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LA FEMME ET LE ROMAN NOIR
par Etienne
Borgers
Copyright
E.Borgers 2008
( Sauf
mention contraire, les dates de publication indiquées sont
celles de l'oeuvre dans sa langue d'origine )
Si on peut
faire remonter les racines
lointaines du roman policier moderne au début du 19e
s. avec la
publication de divers ouvrages du Français
François Vidocq -malfrat devenu chef
de la police d’état napoléonienne, ouvrages qui
mélangent histoires de mauvais garçons et de
truands avec
ce qu’on qualifierait actuellement de
« police procedural »
(enquêtes
faites par la police), il est certain que déjà on
y trouvait la
femme comme une des actrices : victime ou diablesse
délurée. Quoi de
plus normal, puisque la vie réelle est
bisexuée…
Il est par
ailleurs convenu d’accepter que
les débuts du détective privé de
fiction se trouvent dans la nouvelle d’Edgar
Poe : Double
assassinat dans la
rue Morgue (1841) ; quant à
Vidocq, encore lui, il avait déjà
créé ce qui fut la première agence de
détectives privés, en 1833 à Paris, ce
qui influença Poe à
l’époque. On admet aussi que le premier vrai roman
policier
a été crée par le Français
Emile Gaboriau en 1863. Sherlock Holmes, première
super-vedette du roman de détective
n’apparaîtra qu’en 1887.
Il
est cependant surprenant
de constater
que la femme va assez vite s’emparer du genre, à
la fois comme auteur et même
comme personnage central.
Dès
1861, puis en 1864, en
Angleterre dans les
« yellowbacks », fascicules bon
marchés, on raconte les aventures d’une
« Lady Detective », influencées par
les récits mettant en scène des
enquêteurs privés et des policiers et qui
fleurissent un peu partout ;
c’est dans la veine de l’époque,
où tous ces récits sont sous
l’influence du
roman populaire feuilletonesque, mêlant drames, aventures et
horreur légère.
Par ailleurs, ces dames vont se faufiler très vite
-à la même période- dans le
rôle de l’auteur, la plupart sous des pseudonymes
masculins, car il faut bien
le reconnaître, ce genre de littérature
était surtout produite par des hommes.
Durant les
années 1860, aux USA, ce sera la
même approche avec les « dime
novels » fascicules vendus 10 cents et
présentant des romans d’aventures en tous genres,
dont policières. Là aussi on
retrouve des femmes héroïnes de récits
policiers, mais peu d’auteurs féminins.
Je ne m’étendrai pas en détail sur
l’âge
d’or du whodunit (=qui l’a fait ?), le
roman de détection classique,
spécialité anglaise qui fit des émules
dans de nombreux pays. C’est durant
cette période, commençant au début des
années 1920, que les auteurs féminins
entreront en force dans la littérature policière
anglo-saxonne, et que nombre
d’entre elles deviendront des auteurs à
succès, des créatrices de personnages
emblématiques de cette littérature, une
littérature qui quitte alors en parie les
kiosques de gare pour être éditée par
des maisons plus
« respectables ». Sans pourtant être reconnue
par tous, on peut dire que c’est à cette
période que la littérature
policière acquiert ses premières lettres de
noblesse, une reconnaissance parmi
un public plus éduqué.
C’est l’époque des
« reines du
crime » dont la figure la plus
proéminente internationalement fut sans
conteste Agatha Christie. C’est aussi
l’époque où le lectorat de ce genre de
romans devient en majorité
féminin. Mais
ces « reines du crime »,
à de très rares exceptions, fondent leur
succès principalement sur des héros masculins,
détectives amateurs perspicaces
et rationnels, entourés d’un univers social
conservateur qui n’est mis en
danger que par le crime, crime qui sera puni pour rétablir
l’harmonie. Il y a
bien Miss Marple qu’Agatha Christie ne développa
que plus tardivement et moins
massivement qu’ Hercule Poirot (apparu en 1920), et si
Dorothy L. Sayers a bien
créé en 1930 un personnage féminin un
peu mieux structuré, Harriet Vane, elle
eut surtout du succès grâce à son Lord
Wimsey qu’elle publia dès 1923. Et Vane
n’apparaissait qu’aux côtés de
Lord
Wimsey
Durant cette période, une auteure aura
cependant du succès avec un personnage central
féminin : Patricia
Wentworth et son héroïne Miss Maud Silver (1928).
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Lady
Audley's Secret
(1862- rééd. 188?)
Yellowback
"à sensation", très célèbre
Il
utilise un détective et est de la même
période que le rare "Lady Detective" |
Le masque gris (1928)
Pemier
roman avec
Miss Maud Silver |
HARD-BOILED
DAMES
Les
années 20 ne seront pas seulement
celles qui ont vu l’éclosion littéraire
du roman policier traditionnel, ce
seront aussi les années qui verront naître les
racines directes d’un genre qui
offrira une descendance encore plus riche et plus
diversifiée : le roman
noir policier.
