équipe regagnera des places durant la saison 67/68, les joueurs, le public et
le Président de l’équipe reprennent courage et foi dans l’avenir. On reparle de
l’équipe locale. Il achète des joueurs, transforme l’esprit, se bat encore et
toujours… pour obtenir ce succès que ceux de Derby n’auraient même pas pu
imaginer deux ans auparavant : premier de la division en avril 69 !
Derby Champion, Derby passe en première…et à la fin de la saison 69/70, Derby
finit 4e de la première division. Un triomphe pour Brian Clough, une
renaissance pour son équipe. Il a le soutien de tous et certainement du
Président. On achète encore des joueurs, on a de plus en plus de spectateurs…Derby
s’envole. Et c’est le miracle annoncé, fruit de la qualité des joueurs et de l’obstination de leur
manager : en mai 1972, Derby termine première dans la première
division !! Même les ennemis personnels de Brian reconnaissent l’exploit,
le conseil d’administration de Derby mettra une sourdine à son animosité face à
sa personnalité envahissante, Clough est intouchable.
Puis ce sera 1973 et la chute des résultats. Les ennemis de
Clough ricanent, le conseil d’administration de Derby tente de le mettre au pas…
ils ne veulent plus de déclarations à la TV et dans les journaux…c’est la
guerre… Brian Clough continue, certain que sa direction reste la seule
possible…
Il a toujours insulté Leeds United et ses méthodes de
tricheurs. A la radio, dans les journaux, à la TV. Dirty Leeds. Mais Clough est fasciné par cette équipe au sommet de sa
gloire et par son entraîneur Don Revie. Le talentueux et tortueux Revie, vénéré
par son équipe… The Damned United (la foutue United).
Lorsqu’il reprendra la direction de cette équipe, il a un
objectif : les mener à la victoire dans la coupe européenne… Leeds, une
équipe de vieux, une équipe de finasseurs… Mais Clough sait qu’il peut rénover
tout ça, en faire une équipe honnête et qui ne gagne que parce qu’ils sont les
meilleurs. Mais dès son apparition à Leeds, le mercredi 31 juillet 1974, il devra
faire face à la mauvaise volonté et à l’animosité générale. Mais il en a vu
d’autres et il fonce, cogne et se débat.
Il est partout, jamais où on l’attend.
Ce seront les 44 jours de Brain Clough à la tête d’une des
meilleures équipes d’Angleterre.
Un conte de fée anglais qui tournera au cauchemar.
Le récit de David Peace est évidemment basé sur les faits
historiques concernant le personnage de Clough et le football anglais des années
60 et 70. Mais ce n’est pas un documentaire et bien un roman fait de
d’imbrication de deux histoires relatives à la carrière de Brian Clough, l’une se
déroulant principalement lorsqu’il mène l’équipe de Derby au sommet, l’autre
lorsqu’il dirige Leeds dans des circonstances difficiles, en 1974. Les deux
récits s’imbriquent tout au long du roman et ce mélange aide à créer un climat
de tension et de violences rentrées dont Peace s’est fait une spécialité dans
ses récits de crises vécues de l’intérieur des milieux qui les abritent et en
symbiose immédiate avec les protagonistes. L’emploi du présent comme temps de
la narration, et le décalage dû à l’emploi de la deuxième personne comme voix
du récit appartenant au passé, accroissent encore le sentiment d’oppression et
de tension que véhicule le roman. On est pris, englouti dans cette double
narration et on vit malgré soi le malaise de ce suspense décalé et flou. Une
réussite à mettre à l’actif de Peace et à son écriture à la construction
élaborée. Je dirais même que cela tient de l’exploit littéraire que de garder
l’attention et l’intérêt du lecteur, et de lui faire vivre intensément les
aléas de la vie de Brian Clough, ses angoisses. Sans clinquant, sans effets
gratuits, et en restant un des romans les plus abordables de cet auteur.
Même s’il ne s’agit pas ici d’un roman noir policier, comme on peut
s’en douter, il s’agit bien d’un roman noir par son climat et la dimension du
personnage central sans cesse confronté à ses échecs, à son destin.
Personnage central qui est flamboyant comme le souligne la
quatrième de couverture(*), mais il est aussi obscur, violent, outrancier,
autoritaire, avide de puissance, brutal, aimant l’argent, provocateur. Et
possédé par la volonté de recherche d’honnêteté et de justice dans un sport qui
en recèle peu, persuadé que seules ses méthodes peu orthodoxes mèneront tous
les autres vers la vérité. Et la victoire.
44 jours : Un portrait noir et
pointilliste de Brian Howard Clough, manager.
Conseillé à tous, même à ceux qui ne supportent pas le foot,
ses ingérences, ses structures dictatoriales et irresponsables, sa violence et
ses excès banalisés. Je vous parle d’expérience.
(*) Une des meilleures quatrième de couv’ qu’il m’ait été
donné de lire au dos d’une nouveauté
parue ces derniers temps. Juste et sans artifices racoleurs.
EB
(mai 2008)
(c)
Copyright 2008 E.Borgers
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