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| Il gèle en enfer
(Black Wings has my Angel – 1953) Elliott Chaze Ce petit classique du second rayon, premier roman policier de Chaze (l’Américain, à ne pas confondre avec le prolifique et britannique James Hadley Chase) a conservé au fil des ans sa très bonne réputation. C’est donc avec confiance que je me suis lancé dans l’opération. Bien m’en pris. Comme le rappelait Bill Crider (voir son article dans les Dossiers Noirs de Polar Noir) ce roman est un bon exemples des « paperback originals » américains des années 50: « …un récit rapide, des scènes de sexe explicites, un antihéros amoral, une écriture expressive de qualité, une attaque de fourgon blindé. Il offrait le tout ». Tout y est. On pourrait même ajouter : avec une écriture nettement au-dessus de la moyenne du genre, toutes époques confondues. Du consistant. Sec et râblé. Tim, évadé se prison se réfugie dans l’état du Mississipi pour y gagner quelque argent dans les forages pétroliers toujours en mal de main d’œuvre. Encore jeune, il se promet de ne plus remettre les pieds dans une prison quelle qu’elle soit. D’autre part, ce n’est pas avec sa formation réduite, son passé de « marine » décoré ayant séjourné dans les camps japonais assez longtemps pour y apprendre que la vie peut être plus dure que la mort, qu’il peut conquérir le monde. Et il veut se dégager de sa condition. Avant d’avoir trente ans. Il en rêve depuis ses mois de taule, surtout depuis que Jeepie, son collègue des geôles américaines des états du sud, lui avait soufflé une idée formidable pour attaquer un fourgon de récolte de fonds. Mais Jeepie n’a pas survécu à l’évasion : abattu, la tête explosée, sur le sommet du mur d’enceinte de la prison. L’argent gagné sur le forage est le premier pas. Ce sera une partie de la mise de fonds pour préparer son coup. Dans la virée qu’il s’accorde, après ses mois d’isolement au camp pétrolier, il recrute une pute du tonnerre. Tant qu’il a de l’argent, il sait qu’il l’intéresse, et c’est bien comme ça. Même quand elle acceptera de se rendre au Colorado avec lui, il sait que la fille est plus huppée que sa condition actuelle. Elle est aussi vénale, fantasque… et dotée d’un physique qui ne passe jamais inaperçu. Mais Tim s’en fout, ce qu’il cherche c’est de la compagnie… et à la première occase : bye bye ma chère… C’est qu’il n’a pas lâché son rêve d’argent. Beaucoup d’argent. Et vite. Finalement, Victoria, elle-même mêlée à certaines embrouilles avec la police de New York, se met en tête de rester accrochée à Tim. Surtout depuis qu’elle a compris que l'idée de Tim n’est pas un leurre et qu’il a les qualités qui le feront aller au bout de son rêve d’argent. Méthodiquement et à n’importe quel prix. Et elle, Victoria, elle a toujours rêvé de pouvoir se rouler dans un tas de billets verts lui appartenant, son bain de jouvence : nue au milieu des billets. Et ce sera en jouant au couple de jeunes mariés que les deux comparses prépareront le coup qui doit les faire devenir riches : l’attaque d’un fourgon blindé. Plein de fric. Plus qu’ils ne pourront jamais en gagner durant toute leur existence. L’un dans l’autre leur association se passe pas trop mal, malgré les fugues et le penchant pour la boisson de la jeune femme. Bien qu'ayant subit le côté imprévisible de la belle blonde, Tim finira cependant par croire qu’il éprouve un sentiment amoureux pour Victoria. Malgré son esprit froid et son refus de la société à tiroirs et de ses conventions, cette société qui l’avait relégué dans le tiroir du fond, Tim croit tenir à Victoria. Je ne donnerai pas de détails sur la suite de cette histoire bien construite, pour ne pas dévoiler trop des péripéties, et laisser une chance au lecteur. Si l’intrigue du roman se poursuivra en forme de roller-coaster, gardant le lecteur sous pression, c’est pour finalement déboucher sur une conclusion très noire, mais loin des stéréotypes de la vamp et du mauvais garçon. Roman assez dur, Il gèle en enfer est aussi teinté de ce naturalisme à l’américaine qui a fortement influencé les racines du roman noir policier moderne aux USA dès les années 1930, approche permettant des incursions dans les classes peu connues d’une société qui les a toujours niées. Ce qui renforce sans aucun doute le côté réaliste de l’ensemble et l’attachement que ressent le lecteur devant le désespoir et la révolte instinctive des personnages centraux, anti-héros victimes de leurs semblables face à un destin qui ne peut qu’être tragique. Le récit fait à la première personne en accentue le côté comportementaliste, ce type d’écriture qui a permis aux meilleurs auteurs du noir américain de produire des romans rapides et percutants, sans effets littéraires inutiles, mais avec un style narratif prenant qui induit plus que ce qu’il décrit. Chaze appartient à cette classe, avec un vrai style d’écriture et des personnages dignes du meilleur James Cain, la rage de vivre en plus. Recommandé à tous les amateurs du genre. Et aux autres. EB (janvier 2006) (c) Copyright 2006 E.Borgers
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