Ce sera
aux USA, avec la création de la
célèbre revue « The Black
Mask » en 1920, qu’apparaîtra un
genre de
récit au ton assez neuf : le
« hard-boiled ». Des histoires de
durs-à-cuire, racontées dans un langage direct,
utilisant l’argot populaire
dans les dialogues et parfois dans les récits,
récits combinant action,
violence et enquêtes de détectives
privés plongés dans le réel, dans
l’univers
corrompu qui les entoure. La revue n’était
qu’un « pulp » parmi
tant
d’autres, ces fascicules bon marchés
héritiers des « dime
novels » et
qui donnait à lire au grand public de la
littérature populaire de tout
style : des aventures de SF, policières, westerns,
romances… sous leurs couvertures
criardes. Ce qui fut différent avec « The
Black Mask, c’est que, sous
l’impulsion de son directeur, les histoires avaient une
certaine originalité et
un ton. Le ton du « hard-boiled ».
Et, miracle rarement répété, deux des
auteurs fondateurs du roman noir policier moderne y feront leurs
débuts :
Dashiell Hammett dès 1923 et Raymond Chandler en 1933.
Auteurs emblématiques de
ce qu’on appela assez vite :
la
« hard-boiled school »
(l’école hard-boiled). D’autres auteurs
de
valeur y collaboreront également et le genre va vite
déborder du cadre de la
seule revue. Earle Stanley Gardner, Horace McCoy, William Irish, Raoul
Whitfield
sont quelques uns des auteurs de l’époque qui se
rattachent au genre.
Le rôle de la femme dans ces récits,
s‘il
n’était pas toujours secondaire, y prendra souvent
une couleur
scandaleuse : provocatrice qui joue de ses charmes pour
obtenir ce qu’elle
veut, cruelle, vénéneuse, dangereuse, perverse,
dure. Cette tentatrice
malicieuse verra son apogée, un peu plus tard, dans ce qui
fut appelé en
français : la femme fatale ,
celle par qui le Mal
arrive, celle qui provoque la destinée. Pour le pire.
Par ailleurs on y rencontre aussi des
femmes coopératives, délurées mais pas
trop, qui aident souvent le héros, ou
qui peuvent même être ses amies de cœur,
ses amantes. Souvent il faut les
conquérir avec un mélange de charme et de
brutalité.
Comme tout est plus explicite dans ces
romans et nouvelles, les relations homme-femme y sont souvent
décrites avec une
forte tonalité sexuelle, offrant une
vérité plus poussée des relations
amoureuses, dans leurs intentions et dans leurs descriptions-
l’école du
réalisme et du naturalisme littéraire ayant eu
une influence majeure sur l’écriture
et l’approche qu’ont
ces auteurs du
hard-boiled face au récit policier.
Dans les
années 30, le personnage de la femme
fatale va s’étoffer au point
d’être le centre de quelques romans qui sont
de vraies réussites, dont un chef
d’œuvre : Le facteur sonne
toujours
deux fois (1934) de
James M.
Cain. Un type de femme en passe de devenir le deuxième
personnage emblématique d’un
genre qui glisse de plus en plus vers le roman noir tout en gardant
certains
traits du hard-boiled.
Le premier étant bien entendu celui du
« privé », ce
détective privé professionnel, usé par
la vie ou par
ses propres exploits, qui a envahi tout un pan de la
littérature policière
moderne, de Sam Spade et Philip Marlowe, à Lew Archer ou
Mike Hammer. Avec eux,
on est loin de Hercule Poirot, le crime a quitté son urne
décorative en forme
de manoirs anglais
pour se retrouver à
sa place : dans la rue où notre privé,
un dur-à-cuire, le poursuit jusque
dans les ruelles les plus sordides. Et se conduit de la même
manière que ceux
qu’il combat. Si pas pire…
On peut,
sans se tromper, affirmer que le
hard-boiled est en fait un genre du roman policier qui fait
intégralement partie
d’un genre plus vaste, plus diversifié :
le roman noir moderne. A la fois
racine et partie constitutive.
Mais dans un tel univers, froid, réaliste,
violent, aux limites de l’existentiel, y a-t-il encore place
pour les femmes.
Autres que victimes, putains, femmes fatales, ou secrétaires
maternant le
héros ?
« You’re
a damned good man, sister » (T’es un sacré mec, petite)
-
Sam Spade à
Effie Perine (Le faucon maltais- Dashiell Hammett,
1930)-
Certains
écrivains féminins, influencées
par la vague hard-boiled/noir américaine, se lanceront dans
la cour des hommes
et produiront des romans appartenant au genre. Mais dans un premier
temps, même
si on peut souligner l’excellence de certaines de ces
auteures, les histoires
et les personnages qu’elles utilisent ne sont pas
essentiellement différents de
ceux de leurs homologues masculins du HB/noir. Leurs personnages
féminins, même
bien campés, restent dans la tradition de ce qui les a
précédées. Que ce soit
chez l’excellente Leigh Brackett (qui sera par ailleurs une
scénariste hors
pair pour quelques chefs d’oeuvres du cinéma de
genre américain), ou Dorothy B.
Hughes dont les suspenses tragiques résonnent encore dans le
monde du polar
noir. Et leurs
personnages centraux
restent des hommes, privés, flics ou autres.
