| Arizona
kiss
(Arizona Kiss - 1991)
Ray Ring
SN 2298 - Gallimard - 1992
Macky est photographe, journaliste-photographe.
Il aime les reportages un peu dangereux, au cœur de l’action, comme celui
qu’il vient de terminer sur les conditions dans lesquelles ces mineurs de
l’Arizona sont exploités dan une mine vétuste et dangereuse
où tout le monde s’entend comme larrons en foire.
Expérimenté et réaliste, il a le virus de l’actualité,
celle qui vous poursuit comme la moissonneuse-batteuse d’un mauvais
cauchemar : vous ralentissez et elle vous broie. C’est ça courir l’information
: jamais ralentir le rythme.
Découvrant l’histoire d’Alice, Macky pense qu’il a enfin trouvé
un sujet qui le propulsera sur l’avant-scène de la profession, qui
lui donnera le Pulitzer, ce prix Nobel du journaliste américain. La
jeune femme lui révèle la vraie nature qui se cache derrière
la personnalité d’un Juge retraité de la région, personnage
craint et inflexible, défenseur de la morale publique et du bon droit.
Elle est prête à guider Macky dans l’underground des combats
de chiens organisés, spectacles interdits mis sur pied pour
une foule de parieurs avides de sang et de bestialité. Un des organisateurs
de combats féroces de pit-bulls qui déchirent et dévorent,
qui luttent à mort, ne serait autre que le Juge lui-même !
Cela ne lui déplairait pas a Macky de déboulonner ce pilier
de société bien-pensante, pourri et hypocrite, car dans l’histoire
d’Alice les chiens ne seraient que péché véniel comparé
aux autres exploits du dignitaire. Tout à l’image de l’Arizona…
La hargne du Juge, les supporters agressifs, les dents de leurs pit-bulls…
il est prêt à affronter tous ces dangers bien réels,
car il veut ramener des photos des ces combats et dénoncer le Juge
par son futur article. A n’importe quel prix. C’est son ticket vers
la gloire, Macky en est persuadé.
Mais, ce sera quelqu’un d’autre que ce Juge vieillissant et peu reluisant,
quelqu’un de perfide et d’inattendu, qui le poussera peu à peu vers
un vrai cauchemar.
En chute libre.
Très bon roman noir, issu en droite ligne de la meilleure tradition
hard-boiled (dure) américaine, dans lequel Ray Ring parvient à
maintenir constante l’attention du lecteur en construisant une intrigue habilement
articulée. Le tout dans un récit au ton direct raconté
à la première personne, ce qui en renforce la tension.
Une réussite.
Ce n’est pas sans raison que certains ont
évoqué James M. Cain à propos de Arizona kiss,
car on y retrouve certaines constantes des meilleurs romans de Cain : la
destinée inéluctable, le tragique construit à partir
du quotidien et d’ambitions hors de portée, la femme fatale,
combinés ici dans un récit haletant.
On est cependant loin du pastiche, car Ray Ring garde un ton et une écriture
qui lui sont personnels, et c’est d’autant mieux. En prime, il nous livre
en toile de fond un portrait peu flatteur de l'Arizona, cet état
de l'Ouest américain qui semble pourrir tout ce qui y vit, à
commencer par ses habitants qui y sont décrits comme les dépositaires
d'une mentalité réactionnaire, étroite et destructrice,
faite d'hypocrisie, de férocité et de justice expéditive.
Le baiser d'Arizona.
Avec Arizona kiss, Ray Ring nous
donne un roman noir de qualité, en forme de suspense tragique qui
débouche sur la folie et le meurtre.
Recommandé !
EB (novembre 2003)
(c) Copyright 2003 E.Borgers
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