| Satan dans le désert
(God is a Bullet – 2000 )
-une fois de plus, aucune indication
du titre original ni de sa parution dans ce volume, manquement dont cet éditeur
semble coutumier
Boston Teran
Editions du Masque - 2004
Dans une petite ville du sud de la Californie,
le flic en service Bob Hightower va devoir faire face à une tragédie
qui lentement emplira sa vie assez terne d’Américain plus que moyen.
Son ex-femme Sarah et Sam, son compagnon, sont assassinés dans les
jours précédant la Noël 1995. Le compagnon de Sarah
a été atrocement torturé et mutilé avant de mourir.
Par contre, pas de trace de Gabi la fille de Bob, une adolescente de 14ans.
Ne pouvant que présager le pire, Bob devra lutter contre son propre
abattement pour ne pas se satisfaire de l’enquête de John Lee, le sheriff
local..
C’est en somnambule hanté par le sort probable de Gabi qu’il est
mis en contact avec Case, une jeune droguée sortant lentement d’une
addiction profonde qui a duré plusieurs années.
Bob toujours méfiant se servira d’elle pour retrouver certaines traces
des tueurs, car Case est convaincue que le massacre de Sam porte les mêmes
stigmates que des meurtres rituels auxquels elle à assisté lorsque,
jeune adolescente abusée, violée, avilie et maintenue
dans un état second par l’abus de drogues, elle avait été
forcée de suivre une secte se réclamant de philosophie satanique
primaire, application directe du Mal et de la Destruction.
Elle en deviendra part intégralement, misérable objet manipulé
par Cyrus, celui qui règne en maître absolu sur de
cette bande.
Bob laissera tout tomber pour se consacrer à une recherche désespérée
de sa fille Gabi que plus que jamais il redoute de ne plus retrouver. Avec
l’aide de Case, instable, fragile, mais qui se révèlera aussi
dure que la lame de son poignard face à ses anciens tortionnaires,
Bob se verra obligé de perdre ses propres valeurs, pour survivre
dans leur long périple en forme d’errance dans les parties désertiques
de la Californie du sud.
Une traque mortelle et morbide, dans un univers de folie vampirique, dont
l’issue est ce que redoute Bob plus que tout : la vie ou la mort de sa fille.
Ce long roman de 370 pages de grand format est d’une violence extrême
dans les épisodes les plus sanglants liés à l’hystérie
destructrice de la secte démoniaque, mais on a vite l’impression
que la violence est décrite plus par voyeurisme, et en posture racoleuse,
que par la nécessité absolue d’une intrigue parfois confuse.
D’autre part, pour être certain qu’on comprenne bien qu’il n’y a pas
de violence plus horrible que celle décrite, on fait appel aux notions
de sectes sataniques, de meurtre gratuits… sous l’emprise de la drogue, du
mal, du démon. Un peu comme ces spectacles où les participants
sont affublés de chapeaux idiots pour être certain qu’on comprenne
qu’il s’agit de rigoler.
Pas vraiment convainquant, une manière de confiner le mal et l’horrible
dans des territoires d’exception. Et de l’y circonscrire. Alors que
le matériau humain n’a pas besoin de back-up exceptionnel pour se montrer
performant dans l’horreur, une horreur sans nom, sans motif matériel
et sans limite !
Note
J’avais
lu, en 2000 avant sa parution, les premiers chapitres de ce roman américain
titré " God is a Bullet" (Dieu est une balle – d’arme à
feu…) titre difficilement traduisible en français en lui gardant
son impact. Je n’avais pas été emballé et mon impression
était que Teran dans ce premier roman recherchait plus le scandale
et le choquant qu’une exploration de l’horreur, et ce dans un style d’écriture
qui, dans ces premiers chapitres, essayait de se faire remarquer sans vraie
adéquation avec la tournure du récit.
En lisant le roman complet en 2004, je conserve la même impression
qui me met un peu mal à l’aise, non à cause du sujet, mais à
cause de son traitement. De plus, le manque d’épaisseur donnée
à la plupart des personnages, tant pour Bob le principal que
pour Cyrus l’important, ne fait que renforcer l’impression de construction
artificielle. Seule Case est mieux cernée et mieux « construite
» parmi les autres qui ne sont souvent que l’ombre d’eux-mêmes…
Pourtant l’utilisation du présent, au lieu du classique passé
narratif, donne souvent une force supplémentaire à l’écriture,
une écriture qui, en rupture de ton avec le début du roman,
nous fait découvrir dans certaines pages réussies de la seconde
moitié du roman une facette plus positive du talent de Boston
Teran, pages pleines d’une ambiance forte qui ne doit rien à l’artifice
du récit.
L’ensemble restant cependant fort inégal comme déjà
souligné.
Vu que le second roman de cet auteur (Méfiez-vous des morts)
est loin d’être une réussite, je reste sur mes conclusions et
en opposition avec une certaine presse américaine qui avait encensé
Teran pour son premier opus, "God is a Bullet" (Satan dans
le désert). Un très mauvais service rendu à l’auteur…
Mais je pense que c’est plus l’attrait un peu scandaleux et vite racoleur
de Satan dans le désert (God is a Bullet) qu’avait
retenu cette presse, confondant cet aspect avec innovation réelle-
probablement par manque de références dans le domaine du roman
noir.
Comme Teran joue à cache-cache, ne donne pas d’interview, on ne connaît
pas sa position ni sa défense, ni ses approches du monde de l’écriture. Tant pis.
EB (septembre 2004)
(c) Copyright 2004 E.Borgers
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