Dans le
même temps, la diffusion des romans
HB et noirs va exploser aux USA durant les années 40 et 50
avec l’apparition
des collections de poche qui, dans un premier temps publient des
rééditions d’éditions
cartonnées (et chères) à des prix
très bas, puis -dès 1950- des romans
policiers inédits de nouveaux auteurs, principalement des
romans durs et noirs,
dans des collections de poche spécialisées mais
tout aussi bon marché. Le
succès est immédiat, les chiffres des tirages
sont impressionnants. Cela va
permettre à des auteurs comme David Goodis, Jim Thompson,
John D. McDonald,
Charles Williams, Ross Macdonald, Mickey Spillane, de toucher un vaste
public.
Et de produire, pour certains d’entre eux, quelques uns des
chefs d’œuvres du
roman noir policier.
Encore une fois, si les personnages
féminins peuvent être plus fouillés
dans certains de leurs romans, produisant
souvent des portraits forts de femmes détruites par la vie
et leur destin, ce
sont encore des victimes, mais pas nécessairement les
victimes des meurtres qui
peuvent se trouver au centre de l’action. A peu de choses
près, le rôle de la
femme y suit les schémas précédents,
amorcés dans les années 30. Avec très
peu
d’exceptions.
Durant les années 40
et 50, la qualité et
le succès du film noir américain, basé
sur la littérature HB/noire de
l’époque,
va renforcer les archétypes du genre : le
privé et la femme fatale. Avec
des chefs d’œuvre du cinéma mis en
scène par John Huston, Howard Hawks, Billy
Wilder, Alfred Hitchcock dans sa période
américaine, Jules Dassin et
bien d’autres. Mais aussi avec de
formidables rôles
de femmes qui
permettront aux actrices de développer des personnages
multi-facettes, de
Lauren Bacall à Lana Turner, en passant par Gloria Graham et
Veronica Lake, sans
oublier Rita Hayworth ou Barbara Stanwyck. Amantes, perverses,
victimes. Vu
l’influence de la littérature noire sur ce
cinéma, on y retrouve les mêmes
tendances dans les personnages féminins que celles
détectées dans les romans.
Avec cependant, à l’écran, une
sexualité plus voilée, plus
suggérée, codes de
censure du film obligeant dans la prude Amérique.
Ces films noirs des années 1940
et 50 vont fixer à jamais dans
l’imaginaire populaire les images de la femme fatale au
pouvoir sulfureux,
du « privé »
remuant, frondeur, dur-à-cuire, réaliste
jusqu’au
cynisme.
S’il y a quelques auteurs
féminins qui se
confirment dans le genre hard-boiled durant la période
évoquée, elles restent
anecdotiques en nombre, et ne s’aventurent pas, dans leurs
romans, hors des
sentiers battus pas leurs collègues masculins. Il faut
toutefois citer Gale Gallagher,
détective privé féminin qui, dans deux
romans (le premier en 1947 : ‘I
Found Him Dead’), est un personnage qui agit en partie comme
ses modèles
masculins de l’époque et se veut
indépendante. Ces romans étaient
écrits par un
couple d’écrivains : Will Ousler et
Margaret Scott, qui
les a publiés sous le pseudonyme
de… Gale Gallagher. Ce
personnage de
privé féminin
est une espèce de chaînon
manquant entre l’époque de la gentille
détective amateur à l’anglaise des
années 20 et la période inaugurée par
le hard-boiled qui mènera au roman noir
dur et aux personnages modernes
d’héroïnes à fort
caractère créés plus tard. Entre
temps, les « paperbacks »
américains au format poche colportent sur
leurs couvertures de romans noirs ou HB des dessins de personnages
féminins aux
poses suggestives, aux corps de rêve et au regard
effronté : ces livres
visaient un public essentiellement masculin. Certains
éditeurs de polars en Europe reprendront
les mêmes illustrations, comme la collection
« Un Mystère » en
France
dans les années 50. Le féminisme en marche, et en
lutte, n’avait pas encore
touché tous les secteurs de la vie courante, aux USA
ou en Europe…
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Mickey Spillane -
I, the Jury
(Signet -1948) |
David Goodis -
Cassidy's
Girl
(Gold Medal - 1951) |
Richard Matheson -
Someone
is Bleeding
(Lion Books - 1953) |
Et ce
n’est certes pas Carter Brown, auteur
prolifique (plus de 200 romans) qui débuta dans le roman
policier humoristique
en 1953, qui modifia l’image de la femme dans le
récit policier moderne. Ses
histoires, vrais pastiches humoristiques et caricaturaux des romans
hard-boiled,
ne mettaient en scène que des clientes et des
secrétaires aguichantes sur
le chemin de
« privés »
déjantés ou de flics allumés, et
multipliaient les scènes d’érotisme
torride
mais bon enfant. Grivois et paillards, la majorité des
personnages masculins étaient
des proies faciles pour ces femmes à l’allure
calquée sur Hollywood. Il créa aussi
un personnage féminin, Mavis Seidlitz, enquêtrice
à ses heures, caricature
humoristique de la blonde plantureuse au cerveau d’enfant.
