| La Voix
(Röddin - 2002)
Arnaldur Indridason
Bibliothèque Nordique - Métailié Noir - Ed. Métailié - 2007
Ce troisième volet de la série des Erlendur, inspecteur de
police islandais, est en fait le cinquième des sept déjà publiés en Islande.
D’après ce que Indridason a déclaré dans des entretiens, il compte en publier
dix maximum et alors arrêter la série, étant conscient qu’il est difficile
d’éviter redites, de renouveler les intrigues.
Dans La Voix ,
Erlendur se trouve confronté à
l’assassinat du Père Noël. En pleine semaine
précédant la célébration de Noël.
C’est le portier d’un grand hôtel de Reykjavik, Gudlaugur,
qui avait accepté de jouer au Père Noël pour les enfants présents qu’on
retrouve criblé de coups de couteau dans le cagibi du sous-sol qui lui sert de
logement. Vivant jour et nuit à l’hôtel, il se préparait à commencer sa
figuration et était déjà dans le costume du Père Noël lorsqu’on le retrouve,
mort assis sur son lit. Un détail ajoute au troublant de la scène :
Gudlaugur a le pantalon de son déguisement baissé et un préservatif pend à
l’extrémité de son sexe…
Assez vite, Erlendur va découvrir que dans son enfance,
Gudlaugur a fait partie d’une chorale d’enfants et qu’il avait eu à l’époque la
réputation d’avoir une voix exceptionnelle. Peinant a rassembler des détails
sur la vie de la victime, sa famille ou ses amis, l’inspecteur et ses
assistants vont se concentrer sur le passé de Gulli, diminutif donné à
Gudlaugur durant sa jeunesse. De plus en plus se dessine le profil d’un solitaire,
sans amis, sans but réel dans sa vie de quinquagénaire, ce qui rend plus
difficile l’enquête qui ne peut se baser sur des témoignages valables. Le tout
se déroulant dans un hôtel en légère effervescence, en proie à une presse créée
par l’afflux de touristes à Reykjavik pour Noël.
Petit à petit, Erlendur exhumera un passé d’enfance brimée
qui semble se briser à un certain point, rendant les relations de Gudlaugur
avec sa famille pratiquement impossibles. Malgré la voix de l’enfant qui le destinait
à une carrière brillante. Seule traces tangibles de cette époque, deux
enregistrements sur 45 tours qui semblent exciter la convoitise des
collectionneurs.
Tout en remuant le passé et en reconstituant les dernières
heures de la victime, Erlendur ne peut s’empêcher de ressasser un drame
personnel qu’il a vécu au cours de son enfance et qui semble l’affecter depuis.
Pour lui, Noël importe peu, il est prêt à rester à l’hôtel pour être au cœur de
l’enquête, dans une chambre qu’il y loue. Peut-être, sa fille Eva Lind, au
sortir d’une crise personnelle, le persuadera de passer Noël
ailleurs ? Pour l’instant, Erlendur
ne vit qu’avec le passé de Gulli et les fantômes du sien. Toutes les racines du
mal semblant s’y trouver, au cœur même de la cellule familiale. La souffrance
des enfants, l’enfer des adultes.
Une fois de plus, Arnaldur Indridason se lance, avec « La
Voix », dans l’introspection du passé de ses personnages, ce qui est ici
la partie la plus marquante du roman, tout en y ajoutant leur spleen dépressif,
cette caractéristique des habitants l’Europe scandinave. Mais comme souvent
chez Indridason, le dépressif quasi climatique de ses personnages est amplifié
par la faute originelle, la culpabilité diffuse attachée à sa propre existence.
Chez Erlendur, chez ses suspects. Chez la victime.
On retrouve donc une bonne parie de l’ambiance propre aux
autres romans de Indridason, avec cependant un peu plus d’attention à ce qui ne
touche pas directement Erlendur ou son enquête, et même des traces fugaces
d’humour non appuyé. Pourtant la période de Noël ne semble pas diffuser la joie
dans l’univers dans lequel se déplace l’inspecteur et ses assistants.
D’autre part, l’intrigue qui tourne autour de l’énigme du
roman est fort diluée, enrobe une énigme d’une simplicité extrême. On n’en
ferait pas la remarque dans d’autres situations, mais ici le cœur de la
construction n’est qu’un véritable « whodunit » (qui-la-fé), rien de
plus, le seul suspense étant de trouver le coupable. Bien entendu il y a, comme
nous l’avons souligné ci-dessus, les
sentiments de vies ratées et le spleen nordique qui heureusement étoffent le
roman, lui donnent de la vraie épaisseur et en sont la partie marquante. Prenante.
Par contre, l’évolution de l’énigme donne lieu à pas mal de
longueurs et même de redites inutiles, qui gonflent artificiellement le contenu
du roman. Je crois qu’un élagage de 50 à 70 pages aurait fait gagner en force
et en impact, un roman qui, par ailleurs, se lit avec intérêt ; la
construction narrative impeccable, marque de l’auteur, permettant au lecteur de
lire La Voix sans ressentir trop lourdement ces longueurs et
redites.
Vies brisées, spleen nordique et lourdeur de
l’existence sont les composantes dignes d’intérêt dans ce roman, éléments que les fidèles d’Indridason retrouveront au
milieu de l’atmosphère qui est la marque
de l’auteur ; le tout mêlé à un récit prenant.
EB (janvier
2007)
(c)
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