| Poussière du désert
(La vida que me
doy – 2000)
Rolo Diez
SN 2624 - Gallimard - 2001
Carlos Hernández, ce n’est pas votre
flic ordinaire. Pas tellement parce qu’il appartient aux services spécialisés
du RO, les Relations Opérationnelles, ce département chargé
des missions de police demandant un certain doigté, ni parce qu’il
est Mexicain. Qu’il ait deux femmes et deux familles distinctes le met
déjà un peu plus à l’écart des personnages
standards.
Mais tout ça n’est pas encore bien extraordinaire !
Là où les sentiers battus sont laissés loin derrière
c’est quand on sait que Carlos mange au râtelier. Le pot de vin est
son quotidien, mais c’est la seule manière pour qu’il s’en sorte.
Pour avoir assez de rentrées évidemment, mais aussi pour survivre
dans un système de fonctionnaires qui réclament tous leur
petit cadeau pour agir. Du planton à l’aide-flic, de la téléphoniste
à l’ambulancier, sans oublier la hiérarchie qui veut sa dîme
sur les rentrées les plus juteuses, tout le monde veut de l’argent.
La corruption du système est claire et avouée. Mais pour
beaucoup d’entre eux ce ne sont que de petites rentrées supplémentaires,
loin de la corruption des haut placés ou de leurs trafics d’influences.
Carlos est donc un pourri ? … non, pas vraiment. Il s’insère dans
un système et s’arrange pour faire avancer les choses. Sans s’oublier
pour autant, car la vie est dure pour subvenir à deux familles et
élever cinq enfants. Le tout appliqué avec subtilité
et efficacité par ce flic hors-normes.
Carlos ne vend pas son âme. S’il pactise, il n’accepte jamais d'être
aux ordres des mafias mexicaines. Qu’elles soient de Tijuana ou de
Ciudad Juarez. Et, avec obstination, il réussit à imposer
ses vues pour une justice opérant à chaud, tout en parvenant
presque toujours à ses fins.
D'ailleurs, le Commander, son chef et maître manipulateur, est formel
: Carlos Hernández est le meilleur flic des RO. Point.
Avec un humour sous-jacent constant, Rolo Diez fait évoluer son
personnage central dans trois intrigues « noires » qui l’impliquent
jusqu’au cou et où il se débat contre le crime organisé,
l’arrogance meurtrière de certains « personnages importants
» et même contre un serial killer qui à l’air de sortir
d’un film de Roger Corman… Carlos Hernández ne chôme pas.
Son machisme extrême, et apparent, fait souvent place à
une retraite prudente devant les soupçons de ses deux femmes et
les colères qui vont avec. C’est vrai que les dames qu'il croise
ne le laissent pas indifférent, mais il tiendra toujours la (les)
famille(s) à l’écart de tout ça. C’est que pour Carlos
Hernández la famille c’est sacré…
Et puis c’est déjà assez compliqué comme ça
: Deux femmes aimantes qui ne pensent qu’à lui, ça prend les
mains.
Carlos Hernández ne chôme pas…
Roman attachant qui nous plonge dans un univers peu familier, celui du
Mexique et de sa police, Poussière du désert captive
le lecteur par ses intrigues bien construites mais surtout par la galerie
de personnages qui gravitent autour de Carlos, à laquelle s’ajoute
le regard désabusé que ce dernier porte sur le cirque
qui l’entoure. Et dont il n’est pas dupe.
Le tout raconté sur un ton légèrement goguenard,
à la première personne, avec verve et efficacité.
On regrettera seulement que la traduction française
manque souvent de force et de précision.
Mais même ça ne parvient pas à gâcher notre
plaisir de lecture…
Il faut absolument que vous fassiez connaissance avec Carlos Hernández
et son Mexique noir et rigolard.
Et avec Rolo Diez.
EB (mars 2004)
(c) Copyright 2004 E.Borgers
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