Elle affole les
hommes par sa simple présence, et lorsqu’elle est
émue et respire fort elle
fait craquer les bretelles de son soutien-gorge ! Malgré les
outrances, certains romans de la
série se lisent avec plaisir. Carter Brown eut un
immense succès
international…
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Femmes
aguichantes et couvertures criardes
Carter
Brown - The
Blonde
(1955) |
Malgré
la présence de Mavis,
la couverture SN de 1960 reste d'une austérité
monacale... (None but the Lethal Heart - 1959) |
Ce sont
pourtant des auteurs masculins qui mirent
en avant-plan des personnages de femmes qui
n’étaient que des ombres
auparavant dans les romans HB/noir: la compagne, la femme, la
petite amie,
l’ex-femme dont on a divorcé ; ils en
firent des actrices à part entière
dans leurs histoires, prenant une place de plus en plus importante dans
le
récit et dans les préoccupations du
héros masculin. On peut distinguer cette
approche déjà amorcée chez Ed McBain
dans sa saga du 87e
district (dès 1956), où Steve Carella, personnage
récurrent du commissariat,
est toujours préoccupé par sa femme,
handicapée. Au fond c’était
l’application
de ce qui se pratiquait déjà beaucoup dans le
domaine du roman policier plus
traditionnel, qui avait fort évolué depuis les
« reines du crime »
des années 20-30, et dont le flambeau avait
été repris par des auteurs féminins
de la veine classique imprégnées de
l’air de leur époque où la femme
occupait
une place de plus en plus importante depuis la deuxième
guerre mondiale.
Les années 1960 et 70 verront l’apparition
des détectives masculins à problèmes
(comme les qualifiait Michel Lebrun,
auteur de polars et essayiste français). De la
sur-utilisation du détective
privé à la Philip Marlowe dans le roman noir, ces
années vont voir apparaître
des « privés» qui ne sont plus
« normaux » comparés
à la norme
du genre ; une caractéristique inhabituelle (pour
le personnage ou pour le
roman noir d’alors) les singularise dans la masse des clones
de Marlowe et
Spade. Un passé obscur leur colle à la peau, ou
encore : ils vivent dans
de conditions matérielles plus que précaires qui
les marginalisent une deuxième
fois, ou ils peuvent être homosexuels (ce qui à
l’époque était un vrai
problème !), leur ex-femme leur crée de
réels ennuis (avec le problème des
enfants en sus), ou leur relation amoureuse est plus que
tumultueuse (leur
problème, c’est la femme dans ces derniers
exemples). Dans d’autres cas de figure,
ce sont des infirmités physiques qui
caractérisent le héros : il lui
manque un bras, comme chez Dan Fortune le privé avec une conscience sociale
créé par Michael Collins
(série débutant en 1967), ou il est vieillissant,
malade et proche de la mort, comme
l’attachant Nameless (détective sans nom- son nom
n’apparaît jamais dans la
série démarrée en 1971) de Bill
Pronzini . Et de nombreux autres cas de
« détectives à
problèmes » pourraient être
cités.
C’est dans cette nouvelle ambiance et dans
un début de mutation des récits HB/noir
qu’on peut placer cette ouverture du
héros existentiel du roman noir vers son entourage, sa
famille, ses amis. La
vie privée du
« privé ». Et on verra
la femme prendre plus de place
dans les romans, une femme proche du modèle social de
l’époque : plus
indépendante, attachée à certaines
valeurs essentielles de la famille, exerçant
les métiers les plus divers, libre dans son comportement
amoureux. Ce sont ces
changements qui introduiront de plus en plus des rôles de
femmes proches de la
réalité sociale ordinaire, permettant ainsi
à ces auteurs de gagner un public
qui normalement reste plus réticent devant les eaux troubles
du roman noir, et
de gagner une frange du lectorat féminin.
Un exemple parfait de ce glissement vers la
‘normalité’ est fourni par la
série du privé Spenser de Robert B. Parker, cet
excellent auteur chandlérien qui accorda dans les
années 1980-90 de plus en
plus de place aux relations entre Spenser et Suzan (son amie de
cœur, fiancée
de la main gauche) et les problèmes de leur couple. Cette
relation devint
paradoxalement assez vite un chancre inutile déviant la
force du récit des
romans, et finira dans l’excès
d’attention accordée au couple au
détriment de
la face HB/noir des romans, et dans la banalisation.
Toutes les variantes d’intensité de
la présence effective et importante de la
femme auprès du héros masculin seront
explorées. Du couple de flics - homme et
femme- en action, au privé vivant une vie de famille.
Commenceront aussi à
poindre ici et là, de vrais personnages féminins
au rôle central dans le récit.
Mais la vraie révolution sera l’entrée
en
nombre des femmes auteures dans le roman noir, auteures anglo-saxonnes
-essentiellement
américaines puis britanniques, souvent
d’inspiration féministe et donnant leur
préférence à des héros
féminins.
Le noir se colorait de rose…
Chick Dick (argot am. – en fr : la
bonne femme fouille-merde)
Si
Cordelia Gray, détective privée malgré
elle (elle hérite d’une agence de
détectives privés) semble ouvrir la marche
féministe, on ne peut pas en dire que son auteure, P.D.
