R&B
Le Gros Coup
(The White Arrest – 1998)
Ken Bruen
SN 2704 – Gallimard – 2004
Premier volet de la trilogie appelée, dans sa version originale,
« The White Trilogy » qui met en scène deux flics anglais,
Roberts et Brant, qui ne procèdent pas toujours selon le code de bonne
pratique. C’est le moins qu’on puisse dire…
Leur manque d’orthodoxie leur vaut une sale réputation et, même
si ils ont des résultats, leur réussite n’est qu’au niveau de
la rue, dans des affaires minables qui n’intéressent pas grand monde
en dehors des victimes. Leurs bavures accumulées deviennent trop visibles
et R&B comme on les surnomme dans tous les milieux - les mêmes
initiales que Rythm and Blues, devraient se trouver et résoudre une
affaire bien saignante qui ferait préférablement la une des
medias, pour redorer leur blason. Ça ferait oublier toutes leurs conneries
passées, les rendraient à nouveau blancs comme neige, ce serait
« the white arrest », le nouveau départ, l’indulgence
plénière. Et ils en ont foutument besoin.
Roberts, Inspecteur Principal, 62 ans, est à deux doigts de la retraite
; s’il garde la forme, il gueule et patauge un peu trop souvent pour que cela
fasse du bien à ses états de service. Brant, le sergent Brant,
savait qu’on voulait de débarrasser de lui, l’évacuer de la
Police Métropolitaine de Londres. C’est vrai qu’on aurait pu le confondre
avec un pitbull au premier abord, ce qui était pure médisance.
Il était pire que ces canins joviaux…
Ses interrogatoires plutôt virils donnaient vite des résultats
et il arrivait qu’il prenne l’argent là où il le trouvait. Et,
pas toujours très futé, il était loin de faire l’unanimité.
Mais Roberts, son patron, avait confiance en lui.
Une sacrée équipe de bouseux.
Leur grosse affaire ils l’auront finalement sous forme d’exécutions
sommaires de dealers de drogue, dont le premier est retrouvé pendu
à un lampadaire. L’horreur banalisée s’installe, ce qui n’est
pas pour déplaire à R&B qui retroussent leurs manches et
pataugent joyeusement dans la fange de ces meurtres sordides.
Ce premier épisode de la trilogie s’arrête brutalement sur
une dernière péripétie importante laissant supposer
une suite immédiate du récit. C’est à rapprocher de
la construction éclatée du roman qui ressemble souvent à
un assemblage de faits épars et n’ayant pas toujours une longueur
de description en rapport avec leur importance. Cela donne un curieux effet
de non-achèvement à l’écriture, parfois de bâclage.
Tout ceci, malgré un ou deux fils conducteurs qui se développent
tout au long du récit et qui y trouvent leurs conclusions.
Mais Bruen sait retenir l’attention du lecteur : si ses deux flics,
plus vrais que nature, n’inspirent pas toujours la sympathie, il y a une composante
pathétique dans leur rage de survivre avec pour seuls moyens leurs
ressources individuelles, même si celles-ci sont limitées. Très
limitées.
Approche intéressante de personnages ultra-représentés
dans la littérature policière, il faudra attendre la suite de
la saga des deux flics ringards de Bruen pour savoir si le potentiel qu’ils
représentent sera bien utilisé.
En attendant, lisez « Le Gros Coup » et découvrez cet
univers glauque, narquois et cynique de R&B, malgré une écriture
qui n’est pas toujours à la hauteur. Vous ne manquerez pas d’être
pris par cette ambiance d’urgence et cette rage de survivre que distille le
roman.
Et cela vous sera probablement utile aussi pour mieux cadrer les deux romans
suivants de la série : Taming the Alien (1999) -à paraître
sous le titre Le mutant apprivoisé- et The McDead (2000), cette trilogie
d’un auteur irlandais connaissant un succès certain en Grande-Bretagne
et dont la réputation ne fait que grandir actuellement aux USA.
EB (mai 2004)
(c) Copyright 2004 E.Borgers
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