livres
| Chroniques Jean-Patrick Manchette Recueil des diverses chroniques et articles
que Manchette publia dans la presse française de 1976 à 1995,
principalement dans Charlie Mensuel et Polar (dans les deux séries
de cette revue). C’est essentiellement un assemblage des critiques de
Manchette sur les nouveautés polars de l’époque, mais
on y trouve aussi de courts essais et des commentaires fort intéressants
sur et autour du polar et de ses auteurs. EB (janvier 2004) (c) Copyright 2004 E.Borgers
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| Les
dieux de Cluny Précédé de : Le fantôme d’Orsay François Darnaudet
On retrouve dans Les dieux de Cluny les mêmes protagonistes que dans le premier volume, Le fantôme d’Orsay : le commissaire Couput, Eric Bernadi éternel étudiant se spécialisant en sémiologie et la belle Odile. Ce deuxième roman prend comme point de départ un événement atroce se produisant dans un lieu de la culture officielle : les Thermes de Cluny à Paris, et il est le prolongement du premier volume qui, lui, démarrait par un horrible massacre inexplicable ayant lieu dans le Musée d’Orsay. Si le secret des maléfices réveillés lors du premier épisode semblait trouver son explication dans les destructions de bâtiments durant l’insurrection de la Commune de 1871, c’était bien dans le Paris de l’an 2000 qu’une section de la police criminelle se débattait pour essayer d’arrêter les massacres en chaîne qui avaient lieu au Musée d’Orsay, avec l’aide d’Eric Bernadi, alors gardien de nuit du musée. Dans Les dieux de Cluny, Eric sera mis en contact avec une confrérie ésotérique dont les membres se proclament « gardiens des fissures », agissant dans toute l’Europe. Certains de ses membres viennent de constater une activité maléfique anormale, fruit d’entités inconnues, dans plusieurs villes qu’ils contrôlent en Europe. A Paris, ce sont des meurtres, inhumains par leur violence, qui se sont produits dans l’enceinte de Thermes de Cluny et par leur barbarie ils pourrait bien être liés aux phénomènes étranges constatés par les « gardiens » en Italie. Le commissaire Couput et son équipe, mis sur l’enquête ne savent par quel bout l’aborder et piétinent dans le vague absolu. Seuls les « gardiens des fissures » détiennent un début d’explication puisée dans leur tradition transmise à travers les siècles. Les gardiens de Paris, d’Italie et de Bruxelles finiront par mettre en lumière l’origine maléfique des entités qui sèment la mort et la terreur, ainsi que la manière précise de les contenir dans leur univers souterrain. Mais, à la dernière page du second volume, se pose la vraie question : le danger terrible qui vient des temps anciens, de la période des ténèbres, est-il vraiment éradiqué ?... Si ce n’est pas indispensable, il reste malgré tout conseillé de lire les deux romans dans l’ordre afin de saisir les origines exactes des personnages centraux et le crescendo des maléfices mis en scènes. Le récit rapide de François Darnaudet, nous plonge plus dans le monde de l’ombre que dans celui du roman noir. Il est certain que des passerelles à allure gothique reliant ces genres peuvent exister -comme on le constate aussi ailleurs, dans certaines littératures les mélangeant- mais elles restent fragiles. L’auteur évite heureusement le grand guignol et les excès du gothique, pour ne retenir que des ambiances et une épouvante baignées de fantastique, souvent plus proches d’un Jean Ray que d’un film d’horreur à l’américaine. Tout en maintenant le centre de l’action de ses deux courts romans fermement ancrés dans notre monde bien réel du 3e millénaire. Note J’ai personellement bien aimé la fonction « réelle » qu’attribue François Darnaudet au PALAIS DE JUSTICE (1883) de Bruxelles, ce gigantesque édifice dominant la ville du haut du Galgenberg (Mont des potences) et dont l’aspect titanesque, mélange de laideur, de mégalomanie, de néo-classicisme byzantino-bourgeois du 19e siècle, laisse pantois. Ce n’est pas pour rien qu’à Bruxelles, l’insulte suprême en dialecte local est : architekt ! Il faut aussi savoir que pour construire cet édifice colossal, une grande partie des Marolles, un des vieux quartiers populaires de Bruxelles dont le tracé existait depuis le Moyen Âge, fut rasée et on en chassa les habitants… qui forgèrent l’insulte. Clairvoyance du petit peuple bruxellois!
(c) Copyright 2003 E.Borgers
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