James, en ait fait un
cheval de bataille du féminisme. On peut, à la
rigueur y voir un féminisme
utile et journalier, accompagné d’une
indépendance de la femme devant les
nécessités de son époque. Comme James
elle-même. Rien de vraiment innovant ou
de contestataire, le monde de P.D. James n’est que
conservatisme et sa
littérature une continuation, avec des
améliorations cosmétiques, des textes
des reines du crime des années 20. Ses romans
d’enquêtes ne sont que des
whodunits, dépoussiérés certes, avec
plus de psychologie dans le détail des
personnages, d' une écriture souvent assez
soignée mais diluée dans des digressions
sans fin et de bon ton. Les deux romans qui forment le cycle
Cordélia Gray n’échappent
pas aux travers de l’auteur, et si Cordelia est
détective privée, elle n’est
qu’une forme rajeunie et mise en conformité avec
l’époque de l’enquêtrice
dilettante et bon enfant des cozies et autres whodunits classiques.
James a emprunté
quelques données souvent utilisées par le roman
hard-boiled, à propos des
détectives privés et de leurs
activités, mais uniquement pour situer son
personnage dans son époque, et le rendre plus acceptable. Le
premier roman avec
Cordelia Gray : ‘An Unsuitable Job for a
Woman’ (1972) -La
proie pour l'ombre
(1984)- a un titre anglais (= un job qui n'est pas fait pour une femme)
qui
ressemble étrangement à celui d’une
curiosité américaine: ‘No Business for
a
Lady’(=C'est pas un business de dame), roman
d’assez pauvre
facture qui, en 1956, mettait en scène une
détective privée, Eli Donovan, une jeune femme
qui
n’avait que ses charmes comme
atout… D’ailleurs, le personnage de Cordelia Gray
semble
n’avoir pas fort
inspiré James qui n’écrira que 10 ans
plus tard un
deuxième (et dernier) volume
avec son héroïne, déjà
parée dans le
public d’une aura féministe malgré
elle.
On a l’impression que Cordelia Gray encombrait le monde bien
géré de P.D.
James. ‘The Skull Beneath The Skin’ (1982)- L'île des morts
(1985), un roman qui renoue de très près
avec les poncifs du whodunit, sera le point final.
Une
troublante similitude... (voir
texte)
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| Cordelia Gray, heroïne
féministe malgré elle et malgré
l'auteure PD James,
dans un roman paru en 1972 dont le titre évoque le
très déluré roman américain
de James Rubel
... |
Un titre évocateur
pour un roman(1956) avec heroïne
détective aux
charmes évidents, titre qui a sans doute inspiré PD James pour
son
premier roman avec Codelia Gray. |
On peut
cependant citer l’Américaine Marcia
Muller comme étant la première auteure ayant
consacré des romans à un
personnage central de détective privé
féminin à part entière :
Sharon
McCone qui apparaîtra en 1977 dans ‘Edwin of the
Iron Shoes’ - De
bric et de broc. Version féminine
du privé américain, McCone est cependant moins
sûre d’elle que son équivalent
masculin, et elle évolue au cours des récits au
milieu de relations plus
nuancées avec les personnages qui lui sont proches. Les
romans deviendront
aussi de plus en plus sombres au fil de la série, avec une
Sharon obligée de se
durcir. En même temps, Marcia
Muller a
réussi à donner de la consistance et une certaine
profondeur à son personnage
tout en gardant des coins d’ombre.
Les
années 1980 verront nombre d’auteures
se lancer dans la féminisation du roman HB/noir, en
créant des clones féministes
du privé. C’est certainement chez la
romancière américaine Sara Paretsky, avec
son enquêtrice privée
V.I. Warshawski
qui se veut l’émule dure et combative des
durs-à-cuire du hard-boiled, qu’on
trouve le meilleur exemple de l’outrance que peut offrir un
féminisme dont le
but est de singer le modèle dominant. Warshawski
n’hésite pas à se battre,
prête à tuer si nécessaire. V.I., pour
ses prénoms :Victoria
Iphegenia ! Mais vous avez avantage
à
l’appeler Vic, jamais Vicky…
Cette caricature ouverte de l’agressivité
masculine
reprise dans ce personnage féminin eut vite un vrai
succès, surtout aux USA et
en Grande Bretagne. Mais après les premiers titres,
débutant avec : Chronique d'une
mort assurée - ‘Indemnity
Only’(1982), la série perdit
rapidement son originalité par des
répétitions assez inutiles de scènes
d’action qu’on sentait plaquées
d’office
sur le récit. Récit qui, après
quelques romans, manque de force et devient
assez banal.
Un personnage plus nuancé sera celui
créé
par l’Américaine Sue Grafton : Kinsey
Millhone,
détective privé féminin
opérant en Californie. Millhone offre des
caractéristiques qui ont vite conquis
le public féminin :
déterminée,
choquée par les faux-semblants, souvent
acerbe, libérée sexuellement elle ne
s’attache pas
facilement. Valeurs
courantes de la femme moderne anglo-saxonne contemporaine.
Même
si elle est une
solitaire sur le chemin habituel du privé, elle
s’écarte assez fort de son
modèle HB masculin. Des personnages bien dessinés
donnent
une certaine force
aux romans et en accroissent l’intérêt,
dans une
série qui se sert des lettres
de l’alphabet dans ses titres, le premier
étant :
‘A is for Alibi’ (1982)- A comme Alibi.
