| Meurtres
à Pékin
(The
Firemaker - 1999)
Peter May
Editions
du Rouergue - 2005
Dans ce premier
volume de la saga des enquêteurs multinationaux
imaginés par Peter May, on assiste surtout à la
mise en place des personnages et à un exposé
assez juste de certaines aspects de la Chine actuelle, du moins de la
partie qui se développe économiquement. Car tout
le roman se déroule à Pékin et a pour
protagonistes une médecin légiste
Américaine, Margaret Campbell, et un inspecteur Chinois des
services de police de la
capitale, Li Yan, qui devient commissaire au début de
l’intrigue.
Spécialiste en cadavres de personnes
brûlées,
Margaret qui vient faire une série de cours et de
conférences autour de la médecine
légiste pour les
étudiants destinés aux divers services du
département de police de Pékin, est
appelée par le
département d’enquête auquel appartient
Li pour
faire l’autopsie d’un cadavre calciné
trouvé
dans un parc public. Ce qui semble être un suicide par le feu
est
vite mis en
question par les résultats de l’autopsie et par
les
intuitions de
Margaret. Un mégot de cigarette de marque
étrangère, trouvé proche du cadavre
est
l’élément le plus intrigant qui ne
concorde en rien
avec la victime. Victime qui se révèle
être un
scientifique, biologiste de rang assez élevé,
à la
retraite. Deux meurtres, celui d’un manœuvre du
bâtiment et celui d’un drogué, survenus
presque
simultanément, attirent l’attention de Li Yan car
près des cadavres on a retrouvé des
mégots
identiques.
Un peu malgré elle, Margaret sera embarquée dans
le déroulement de l’enquête, ce que les
pouvoirs chinois de la faculté lui reprochent
amèrement.
Si l’intrigue s’épaissit de par les
pistes multiples que les fonctionnaires de police doivent
vérifier, assez vite le meurtre du scientifique est
prouvé, et son passé de biologiste semble en
partie lié avec celui-ci. Le tout mènera vers une
piste qui pourrait évoquer un possible complot. Si
la vérité finit par être
découverte, les efforts conjoints de Li et de Margaret ne
semblent pas du goût de tout le monde, et leur vie sera
menacée.
La fin assez tumultueuse, accompagnée d’un bain de
sang touchant des personnes qui côtoient Li, imposera la
vérité crue aux autorités et un
demi-échec aux protagonistes.
Peter May –auteur britannique, vivant actuellemnt en France-
avec ce premier roman de la série, qui en compte
actuellement six en anglais, nous donne un « police
procedural » pur jus, mâtiné de thriller
à l’américaine, le tout sur une trame
de whodunit de la plus belle eau. S’y ajouteront aussi un
rapprochement un peu trop convenu entre les
deux héros, même s’il est
amené en tempo lent, et
une description de la Chine actuelle en route vers la
modernité.
Mais il est certain que le personnage principal du livre est la Chine
et l’exotisme de ce pays face à
l’Occident, et Peter
May en joue
un peu trop. Certes, beaucoup de ses observations quant au journalier
des Chinois des villes « développées
» est
assez juste,
de même que ses rappels de la Révolution
Culturelle -bien
qu’il n’en fait que de l’anecdote.
La mentalité individuelle des chinois, très
standardisée (par leurs traditions et leur culture ancienne-
non par le communisme), est par contre presque absente dans ce roman,
de même que leur goût inné du secret,
des superstitions, et la xénophobie délirante,
mâtinée de pragmatisme
intéressé, qui se retrouve à tous les
étages de cette société.
Peu présent également, le
matérialisme effréné attisé
par un capitalisme sauvage toléré par le
gouvernement, qui n’a fait que déstabiliser cette
société et a favorisé
l’émergence d’une corruption
institutionnelle boulimique à la recherche
d’argent personnel, avec le retour du crime
organisé comme autre conséquence.
Mais, me direz-vous, ce n’est qu’un roman policier,
un thriller. Sans
doute, mais l’auteur a accordé une place
très importante au
« côté chinois » de son
récit et le met
volontairement au centre de
l’intérêt qu’il veut susciter.
Tout en essayant de terminer le récit sur des notes sombres.
On l’aurait
donc aimé plus profond et d’un plus grand
réalisme.
Dès lors, cette Chine moderne de papier
mâché, sur laquelle sont plaqués des
fragments de réalités superficielles, telle
qu’elle nous est servie, ne convainc pas vraiment.
D’autre part, les 400 pages de ce roman sont d’une
lecture facile et agréable, conséquence du style
d’écriture simple adopté par
l’auteur, donc assez facile à traduire. Si la
construction du récit est plutôt conventionnelle,
elle est cependant assez structurée et bien
agencée que pour maintenir
l’intérêt du lecteur. On reste pris par
le déroulement de l’intrigue et de ses
rebondissements, avec des personnages suffisamment crédibles
que pour ne pas en entraver son bon déroulement.
On s’étonnera seulement de la
précipitation de la fin du récit,
réglé en une quarantaine de pages dans lesquelles
les événements se bousculent, allant dans tous
les sens, et où la violence prend une apparence
plus réaliste et sanglante. D’autant plus que tout
le restant du récit est raconté sur un
mode assez lent dans la progression de l’action (ce qui
n’est pas un
obstacle, bien au contraire).
Si Peter May a voulu souligner cette fin de récit commet une
« explosion » de ce qui était rampant
tout au long du roman, il semble que l’effet fasse trop
« précipité », voire
brouillon, ce qui n’est pas le cas du récit de ce
qui précède -contraste qui renforce la
perception de déséquilibre face à
cette dernière partie.
Le roman se clôt sur une conclusion assez convenue,
qui, comme ce qui la précède
immédiatement, est teintée de grisé,
certes, mais pas vraiment convaincante.
On peut supposer qu’au fil de ses romans, l’auteur
donnera une consistance plus profonde au personnage de Margaret, qui, a
part dans l'exercice son métier, se comporte comme
un personnage de convention, sans réelle
épaisseur. Peter May en fait aussi par moment un
mélange de Tintin et de Bob Morane qui nuit à la
crédibilité de certains épisodes.
Au contraire du personnage de l’oncle de Li, par exemple,
qui, au delà de la sympathie qu’il est
censé produire, est un personnage bien construit et
cohérent.
Ce que j’exprime ci-dessus doit être plus
compris comme des regrets et non comme des critiques
acerbes. Meurtres à Pékin
» est un roman de meilleure facture que beaucoup
d’autres de sa catégorie -dans laquelle
l’artificiel et le ludique sont
souvent la règle- romans qui se
destinent à un
public avide d’histoires intrigantes, superficielles et vite
oubliées.
En attendant, ce roman-ci reste une lecture honorable parmi les
« pavés » de plages où on
aurait trop vite tendance à le classer.
EB
(novembre 2005)
(c)
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