R&B - Le Mutant apprivoisé
(Taming the Allien - 1999)
Ken Bruen
SN 2738 - Gallimard - 2005
Dans ce deuxième volet de ce que
Ken Bruen appela la
« White Trilogy », on retrouve les mêmes protagonistes
que dans le premier épisode : Roberts et Brant, flics atypiques
de la police londonienne.
Le fil conducteur de l’intrigue est directement lié à la
fin de Le Gros Coup (voir notre compte-rendu de l’épisode) où
Brant se faisait poignarder dans le dos par un couple défoncé,
qui par ailleurs tua le flic qui aidait Brant, pour lui …voler son pantalon
de marque.
C’est pourtant pour un fait nouveau que Brant a décidé
de se rendre aux USA, à titre privé, pour y poursuivre le
Mutant, ce tueur patenté dont l’arme favorite est la batte de base
ball et dont il veut se venger. C’est que le Mutant l’a agressé,
ne l’a pas tué, ni même blessé, mais a réussi
à lui flanquer une trouille noire suite à une humiliation
que Brant n’est pas près d’oublier.
De fait, si le tueur se trouve aux USA, c’est pour avoir retrouvé
la trace son ex-compagne. Celle qui l’avait foutu dans une rogne d’enfer
après lui avoir dit qu’elle s’était fait avorter alors
qu’il était en détention en Angleterre.
Si les intrigues secondaires s’enroulent toutes autour du tronc commun,
le roman ressemble malgré tout à un gigantesque jeu de l’oie
où il y a peu de gagnants et beaucoup de cases pénalisantes.
Vous devrez donc tenir compte de Roberts qui vient d’apprendre qu’il a le
cancer de la peau, qu’il est plus que certainement cocu et que sa fille,
adolescente, est en cloque… sans parler de sa vieille Anglia qu’on vient de
faire cramer. De Brant qui se souvient de ses attaches irlandaises et qui
s’éclatera au cours de son voyage vers le Nouveau Monde. Du couple
« Sparadrap », celui qui avait failli tuer Brant, qui est à
New York, plus défoncé que jamais. De Stella, l’ex du Mutant,
qui maintenant est la gentille épouse d’un Américain bien tranquille
en Californie. De Falls, la jolie flic noire, amie de Brant, qui sait qu’elle
est enceinte. D’enquêtes de routine qui tournent au vinaigre.
Et de bien d’autres choses. Le tout raconté sous forme d’un immense
kaléidoscope, dans lequel le sordide voisine le banal, et où
la mort n’est jamais fort éloignée.
L’ensemble se terminera sur un bouquet d’événements bien
noirs qui couronnent un récit aux circonvolutions dignes d’un roman
feuilleton. Mais d’un feuilleton speedé, au texte très court,
avec des personnages souvent rigolards, dont le cynisme évident
est dilué dans leurs agissements à la Pieds Nickelés.
Ou mortels.
Comme dans Le gros Coup, Bruen a un don évident
pour faire jaillir les traits d’humour aux moments les plus inattendus,
dans des dialogues qui font mouche et dans des situations qui virent souvent
à l’humour noir. Une fois de plus, son duo de flic nous rappelle
qu’il doit probablement beaucoup à celui de Chester Himes et ses
flics de Harlem, même s’il n’en n’est pas la copie… ni le négatif.
Pourtant, Le mutant apprivoisé a un impact
moindre que le premier volume de la saga, et ses deux flics y sont
moins percutants.
Qu’on ne s’y trompe pas : cela reste un roman agréable à
lire, malgré son côté parfois brouillon qui ne rend
pas justice au réel talent de conteur de Ken Bruen.
Il est fort probable que la cadence de production
de cet auteur y soit pour quelque chose.
Tout cela nous empêchera pas d’attendre avec impatience la publication
du troisième volet de la trilogie « R&B », made
in the UK, et qui porte le titre anglais de The Mc Dead .
Gallimard, sortez vos pochoirs…
PS
La traduction, une fois de plus, est fort approximative et casse souvent
le « ton » très bref de l’écriture de Bruen.
On comprend que des approximations doivent traduire le « pur British
» des expressions argotiques ou familières qui n’ont pas d’équivalent
direct en français, mais pourquoi passer à la moulinette
la langue simple, mais efficace, qui se rencontre dans ce roman ?
Encore un mystère…
EB (septembre 2005)
(c) Copyright 2005 E.Borgers
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