Quand la ville mord
Marc Villard
Suite Noire n°2 - Éditions
La Branche - 2006
Ce deuxième titre de la collection « Suite Noire » nous
offre un aspect différent du polar noir à la française,
celui qui se penche sur les démunis, les rejetés, ces scories
volontairement ignorées du monde dit moderne.
On ne présente plus Marc Villard aux lecteurs du noir. Que ce soient
ses nouvelles, longues ou courtes, ses courts romans actuels. Quand la
ville mord s’inscrit tout à fait dans la branche «
parisienne » de son œuvre, section Barbès, et le format court
tant apprécié par l’auteur lui permet d’aller à l’essentiel
(voir à ce sujet l’entretien qu’il
avait accordé à POLAR NOIR, il y a peu). Une plongée
dans un Paris tragique et poisseux.
Pour ce roman, on peut parler de tranche de vie. Et de mort. Le bref
récit met en scène une jeune Black, Sara la Congolaise, qui
croit être douée pour la peinture mais se consacre essentiellement
à rembourser sa dette pour les faux papiers qui lui ont permis de
rester à Paris. Elle rembourse avec son corps, dans les coins sordides
de Barbès et des environs, entourée d’accros au crack et à
un tas d’autres saloperies, de SDF déboussolés et d’exploiteurs
en tout genre.
Un monde parallèle avec ses lois, sa violence et son absence totale
de chaleur humaine, sauf celle qu’on peut espérer de certains amis
proches, les vrais, comme cet ancien éducateur des rues, Tramson,
ou de Zina, qui partage la piaule minable de Sara et vit difficilement la
vie de pute de bas étage et de droguée. Sara a décidé
de s’en sortir et ce n’est pas le gluant Omer, gérant de sa dette
et maquereau Black, qui l’en empêchera à la fin de son remboursement.
Pour Sara, Paris c’est sa chance, pour sa peinture et pour le reste de sa
jeune vie. Mais tout va basculer et virer au noir profond après la
mort douteuse de Zina, incident tragique qui va transformer Sara en justicière
allumée, impitoyable comme la mort. L’élimination des ordures.
A Barbès.
Ecriture ramassée, successions d’images, de sons et d’odeurs,
ville pestilentielle et oppressante, marginaux en état second, réalité
déconnectée et sordide, vies fracassées. L’univers de
Villard se retrouve dans ce livre aux personnages essoufflés, ces
délaissés au futur dont l’angle prospectif ne dépasse pas les 20
degrés, le tout dans une histoire racontée sans envolée
mais empreinte d’une poésie aux reflets sombres. La marque de l’auteur.
EB (juin 2006)
(c) Copyright 2006 E.Borgers
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