Sabre au clair et pied au plancher
-Mémoires
Gérard de Villiers
Fayard – 2005
L’auteur du fameux héros couleur
de muraille, SAS, vient de nous livrer en 2005 ce livre sous-titré
« Mémoires ». Comme le pistolet a toujours prétendu
qu’il aimait le franc-parler, on se demandait s’il allait se livrer au franc-écrire…
Curiosité de notre part !
Et bien, non. M. de Villiers a choisi de nous livrer sa vie au travers
de filtres bien organisés, ne laissant passer que ce qu’il peut enrober
du clinquant qui est sa marque.
On se demandait s’il allait enfin avouer les nègres… ben, non…
et, pire, il n’aborde même pas le problème créés
par les cadences infernales imposées à sa fidèle IBM
à boule.
On avait, me semble-t-il, découvert qu’à un certain moment
il avait pu financer des « informateurs », lui préparant
les ambiances et les détails réalistes des pays dans lesquels
se déroulaient les diverses fariboles de SAS, Malko pour les dames.
On a tout faux… il déclare clairement dans son bouquin que c’est
lui, et lui seul, qui faisait les repérages sur place, pour tous les
romans; vraisemblable au début des publications de SAS, lorsque de
Villiers se lança dans la parodie de romans d’espionnage, peu vraisemblable
dès que la machine à faire du papier fut lancée. Surtout
qu’il se vante de la cadence trimestrielle de parution des opus, ce pour
occuper la place éditoriale auprès d’un public populaire que
venait de lâcher un certain Ian Fleming pour cause de décès.
Là, il a raison, les séries marchent tant que cela suit.
D’autant que son éditeur, Plon, et lui venaient de vendre leurs
âmes au diable de la publicité : la firme de pub qui se chargea
durant quelques années de faire la promotion « moderne »,
agressive, du « temps partiel » de la CIA, le fit en contrepartie
d’une bonne partie des royalties… et dû, plus que probablement, exiger
de la cadence dans la production (exigence qui n’est pas avouée par
de Villiers qui ne parle que de la bonne idée des gens de pub- qui,
comme nous le savons tous, sont les vrais archanges tutélaires de
l’édition…).
La vie de reporter intercontinental qu’il décrit + la cadence
SAS, durant la période de succès évident de ses bouquins
+ sa vie privée pavée de mauvaises intentions et de dames en
pamoison, tout cela donne un résultat peu en faveur d’une hypothèse
de rédaction des SAS par M. de Villiers seul devant sa fidèle
IBM…
On se souviendra que M. de Villiers se tailla une auréole de
« redresseur de mémoires » en publiant le fameux
Papillon épinglé , réponse au roman autobiographique
et affabulateur Papillon (1969) de Henri Charrière-
petit escroc et malfrat sans envergure- soutenu, lui, par des gens de marketing
ayant réussi un coup de portée internationale qui avait dû
même faire de l’ombre à l’homme de Villiers… qui en connaissait
pourtant un bout dans le marketing de livres formatés.
On se demande, au vu des « mémoires » du chantre
de France-Dimanche, ce complice sans scrupule des paparazzis
des années 50 et 60, qui s’y collera pour produire un «
de Villiers épinglé » et nous livrer enfin
la vérité vraie des faits, dires, écrits et vie du Gérard
en question ?
Du moins la vérité sur les zones de son itinéraire
sur lesquelles le bateleur de Villiers a mis les pancartes : Silence !
Comme par exemple- selon la rumeur de l’époque- pour ce
qui concerne la saga ubuesque dans laquelle l’homme à l’IBM s’est
vu détourner ses droits d’auteur suite à la colère d’une
de ses épouses dont il divorça et qui détenait vraisemblablement
la majorité des droits de SAS, dans une combine qui à l’origine
était destinée probablement à contrecarrer le fisc.
La dame ne lâcha pas, semble-t-il, et ce fut une suite de procès
non gagnés… et le départ de Gérard de chez son éditeur
historique (Plon) pour publier SAS autrement.
La vraie explication des Editions de Villiers… dont l’artiste ne souffle
mot.
Ni de son existence, ni de l’avatar des droits, que certains ont qualifiés
de vagabonds, et qui furent non perçus durant plusieurs années.
Alors, qui s’y colle ?
Au-delà de l’énergie certaine de ce septuagénaire
avancé, on se demande ce qui a pu faire marcher le bonhomme au cours
de sa vie apparemment bien remplie, mais en réalité
faite d’opportunisme à tout crin, de cynisme affiché et de
compromissions. Et de jupons (ou n’est-ce que vantardise ?).
Si j’en juge par ces « Mémoires »
La chasse est ouverte. Qui épinglera l’écrivaillon ?
Le succès commercial de SAS (publié pour la première
fois début 1965) fut bien réel, avec sa sauce de « porno
chic » -comme l’avoue à juste titre l’auteur- et on y ajoutera
son sadisme très descriptif, son éloge de l’élitisme
d’argent, son implicite soutient aux exactions de la CIA et autres joyeux
lurons du renseignement, son grisé qui se voudrait noir. Et on en
oublie…
Du rêve à deux balles, formaté et sans âme,
avec la philosophie qui va avec.
Mais ce succès justifie-t-il que l’auteur ait raison dès
qu’il s’écarte de la fabrication de ses romans étroits et
faits sur mesure?
Nous pensons que non.
Même si l’auteur a su, dans Sabre au clair et pied au plancher
– Mémoires, étaler habilement un style facile à
lire, attrayant et fait pour plaire au plus grand nombre, on en sort avec
la nette sensation d’avoir été floué.
Remboursez !
EB (novembre 2005)
(c) Copyright 2005 E.Borgers
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UN ANTI-SAS :
LE POULPE…
On se souviendra que l’aventure que fut la publication du Poulpe, lorsque
J-B Pouy lança la série avec 3 comparses. était
en grande partie motivée par le désir de contrer le succès
populaire, mais abusif, des romans SAS. Ce fut une tentative
de contrer Malko, bête de somme de Gérard de Villiers, sur
un terrain commun :
la littérature populaire.
Le Poulpe se voulait anti-SAS par sa liberté de ton et sa teinte
anacho-gauchiste, face aux représentants de l’ordre établi
et de la droite traditionnelle sans remords, qu’étaient SAS et de
Villiers, son âme damnée.
Le Poulpe après plus de 150 titres n’est plus, mais la littérature
populaire ne se porte guère mieux de nos jours, littéralement
bouffée par les séries diffusées par les télés
EB
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