Le Bibliothécaire
(The
Librarian - 2004)
Larry Beinhart
Série
Noire - Gallimard - 2006
Responsable
de la bibliothèque d’une université
connue à
Washington, David Goldberg va remplacer au pied levé une de
ses assistantes qui
ne veut plus assurer le classement des archives d’un
multimilliardaire
tout-puissant, Alan Stowe dans sa bibliothèque personnelle.
Goldberg finira par se prendre au jeu et deviendra petit à
petit le bibliothécaire attitré de Stowe,
activité qu’il assume en plus de la
direction de celle de l’université. Il gagne aussi
la confiance de ce dernier,
qui l’admet de plus en plus dans le cercle restreint de ses
proches, estimant
que Goldberg est le digne artisan de la mémoire faite de papiers
archivés que le milliardaire
proche de sa fin de vie veut absolument laisser derrière
lui, preuve de son
existence, de ses capacités et de son vrai pouvoir. Sans
femme, sans enfant,
Stowe veut laisser une trace durable par les archives de ses documents
personnels et professionnels.
Corrompu et corrompant, Stowe n’a jamais
hésité à mettre
tout en œuvre pour obtenir argent et pouvoir.
D’abord par l’immobilier et les
entreprises de développement de petite villes
« oubliées ». Puis
dans
tout ce qui faisait de l’argent. Et il a réussi
au-delà de tout espoir :
même la haute politique de son pays doit lui rendre des
comptes. A lui et à
deux ou trois amis très bien placés dans la
hiérarchie administrative des USA,
influents à la Maison Blanche, partisans du parti
républicain qu’ils
soutiennent avec des financements occultes, des trafics
d’influences, en
forgeant des marionnettes qu’ils veulent voir aux
différents échelons du
pouvoir politique, Président des USA compris. Pour leur plus
grand profit.
Il faut dire que l’actuel président, Augustus W.
Scott, est
leur créature. Grâce à Scott et son
administration, leurs affaires sont
florissantes au milieu de guerre d’Irak, de terrorisme et de
limitations des
libertés des citoyens américains.
L’ascenseur a été bien
renvoyé par le
pouvoir. L’argent coule à flot vers les
financiers. Il n’est donc pas question
de perdre la réélection du Président,
contre cette femme représentant le parti
démocrate, arrivée à ce stade
politique un peu par hasard. Mais elle est
honnête et veut se battre avec des armes légales.
Pourtant grâce à son conseiller
en campagne et à sa longue expérience du milieu
politique, les chances de Anne
Lynn Murphy semblent augmenter de jour en jour. Au grand dam de
l’équipe
occulte qui soutient Scott et qui va décider de sortir un ou
deux plans secrets
qu’ils ont concoctés pour influencer les
événements.
Est-ce pour cela que Goldberg se sent menacé, comme le lui a
fait comprendre la trop belle Niobé, épouse du
militaire homme de main de la
clique à Stowe ? Aurait-il découvert
quelque chose dans les papiers de
Stowe qui pourrait prouver un complot pour accéder
à la présidence ?
Obligé de fuir et de se cacher, Goldberg va essayer de
ratisser les documents,
car jusque là il n’a rien vu d’anormal
dans les papiers consultés et classés.
Mais l’attitude de Stowe et de ses alliés laissent
entrevoir la réalité de la
collusion politique allant jusqu »au complot. Et Anne Lynn Murphy ne fait que
grimper dans les
sondages, alors que
les élections
présidentielles ne sont plus qu’à
quelques jours… Mais est-ce qu’un
bibliothécaire,
même avec l’aide de quelques amis, est bien la
personne qui pourrait enrayer la
machine ?
Entre suspense et thriller, entre l’angoisse
supposée du
héros central qui se raconte à la
première personne, et les
évènements plus généraux
enrobés de
politique américaine actuelle racontés
à
la troisième personne, Le
bibliothécaire ne convainc pas.
Son succès auprès d’une grande partie
de ses lecteurs vient sans doute du sujet
principal qui, sans détour, est une image de la politique de
droite extrême que
mènent, en ce début de 21e
siècle, les dirigeants des USA. A
l’extérieur, visant
l’hégémonie par le chaos, mais tout
aussi capables
d’adopter la même perversion contre ses propres
administrés, ces meutes
d’aveugles lobotomisés par la propagande qui sont
prêts à sacrifier leurs libertés
démocratiques pour des idées qui
tiennent des plus lourds clichés du patriotisme sanglant et
ravageur. Les
Américains en sont d’ailleurs les
premières victimes : politiques et
économiques. Pas tous évidemment ; ceux
qui s’en sortent étant le prétexte
pour clamer que tout est possible… et puis il y a ceux qui
en profitent
pleinement, l’argent et le pouvoir fonctionnant en
gigantesque aspirateurs pour
obtenir toujours plus … de pouvoir et d’argent. Ou
l’inverse. Au détriment de
tous les autres citoyens. Le carnet de route de Bush, GW pour les
initiés, et
de sa clique. Pour ne pas les citer.