Si à l’heure actuelle la série
s’essouffle,
c’est essentiellement dû à
l’usure,
problème courant des longues séries à
personnages
récurrents. D’autre part, il
faut mitiger les déclarations
d’originalité
qu’on trouve chez les exégètes, car
au-delà du personnage féminin bien mis en
scène,
les qualités évidentes de
romancière de Sue Grafton, les
éléments qui
remplissent la vie privée de Kinsey
Milhone prennent une place importante : de ses aventures
amoureuses à son
divorce, ou de son
passé de flic à une
faute commise dans le passé. Toutes choses qu’on
trouvait déjà fréquemment dans
les variantes modernes du HB/noir masculin.
Toujours dans la même veine, Karen Kijewski,
explore la féminisation du privé
américain avec Kat Colorado, enquêtrice
privée dans la quarantaine. Si elle fait face à
une certaine violence, les
récits bien articulés et prenants dans lesquels
elle évolue restent du côté moins
sombre du noir. En anglais, tous les titres de la série,
commençant avec
‘Katwalk’ (1989)- Ta langue au chat ?,
contiennent le prénom
de la détective privée, Kat.
Un personnage féminin assez réussi est la
détective privée Carlotta Carlyle, dans une
série de romans de Linda Barnes
commençant par ‘A Trouble of Fools’
(1987)-La chasse au bahut.
La romancière américaine a fait de
Carlyle un personnage féminin plausible, assez dur, dans des
récits enlevés et toujours
intéressants.
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Sara
Paretsky
début de la saga de la très turbulente
V.I. Warshawski
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Sue
Grafton
crée une série-alphabet avec Kinsey Millhone
la détective privée féministe |
Karen
Kijewski
Son enquêtrice Kat
Colorado, version féminine et pas trop violente
du privé |
Les
années 1990 et 2000 voient la branche
féminine du roman noir policier
s’étoffer et continuer dans les pas des
précurseurs,
tout en débordant des USA vers nombre de pays.
C’est aussi la période où beaucoup de
bastions masculins tombent les ans après les autres. La
femme
moderne veut être
l’égale de l’homme, non seulement dans
ses droits
mais aussi dans la vie
publique et professionnelle. L’armée, la marine,
la police
sont obligés
d’accepter la féminisation de leurs effectifs,
à
tous les niveaux et non plus
dans des tâches d’auxiliaires
éloignées du
cœur de ces organismes. L’espace,
l’engineering,
l’aviation, la médecine, les sports
extrêmes, rien
ne résiste à la femme
moderne.
Le
roman policier noir et le roman dur sont
dorénavant des domaines où la femme se sent libre
de
présenter ses visions, ses
personnages, ses caricatures. Une entrée en force,
facilitée par les
représentation du héros féminin dans
des
séries policières
télévisées qui se
retrouve femme-flic, enquêtrice privée, chasseur
de
primes, médecin légistes,
spécialiste de la police scientifique… et on en
passe.
Sans oublier le cinéma,
où le film néo-noir, hériter
flamboyant du film
noir de l’époque classique,
aborde maintenant des sujets scabreux et d’une violence
exacerbée dont la femme
n’est plus
à l’abri ; vénale et
corrompue, au comportement sexuel trouble, manipulatrice, tueuse
à gages,
agressive, chef de gang… tous les rôles lui sont
attribués, sans retenue, et
souvent dans des films de grande qualité. La femme fatale
moderne présente
elle-même l’addition et exécute la
sentence. Elle n’est plus uniquement
l’instrument du
destin ou son jouet. La plupart du temps elle prend son propre destin
en main et fait ce
qu’il
faut. Ou ce qu’elle veut. De Prizzi’s
Honor (John Huston, 1985) et La femme Nikita
(Luc Besson, 1990) à Bound (frères
Wachowski, 1996), mais aussi de Romeo
is bleeding (Peter Medak, 1993)
à Freeway
(Matthew Bright, 1996) et
The Way of
the Gun (Christopher McQuarie, 2000). La liste est longue.
Le roman
et l’image agissant l’un sur
l’autre, dans un mouvement à deux directions, accéléreront
l’acceptation de la nouvelle représentation de la
femme qui
repousse ses limites individuelles de plus en plus loin. Dans le
même temps, on
a vu apparaître, par exemple, le roman policier lesbien,
sous-genre épinglé par
les anglo-saxons friands de classifications factuelles, et
là aussi, la
variante HB/noir pointera son nez. Car, comme
déjà souligné auparavant,
même si
la vie courante s’ouvre de plus en plus à la femme
qui a du renoncer à une
partie de son rôle de gardienne du foyer pour des raisons
économiques et
d’émancipation féminine, le
prosélytisme du féminisme militant a de plus
influencé
nombre des auteures modernes qui choisiront de mettre des
personnages féminins au centre de leurs romans
HB/noirs, comme une forme de
conquête ou de
confirmation de l’occupation féminine
d’un territoire qui fut longtemps exclusivement
masculin. Cette volonté n’est pas toujours
ouvertement affirmée par celles-ci,
mais on en trouvera une formulation claire et sans
ambiguïté dans un texte de
2000 écrit par les égéries du
‘Tart Noir’ britannique, formulation qui cerne
bien tout un pan de la littérature policière
féminine contemporaine. Le
post-féminisme est entré en force dans le
polar.
