Dictionnaire du roman populaire francophone
Sous la direction de Daniel Compère
nouveau monde éditions - 2007
Si nous présentons ici ce dictionnaire, c’est en premier
lieu pour illustrer les racines populaires du roman noir policier, ce roman que
nous défendons dans POLAR NOIR.
La branche noire trouve certainement une racine importante
dans les « romans-feuilletons » du 19e s. qui déjà
mélangeaient mystères, aventure, police et critique sociale dans des récits
souvent emprunts de tragédie ou de pessimisme. Le roman noir tel quel doit
certainement son existence en partie aussi aux
récits « gothiques » qui viennent de la fin du 18e
s., et au roman d’horreur qui en fut la prolongation, et à bien d’autres
choses. Le roman noir policier est aussi redevable à ces « romans judiciaires »
qui fleurirent depuis Vidocq. Sans parler de l’influence majeure des auteurs
américains des années 1920 et suivantes, qui firent de l’école
« hard-boiled » un des tenants majeurs de l’édifice noir moderne et
dont on retrouve les influences dans la littérature francophone.
On peut continuer ainsi à décortiquer ces racines et les
influences qui ont fait de la littérature noire ce qu’elle est de nos jours, et
ces analyses sont souvent éclairantes. Sans parler du risque de découvrir des
auteurs que nous ignorions…
Tout ceci, et encore plus, vous le trouverez dans le Dictionnaire du roman populaire francophone .
Ouvrage de 490 pages grand format qui a été rédigé sous la
direction de Daniel Compère, avec une équipe comportant 70 contributeurs, le
dictionnaire aborde tous les aspects de la littérature populaire de
fiction francophone, entre autres : les genres, les auteurs, les éditeurs, les
collections, les personnages, les distributeurs.
Ceci en 500 entrées, donnant un panorama de cette
littérature depuis la fin du 18e s. jusqu’à nos jours.
Parmi les romans de genre abordés, on citera : le roman
policier et roman noir, SF et
fantastique, horreur et gore, aventure et voyages, historique, jeunesse,
romance, guerre, western. La liste complète est longue.
Le dictionnaire examine également les apports venant de
Belgique et du Québec.
Sa présentation soignée et sa reliure cartonnée fait de cet
ouvrage de référence un outil pratique, permettant la consultation rapide. On
notera tout particulièrement des tables mises en annexes qui donnent la liste
nominative des contributeurs, la liste de toutes les entrées (fort pratique
lors de recherches « aveugles »), ainsi que de précieux Index donnant
la liste des genres, des personnages et des auteurs traités dans le dictionnaire.
Un cahier central en couleur reproduit nombre de couvertures
de romans et revues typiques.
Il est évident qu’un dictionnaire n’est pas une
encyclopédie, ni un ouvrage exhaustif. Par conséquent, tout n’est pas développé
et tout n’est pas examiné, mais ce qui l’est dans les 500 entrées est fait avec
assez de détails et de précision que pour constituer une bonne introduction, et
parfois plus, au sujet examiné. Les articles permettent aussi d’aiguiller les
recherches vers des sujets connexes et vers des ouvrages spécialisés ciblant
l’ensemble d’un domaine. Le rôle de tout dictionnaire informatif.
Comme souvent avec ce genre d’ouvrage, on peut regretter que
certains sujets n’y soient pas traités. Pour ma part, je
reste persuadé qu’un
petit article sur Francis Lacassin aurait été le
bienvenu, ce précurseur qui
oeuvra pour la diffusion de la littérature populaire en ciblant
directement le
public même de ce genre de littérature dans ses essais,
vulgarisations et
rééditions de trésors oubliés. Et ce depuis
les années 60.On aurait aussi aimé, par exemple, y
retrouver Francis
Carco, qui, s’il est analysé dans des ouvrages plus
généraux, reste par
ailleurs un des grands auteurs de romans populaires, dont une partie de
l’oeuvre fut essentielle quant à l’évolution
du roman criminel et noir.
Assez curieusement, et même si l’article est instructif, on
est étonné par certains choix d’auteurs analysés, telle Maud Tabachnik, qui, si
elle représente un genre du roman policier actuel, n’en est pas une
représentante type ni hors du commun. De
plus, pourquoi elle et pas d’autres auteurs du même calibre. Voire d’un
meilleur calibre ?
Du côté littérature générale, on peut s’étonner au même
titre du choix de Didier Van Cauwelart, par exemple, et même de son appartenance
en plein à la littérature populaire…
Nous sommes par ailleurs bien conscients de ce que le volume
d’information traité doit se limiter, pour des raisons économiques bien
compréhensibles, et que ce qui est présent est toujours le résultat d’un
choix, comme l’explique d’ailleurs Daniel Compère dans son introduction.
Le Dictionnaire du roman populaire francophone
est un outil précieux pour tout amateur éclairé et un kit de dépannage utile à
tous les passionnés de littérature
populaire. Bourré d’informations solides, c’est un ouvrage de référence nous donnant
un tableau étendu de la littérature de fiction populaire francophone.
Il participe aussi à mieux faire connaître une littérature
qui, jusqu’à il y a peu, était ignorée dans le meilleur des cas, vilipendée et
méprisée la plupart du temps. Une littérature dite populaire qui a su préserver la richesse du conteur
d’histoire et de l’imaginaire, qui a souvent été plus en prise sur la réalité
sociale que ne le fut la littérature officielle et qui se renouvelle à chaque
génération tout en ne reniant pas son héritage… Une littérature à part entière,
qui, en ce début de 21e s., est entrée à l’Université, elle qui
vivait du colportage avant de se retrouver consignée « en gare » durant plus d’un
siècle.
Un ouvrage incontournable.
Note
Bien qu’ayant participé à quelques entrées de ce
dictionnaire, je me sens libre d’exercer ici une analyse personnelle qui reste désintéressée,
car ma participation fut plus que modeste au regard de l’ensemble que constitue
cet ouvrage. EB.
EB
(septembre 2007)
(c)
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