Car c’est bien de ça qu’il
s’agit : dénoncer la mainmise
de l’argent (l’armée, semble un peu
oubliée dans le pensum de Larry Beinhart)
dans la politique américaine. De manière non
voilée, mais assez lourde. Ne
marcheront que ceux des
lecteurs qui
n’ont toujours pas compris que ce genre de pouvoir
à l’américaine corrompt
toutes les institutions démocratiques en les
manipulant : de la cour de
haute justice, en passant par les services de haute police et du
renseignement,
jusqu’aux résultats
d’élections. Jusqu’au
terrorisme, arme de propagande et épouvantail tueur de
libertés dont se sert le
pouvoir en place. Terrorisme qu’il manipule, provoque ou
laisse faire selon ses
besoins propres. Pas dans l’intérêt du
citoyen, qui lui n’entre jamais en ligne
de compte. Si ces
lecteurs ne savaient
pas ça avant d’ouvrir le roman de Larry Beinhart,
alors oui ils peuvent être
frappés par la démonstration. Même
lourde.
Mais au-delà de ça, il ne reste rien de bien
marquant dans
ce thriller mou, ce roman qui a peur des grisailles du pouvoir, ce
suspense
avorté aux rouages usés. D’une
écriture banale, avec des personnages qui ne
fonctionnent pas, il n’est pas étonnant que ce
roman se termine en queue de
poisson au milieu de personnages qui n’ont plus rien
à se dire.
Parlant d’élections, il semble que Bienhart ait
évolué dans
le milieu des campagnes électorales made in USA. Bien. Mais
de là à nous faire
croire que dévoiler un système
électoral qui n’est qu’un
échafaudage moyenâgeux
et manipulable à plusieurs niveaux, avec ces Grands
Electeurs tout droit sorti
du censitaire et du vote restreint, est un acte
d’investigation qui devrait
créer l’indignation par sa
révélation dans ce roman, tient du ridicule.
Je suppose que l’auteur a
bénéficié d’un
crédit de valeur au
sus du succès qu’a eu un film percutant
basé sur un de ses romans
précédents :
« Wag the dog » (tiré
de Reality Show), film mêlant avec art critique
sociale, cynisme des pouvoirs et humour noir. Car limité
à lui-même, on ne
comprend pas d’où vient la bonne
réputation du Bibliothécaire .
Et
pas l’ombre d’une trace d’humour noir
dans cet opus. Tout y est au premier
degré, dilué dans 460 pages grand format, écrit au
mètre et direct dans ses intentions. Le
tout dans une construction peu convaincante.
Peut-être qu’un cinéaste
inspiré et prêt à manipuler
l’allégorie peu voilée pourrait
reprendre le flambeau et en faire quelque chose
de valable. L’image imposant les personnages, et un bon
scénariste pouvant y
instiller une véritable angoisse on obtiendrait un bon film.
Qui n’aurait que
peu à devoir au roman de Beinhart,
roman
qui est une nouvelle preuve que ce n’est pas avec de bons
( ?) sentiments
qu’on fait de la bonne littérature.
Mais ici il ne s’agit pas vraiment de littérature.
On se demande d’ailleurs ce que
vient faire ce roman dans la
Série Noire…
NOTE
Dans la série « Mais comment
font-ils ?», une
perle relevée à la page 387. Elle pourrait
être due à la traduction, mais pas
forcément. Quant à la relecture du manuscrit par
les équipes Gallimard…
En parlant d’un
« stun-gun », un gadget
utilisé
par les forces de l’ordre et qui paralyse la victime mise en
contact avec des
électrode à très haute tension,
tension générée par ce genre de
gun :
« Trois
cent mille volts mais seulement neuf ampères.
Une intensité tellement basse qu’il n’y
a quasiment aucun risque de tuer la
victime… »
Une paille : On obtient
« seulement » 2
700 kW. Le gus doit
exploser, carbonisé
jusqu’à l’os.
Je suis pas certain que la chaise électrique puisse
débiter
un tel courant !!!
La vérité se trouve entre 2 et 3,5
milli-Ampères, et ce
genre d’engin est souvent alimenté par une pile de
9 Volts… pas par une
centrale EDF.
…
EB (octobre
2006)
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