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TART NOIR -
2002
Recueil de nouvelles post-féministes anglaises
publiées sous la direction de Stella Duffy et Lauren Henderson |
a. Tart
Noir (on pourrait traduire par :
« traînée
noire », traînée pris au sens
figuré= salope)
-Polar dans lequel le personnage princippal est une
femme qui est : dure, indépendante et sexy
b. Manifeste :
A quoi ressemble
une héroïne du Tart Noir ?
« Des détectives féminines qui
sont assez dures
que pour s’en prendre aux malfrats et aux flics corrompus,
assez tendres
cependant que pour être émues par des hommes durs
et tendres (ou par des
femmes, le cas échéant).
Ce sont des neo-féministes, mi-Philip Marlowe, mi
femme fatale, qui suivent leurs propres règles, qui pensent
qu’il est tout à
fait possible de sauver le monde tout en portant une robe qui a de la
classe et
des talons hauts. »
« Nos
héroïnes emblématiques sont Modesty
Blaise
et Emma Peal, notre moralité est contestable et notre
attitude demande toujours
des améliorations. »
(texte
publié sur leur site Web « Tart
City », 2000 )
Ce
n’est pas par hasard que le manifeste de
ces auteurs féminins contestataires fut
d’abord publié sur le Web: elles
se veulent à la pointe de la modernité. Et de la
féminité dans le polar.
Tout ceci en surfant sur la vague du
renouveau actuel du roman noir en Grande Bretagne, et de son
succès. Un mouvement
de contestation féministe ouverte essentiellement
britannique, même si par la suite il ralliera plusieurs
autres nationalités par
les femmes auteurs qui se se sont déclarées
proches d’une telle vue sur le
roman noir au féminin. Les fondatrices de
« Tart City » (1999),
Lauren Henderson, avec sa Samantha Jones au féminisme
agissant et Sparkle
Hayter (Canadienne) avec sa reporter de TV remuante et à la
répartie facile, étaient
des écrivains de polars parfois
teintés de noir, mais toujours fermement
orientés. S’y joignit assez
vite : Stella Duffy, auteure de la série au fort
contenu érotique avec Saz
Matin, détective privée et lesbienne
évoluant dans un monde assez noir, débutant
avec Les effeuilleuses
- ‘Calender Girl’(1994)-actuuellement
co-éditrice du site, avec Henderson.
D’autres
féministes post-modernes se
rallieront au groupe, par affinité et par provocation.
Telles les
britanniques : Katy Munger, Val McDermid, Liza Cody, ou
encore
l’Américaine Vicki Hendricks, toutes ayant produit
des séries de romans avec des
personnages féminins à forte connotations
féministes comme personnage central.
Toutes ces dernières ayant d’ailleurs
accepté de participer à l’anthologie de
nouvelles d’auteurs exclusivement féminins,
appelée, avec à-propos, ‘Tart
Noir’
(2002). Et nombre de jeunes auteures se réclament de cette
tendance.
Dans
le reste du monde, et surtout en
Europe, on trouve à l’heure actuelle beaucoup de
traces de la féminisation du
roman noir policier.
En ce qui concerne la France, pays où la
littérature
noire policière a connu assez rapidement le
succès et l’intérêt des
exégètes,
la femme ne fit qu’une entrée tardive dans ce
qu’on peut appeler le roman noir
à la française. Si un des auteurs fondateurs du
noir moderne en France, Jean
Amila, a utilisé des personnages de femmes, c’est
toujours dans des cadres
sociaux bien définis ou dans les rôles plus
habituels. Il en va de même chez
Jean-Patrick Manchette, rénovateur d’exception
d’un genre qu’il modernisa, mais
chez Manchette il y eut une exception notoire avec Fatale (1977),
roman
noir un peu en marge dans sa production, dans lequel le personnage
central est
une tueuse professionnelle. Jusqu’à ce jour, les
auteurs français importants
n’accorderont qu’une place convenue aux personnages
féminins, de Didier
Daeninckx et
Jean-Bernard Pouy à A.D.G..
A part
l’une ou l’autre exception
historique, peu de femmes se lanceront comme auteur de romans noirs en
France
avant les années 1990, lorsque sous l’impulsion
américano/anglaise et grâce au
recrutement fait par Patrick Raynal devenu directeur de la
célèbre collection
« Série Noire », ces
dames vont entrer en force dans cette
littérature.
Assez étrangement, au début de ce
renouveau, aucune ne s’appliquera à utiliser des
femmes comme personnages
centraux récurrents, de Pascale Fonteneau avec son
excellente analyse des
problèmes de société dans des romans
ramassés et denses, à Nadine Monfils, une
Belge qui traite magistralement l’humour noir et
déjanté aux bordures
surréalistes. Le commissaire imaginé par Monfils
sera d’ailleurs un homme, dans
une série de romans aux accents moins noirs et à
l’humour plus direct. Dominique
Manotti occupe avec ses romans noirs à forte coloration
politique, chasses
sombres à la magouille et à la corruption, une
position plus marquée : sa
trilogie a comme personnage central inhabituel, un flic homosexuel. Par
la
suite, elle utilisera un flic-femme dans le noir Nos
fantastiques années
fric (2001).
