| 1977
(Nineteen Seventy Seven - 2000)
David Peace
Rivages Thriller - 2003
1977, deuxième tome de la tétralogie
de David Peace ayant comme sujet central les meurtres du Yorkshire Ripper
(l'Éventreur du Yorkshire) qui défraient la chronique de
cette région pendant une décade - et qui fut dans la
réalité une période sombre du West Yorkshire
à cause de ces séries de meurtres qui frappaient les
femmes en rue.
Tout va se jouer dans l'espace de 3 semaines,
du 29 mai au 18 juin, commençant par l'assassinat sordide d'une
prostituée, Mary Watts, selon une procédure qui ressemble
de près à celle pratiquée par celui qui est surnommé
L'Éventreur, meurtrier qui a agit plus intensément
depuis 1974. Mais personne, ni la police, ne sait rien de précis
à propos de ce mystérieux assassin, même pas s'il opère
seul.
Lorsque le récit se termine, quatre
femmes supplémentaires auront péri, mutilées
et assassinées par l'insaisissable psychopathe.
Le tout avec en toile de fond quelques rappels
de ce Jubilié, de la Reine fêtant ses 25 années de
règne, réalité saugrenue et indécente, artificielle…
loin de la réalité vraie des rues et de leur détresse.
La panique latente qui s'installe peu à
peu dans la population de la région de Leeds, n'a rien à
envier à celle qui agite la Brigade Criminelle chargée des
enquêtes.
David Peace nous fera vivre l'évolution
de cette panique au travers de deux personnages centraux, dont les récits
alternent dans le cours chronologique de ce roman désespéré.
Le premier personnage, Bob Fraser, inspecteur
à la Criminelle sera versé à la section spéciale
constituée pour tenter de résoudre les meurtres de prostituées
et sera mêlé de plus près que prévu aux événements
tragiques qui s'enchaîneront, car Bob Fraser est amoureux fou d'une
prostituée, Janice. D'une passion qu'il ne maîtrise plus.
Marié, Fraser aime par dessus tout
son fils, Bobby, et ne s'explique pas le lent glissement qui le pousse
loin de sa femme.
Flic intègre, il se lancera dans l'enquête
sans préjugé ni retenue, même lorsqu'il est pratiquement
certain qu'une partie de la police des moeurs cache des élément
simportants concernant les victimes de l'Éventreur. Et, en suivant
les pistes du meurtrier, il s'enfoncera au plus profond de son cauchemar...
Le second personnage central est Jack Whitehead,
journaliste expérimenté du Evening Post, qui est en
pleine crise existentielle, alcoolique et solitaire. Il a basculé
dans un enfer personnel qu'il semble cultiver depuis la mort de Carol,
la femme qu'il aimait profondément. La résurgence du Yorkshire
Ripper (l'Éventreur du Yorkshire) comme l'avait surnommé
la presse locale, va lui redonner un peu de lucidité et la volonté
de reléguer ses démons au second plan. Dans ce combat de
tout les jours dont il ne sort pas toujours vainqueur, Jack Whitehead va
rassembler tous les témoignages possibles des proches des victimes
ou de femmes qui survécurent aux attaques du tueur fou, tueur
qui commence toujours par assommer ses victimes à coups de marteau.
Vérifiant des données liées
à certains meurtres ayant une similitude avec les atrocités
commises par l'Éventreur, Whitehead sera intrigué par deux
pièces manquantes dans un dossier d'un autre district concernant
une des prostituées assassinées. En rapport avec la police
pour ses sources de renseignements, il rencontrera Bob Fraser qui acceptera
de rechercher les deux archives manquantes Les destins fracassés
de ces deux hommes se croiseront brièvement avant l'Apocalypse finale
qui les engloutira.
Obsessions et destins tragiques mènent
les deux héros maudits droit au domaine de la Mort, domaine
dont l'horreur n'est rien en comparaison de celle rencontrée
lors de leur lente traversée du territoire du Mal et de la corruption.,
ce territoire où toutes les horreurs sont possibles, où le
Mal corrompt tous ceux qui s'en approchent.
Personne n'est épargné, les
martyrs offrent la même odeur de pourriture que celle de leurs bourreaux.
Il n'y a pas de rédemption...
1977 est une réussite totale
et David Peace y confirme sa maîtrise de grand romancier.
Si la construction du récit procède
d'une technique un peu plus simple que celle utilisée dans
le premier tome (voir: 1974 dans
nos pages), son langage est tout aussi expressif , prenant lecteur
à la gorge.
Les dernières pages du roman peuvent
paraître confuses, mais s'expliquent par le climat onirique qui règne
dans tout le roman, mêlant les obsessions des personnages à
la réalité de l'instant qu'ils vivent, climat qui émerge
en paroxysme dans la conclusion désespérée du récit.
Le 18 juin 1977.
EB (août 2003)
(c) Copyright 2003 E.Borgers
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