Soleil noir
Patrick Pécherot
Série Noire - Gallimard - 2007
Par la qualité d’écriture et les ambiances qui sonnent juste,
Patrick Pécherot nous accroche dès le
départ de son roman et nous plonge dans le marasme de ce quatuor. Un quatuor
peu gâté par la vie et qui tente une
dernière sortie qui devrait être dans ses cordes : l’attaque d’un fourgon
blindé. En fait c’est Simon, malfrat en fin de parcours, qui avait déjà l’idée
en lui. Une complicité interne parmi les convoyeurs de fonds, le hasard qui met
Félix sur son chemin, un paumé sans boulot qui a un avantage majeur: la
maison qu’il vient d’hériter se trouve sur le parcours du fourgon, dans un
bourg un peu oublié, dans cette ville touchée de plein fouet par la crise
économique et les fermetures d’entreprises sans fin. Un bourg devenu famélique,
sans vie ou presque, ne comptant plus les bâtiments abandonnés, les magasins de
quartier fermés. Tous les habitants valides, ou presque, ont déserté ce patelin
en perdition. Le patelin de l’enfance de Félix.
L’idée géniale sera de se servir de Zamponi comme couverture,
ce petit artisan du bâtiment, qui est près de la faillite et qui n’a jamais su
bien s’en sortir. Au bout du rouleau, il est prêt à faire tout ce qu’il peut pour
sa part de butin, surtout que ce qu’on lui demande est dans ses cordes :
retaper la maison de Félix. Avec Simon et ses complices comme main-d’œuvre…
Jusqu’au jour où les travaux presque terminés, les
convoyeurs se mettent en grève ! Pour une question de manque de protection
et de trajets qui restent dangereux. Les convoyeurs qui font le parcours sur
lequel voulait agir Simon qui avait tout fignolé, minuté et fait répété. Du
travail d’orfèvre mis à mal par des syndicalistes geignards, des feignants…
Entretemps, Félix qui avait renoué avec certains de ses amis
d’enfance toujours sur place, découvre petit à petit que l’oncle défunt avait
eu un amour contrarié avec une Polonaise, dans les années 1930, lorsque le
gouvernement français avait « recruté » des travailleurs polonais
pour aider aux travaux agricoles, entre autres. Les Polonais qui à l’époque
étaient chargés de tous les maux, que l’Etat allait renvoyés chez eux en masse
sous prétexte de complots et délits. Comme la jeune femme qui avait touché le
cœur de l’oncle, déportée, disparue à jamais de sa vie. Ne laissant que
nostalgie et regrets que l’oncle semble
avoir trimballés toute sa vie.
En vain.
Et le coup de Simon qui semble de plus en plus improbable.
Mais ils s’accrochent ces damnés de la truanderie. Que peuvent-ils faire
d’autre ?
Sur fond d’ironie noire, de violence rentrée et de plans
foireux, Soleil noir réussit à nous plonger au cœur de ces
villages et villes meurtries économiquement et socialement, qui semblent fantomatiques,
sans vie, et arrêtés au cœur des années 70, quand ce n’est pas avant. Avec les
personnages qui sont de la même eau, principaux ou secondaires, tous abîmés par
leur vie dont ils ne se sont pas dépêtrés, tous plus ou moins victimes de
l’ironie du destin. Avec des portraits truculents d’anciens, de bistrotiers
popus sur le retour, tous du coin, images venues en droite ligne d’avant la
misère et l’indifférence sociale… Jusqu’au renouveau subit du patelin qui n’a
lieu que pour toutes les mauvaises raisons possibles, mais qui, en finale, sont
les seules lueurs d’espoir au milieu de ces destins inutiles. Ironie noire, on
vous avait prévenu. C’est au milieu de tout ça que le mauvais coup se prépare,
et que le récit prend de l’ampleur, tout
en maintenant l’équipe de bras-cassés du hold-up sur la pente désastreuse qu’ils
n’arrêtent pas de savonner à souhait.
Pour l’ambiance et le ton du roman, fruits du talent de
Pécherot.
EB
(janvier 2008)
(c)
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