Plus récemment, quelques auteurs féminins
abordent d’emblée le roman noir avec des
personnages de femmes, telle Dominique
Sylvain dans ses premiers romans plutôt sombres ;
par contre, elle vient
récemment de se diriger vers des romans moins noirs mais qui
mettent en scène
deux personnages d’enquêtrices féminines
dans des récits se rattachent
d’avantage au genre suspense/thriller. De plus,
l’auteur féminin actuel ayant
le plus de succès en France, Fred Vargas, malgré
quelques traces ici ou là dans
certains de ses romans, s’est toujours
arrêtée en bordure aux eaux glacées du
roman noir, sans jamais franchir le pas,
préférant des structures plus
traditionnelles pour le cadre et
le cœur
de ses récits. Et un flic mâle comme personnage
récurrent.
En
Espagne, comme ailleurs, les auteurs
modernes du roman noir n’accordent qu’une place
conventionnelle à la femme dans
leurs récits, n’en faisant que très
rarement le personnage central. Il en va de
même pour les autres pays hispaniques, où on
épinglera cependant La
lune d'écarlate -"La luna de
escarlata" (1994)- de l’auteur mexicain Rolo Diez :
c’est la vie de deux
femmes qui est au centre du récit de cet excellent roman
qu’on pourrait
qualifier de « picaresque noir ».
Les auteurs féminins aussi sont
apparues en Espagne et ce dans divers
genres du polar.
Parmi elles, il faut citer l’excellente
romancière Alicia Giménez-Bartlett et sa
série avec l’inspecteur féminin Petra
Delicato, série qui débuta avec Rites de mort - ' Ritos de muerte' (1996) ; une série qui donne une place
importante à la vie privée et aux
problèmes de son héroïne qui fait
équipe avec un policier masculin, conforme en
cela aux schémas du féminisme appliqué
aux romans policiers contemporains déjà
décrits ici. Et qui abandonne en grande partie le regard
critique sur la
société dans son ensemble, ce regard qui est une
des caractéristiques importantes
du roman noir.
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Pascale
Fonteneau
romans noirs sur l'air du temps |
Nadine
Monfils
humour
très noir dans des contes surréalistes |
Rolo
Diez et
le "picaresque noir" de la destinée de deus femmes |
La
présence féminine dans le roman policier
n’a jamais faibli, de ses origines à nos jours.
Que ce soit par les auteures, les
personnages, ou le lectorat. Comme on a pu le voir au long de notre
parcours
dans cet article, l’entrée de ces dames dans le
roman noir fut certainement
plus tardif mais il apparaît qu’elles comblent
avidement ce retard et qu’à
partir des années 1980, principalement sous la
poussée féministe anglo-saxonne,
on la retrouve aux commandes de toutes les variantes du roman noir. En
force.
Le risque d’excès du post-modernisme
féministe, prolongation des positions à la Tart
Noir, est bien présent et peut
faire glisser tout un pan de cette littérature
féminisée vers la parodie et la
caricature involontaire. L’autre danger qui risque de faire
avorter le futur du
roman noir féminisé, est la tentation de
restreindre les récits sombres à
quelques péripéties et de se concentrer sur les
« héroïnes à
problèmes », dans un récit
visant le public le plus large, se rapprochant
en cela des objectifs limités du thriller ou de la
série à personnage récurrent
qui ne peut que vite s’essouffler. Mais ce denier danger est
celui qui guette
aussi beaucoup d’auteurs anglo-saxons
masculins actuels, et semble donc être
plus une tentation créée par le
roman policier dans sa déclinaison la plus
récente, qu’une tentation imputable
au sexe de l’auteur. Beaucoup résistent,
heureusement pour nous, et à l’exemple
de la France on peut constater que certains auteurs féminins
sont capables
d’intégrer les données du roman noir
sans en faire une caricature féministe ni
un simple travestissement de l’équivalent
masculin, un roman de garçonne.
Par ailleurs, la place de la femme comme
personnage du roman noir a un futur illimité. A
l’image de la place de la femme
moderne dans nos sociétés. Comme son homologue
masculin, en grimpant tous les
échelons de la société
organisée contemporaine, elle sera de moins en moins
à
l’abri de la corruption, du crime économique, du
meurtre politique, de
l’incarnation du Mal en marche. Non plus uniquement comme
victime, mais maintenant
aussi comme ordonnatrice de ces fléaux de la condition
humaine.
Aucun doute n’est permis : le 21e
siècle sera le siècle de la femme.
E. Borgers
Copyright
E.Borgers 2008
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Bibliographie
partielle (essais et ouvrages
de référence)
Modern Crime
Fiction, Mike Ashley,
Mamoth Encyclopedia, Robinson, 2002
The Big Book of Noir,
Gorman-Server-Greenberg, Caroll & Graff
Publishers, 1998
The Crime and Mystery Book, Ian Ousby,
Thames and Hudson,
1997
Hard-Boiled Mysteries, E.Borgers,
Web Site: www.geocities.com/Athens/6384,
1996-2005
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