Bronx Boy
(Bronx Boy - 2002)
Jerome Charyn
Haute Enfance - Éditions
Gallimard - 2004
Troisième et dernier volet de la biographie
romancée de la jeunesse de Jerome Charyn, qui , adulte, deviendra l’écrivain
de romans noirs bien connus tels : Marilyn la dingue, Kermesse à
Manhattan et bien d’autres.
Cette enfance dans le quartier juif du Bronx à New York se termine
en ce début des années cinquante, car Jerome « Baby »
Charyn passe l’année de ses treize ans au milieu de sa bande de copains
qui se retrouvent dans l’association de petits voyous de quartier dont la
bande se fait appeler les Bronx Boys.
Comme dans beaucoup de quartiers, les mineurs d’âge, interdits de
bars et de cafés, se réunissent dans leur candy store (littéralement : magasin de confiserie- Ndlr) pour boire des sodas, manger des glaces, rêver de
zip-guns (arme de poing bricolée,
revolver à élastique ou ressort- Ndlr) et préparer le prochain coup tordu. Baby Charyn
est emballé par tout ce décorum et par les traditions truandesques
des bandes de quartier, spécialement en étant le gosse favori
de Tully Holland, un adulte chef occulte de leur petite bande, qui tient
un de ces candy-store et qui lui apprend les finesses liées à
la confection de shakes au chocolat préparés au comptoir. Et
il est doué, Baby… au point d’être sélectionné
pour un concours de préparateurs de mokacaos dans un établissement
réputé du Bronx. Concours régenté par Meyer Lansky,
le Petit Homme, ce maffieux bien établi qui contrôle tout dans
le Bronx et les quartiers avoisinants de Manhattan, de l’illégal au
marginal.
Malgré l’excitation que lui procure la fréquentation des Bronx
Boys et de pouvoir arborer leur blouson « Noir sur Noir », Jerome
est conscient que l’enseignement secondaire peut lui apporter un avenir tout
aussi intéressant, lui qui est fasciné par les raconteurs d’histoires
et des auteurs tels Dostoïevski et Flaubert.
Maman Charyn, Faigele, d’origine russe croit en l’éducation et est
prête à épauler son fils pour arriver à entrer
dans un lycée de grande qualité à Chicago, comme boursier.
Aidée en cela par Monsieur Samuelson, polisseur d’œufs de profession
et employeur sporadique du jeune Jerome, homme cultivé et intelligent
et qui soutient avec enthousiasme les démarches de la famille Charyn.
Mais les tentations et ses réussites matérielles immédiates,
ajoutées à son charisme, feront vite basculer le jeune Jerome.
Attentif, diplomate et arrangeur de bidons de première qualité,
le jeune Charyn fera sa grande entrée chez les richards juifs du quartier
de Crotona Park, grâce au soutien de monsieur Vladimir Roth lui-même,
qui le sent plus intelligent et plus attentif que son propre fils, le violent
Basil. Et ce sera l’ascension de Baby Charyn, au sein de la famille Roth.
En parallèle, il acceptera de devenir l’homme de confiance de Tully
Holland, camé et souteneur, qui lui confiera la surveillance journalière
et la protection de Sarah Dove, sa femme, qui vend ses charmes aux commerçants
du coin. Sarah est certainement celle qui émeut le plus Jerome et dont
il attend les faveurs avec la fidélité d’un caniche patient.
Mais, Baby Charyn est tout aussi efficace au service des Roth allant jusqu’à
sauver la bat mitzvah de la jeune Anita, la jolie nièce des Roth,
en aidant Faigele, sa mère adorée, belle et courtisée,
à regagner son statut de croupière pour jeux de cartes mondains.
Malgré la cécité qui gagne Faigele de jour en jour...
Il deviendra aussi le protégé de Marsha Roth, la belle épouse
de Vladimir, grâce à ses talents de conteur dont elle ne peut
plus se passer.
Tout cela l’occupant jour et nuit, il semble qu’il n’y ait plus de place
pour les rêves d’éducation qui hantaient Jerome. D’autant que
ce salopard de Meyer Lansky se fait de plus en plus pressant, de plus en plus
envahissant et ses gros bras, aux feutres ornés d’une plume bleue,
de plus en plus présents dans le quartier de Jerome, ce coin du Bronx
qui est toute sa vie.
Placé sous le signe de l’ambiguïté, le récit que
nous fait Jerome Charyn de son adolescence dans le Bronx séduit le
lecteur tout au long de ce « bio-roman » à l’écriture
claire et lumineuse. Le mélange permanent du réel, du vécu
et de l’imaginaire présenté par Charyn comme le récit
de sa jeunesse est une réussite, dont les buts, modestes en apparence,
sont pleinement atteints. L’air de ne pas y toucher il désamorce une
histoire qui aurait pu être sordide et glauque, en en faisant un récit
proche du conte réaliste. Proche, car il me semble évident que
par moment ce sont les affabulations, fantasmes d’adolescent, et les rêveries
éveillées de « Baby » Jerome que Charyn nous fait
vivre, certaines intimement mêlées aux agissements des personnages
du Bronx qu’il nous décrit : ce que Jerome vit et ce que Baby rêve
de faire avec ceux qu’il côtoie. Certains des personnages sont imaginés
ou récupérés, et d’autres sont très réels
tel Meyer Lansky. Lansky, personnage ayant existé, maffieux notoire
qui a survécu à tous les meurtres et monstruosités dont
il fut responsable, s’éteignant paisiblement en Israël à
plus de 80 ans ! Et il en y a certainement d’autres, moins connus, que Baby
croise au long de sa saga picaresque.
Le résultat pourrait être qualifié de « candide-noir
», de roman dévié d’apprentissage de la vie, de biographie
onirique, mais cela ne change rien à l’attrait du livre de Charyn.
Loin de la facilité dont certains ont trop vite taxé le présent
opus, Bronx Boy est un récit court et vivant, raconté
avec style.
Note : On saura gré à
la traduction d’avoir su faire passer la voix et le style de Charyn sans
distorsion, malgré les difficultés que le traducteur rencontre
avec le vocabulaire populaire américain appliqué à des
objets ou à certains concepts n’ayant pas d’équivalent directs
en France.
EB (décembre 2004)
(c) Copyright 2004 E.Borgers
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