Il
y a 75 ans, en 1930, le roman Le faucon de Malte
écrit pat Hammett était publié pour la
première fois. C’est le seul roman qui met en
scène l’emblématique Sam Spade
et il est considéré quasi mondialement comme le
meilleur
roman de détective privé jamais écrit.
Le troisième film tiré de ce roman,
« The
maltese Falcon » (1941) – Le
faucon maltais, de John
Huston – se retrouve régulièrement dans
les listes des dix meilleurs films jamais
réalisés. Ce classique du film noir
était en fait le premier travail de réalisateur
confié au grand John Huston. Dans ce film, C’est
Humphrey Bogart qui interprète
le rôle de Sam Spade, tandis que Mary Astor est
Brigid O'Shaugnessy, la femme fatale. Sydney Greenstreet y est Casper
Gutman et c’est sa première apparition
à l’écran : il avait
déjà
62 ans et il pesait pas loin de 140 kilos. Peter Lorre était
Joel
Cairo et leur complicité d’acteurs
évidente à l’écran les fit
jouer ensembles dans huit films supplémentaires. Acteur
de composition, Elisha Cook Jr. était le flingueur William
Cook,
tandis que le père de John Huston, Walter Huston –
déjà
nommé aux Oscars comme acteur pour un film
précédant-
apparaissait brièvement dans le rôle du
Capitaine Jacobi.
Pour ce premier film, John
Huston fut nommé aux Oscars de l’Academy Award
pour son scénario (John
Huston était déjà
scénariste avant ce film, pour des réalisateurs
tels Walsh, Hawks et Litvak. NdT). La légende dit que John
Huston n’a pas écrit ce scénario, mais
simplement copié le roman : mot à mot,
scènes après scènes, le film est
virtuellement identique au roman (à l’exception de
la « parabole » de Flitcraft, qui
n’est pas dans le film – on y reviendra
plus loin). Ce qui a vraiment facilité le travail de Huston,
était le style très
objectif d’écriture à la
troisième personne adopté
par le roman ce qui en faisait un très proche
équivalent,
en prose, de ce qu’aurait pu faire une caméra et
un magnétophone.
Mais qu’est ce qui fait que Le faucon de malte
soit si emblématique ?
Commençons par l’auteur, Dashiell Hammett.
Raymond Chandler écrivit, dans « The Simple Art of Murder »
(1947,
publié en français dans des recueils de
nouvelles. NdT), que
« Hammett a redonné le crime à
ceux qui le commettent pour de vraies raisons et non pas pour
simplement fournir un cadavre… ».
Hammett a créé le détective du genre
dur-à-cuire (hard-boiled) : un héro
très réel, dur,
décontracté, usé par la vie. Hammett a
mis au point le modèle de l’homme seul, pris entre idéalisme
romantique et réalisme
social. Ses détectives (d’abord le Continental Op
et plus tard Sam Spade) étaient isolés et
solitaires, des hommes vulnérables et amers
s’appliquant à maintenir un code moral dans le
maelström de la Californie urbaine.
Une partie de l’aura de Dashiell Hammett vient de ce
qu’en trois ans il écrivit quatre de ses grands
romans, et qu’il n’était
âgé que de 32 ans lorsqu’il
commença. Pourtant, après L'introuvable (The Thin Man, 1934 ) Hammett ne finira plus
aucun autre roman.
L’histoire de détective que Hammett a
créée est une moralité
poussée à sa limite, jusqu’à la ligne
séparant le bien du mal. Elle met en scène un
homme d’action, un dur à cuire, qui habituellement
est plus un anti-héro qu’un héro. Il n’a pas
besoin d’un faire-valoir assujetti, il peut agir seul et ses
actes parlent plus
clairement que des coups de feu.
Les intigues développées par Hammett
étaient stéréotypées. Comme
le fait remarquer Diane Johnson dans sa biographie de Hammett
(« Hammett »-
1983) : « Dans La moisson rouge
(Red Harvest
- 1929) le Continental Op (l’agent de la Continentale
– NdT) arrive pour nettoyer la ville de
l’Ouest. Sang
Maudit (The
Dain Curse -1929) est le conte de fée
d’une damoiselle enchantée en détresse,
et Le faucon de
Malte est une chasse au trésor.
Samuel
Dashiell Hammett est né dans le Saint Mary’s
County, comté du Maryland, le 27 mai 1894
et fut élevé à Philadelphie et
à Baltimore.
Il attrapa une mauvaise grippe durant affectation de
l’armée durant
la première Guerre Mondiale, ce qui entraîna une
tuberculose
pulmonaire qui le hanta toute sa vie et qui eut une grande influence
sur
celle-ci.
Il était détective à
l’Agence Pinkerton durant la Prohibition, lorsque les
bootleggers vendaient de l’alcool aux écoliers. La
« grande expérience
sociale » avait échoué et
avait engendré les racketteurs, les gangsters, et une
corruption généralisée.
Son troisième
roman, Le
faucon de Malte, est l’histoire de Sam Spade et
de Brigid
O'Shaughnessy, la rousse aux yeux bleus, qui
partagent un monde fait d’escroqueries, de trahisons,
de cupidités et de meurtres.
C’est l’histoire de
l’Oiseau Noir. Et cet
oiseau noir a plusieurs significations. Il peut être
perçu
comme le symbole approprié de la richesse illusoire, du
matérialeisme désespéré, et
même de la fausseté et
des illusions de la vie elle-même. Pourtant, cet oiseau noir
est
n’existe essentiellement qu’en tant
qu’accessoire, un raccourci visuel
rappelant une ou plusieurs des significations mentionnées
ci-dessus,
et il n’est pas le centre de l’histoire.
Hammett a libéré le genre du roman à
détective. Il accorde plus d’importance aux
relations entre les personnages et moins aux détails du
meurtre et de l’enquête. Beaucoup de sa force et de
son originalité vient de ce qu’il se concentre sur
la construction des personnages plutôt que sur une
ingéniosité formidable.
Edgar Allan Poe a
inventé l’histoire de
détective moderne dans Double
assassinat dans la rue Morgue ( Murders
in the Rue Morgue – 1841), lorsqu’il a
créé Auguste
Dupin, un détective professionnel qui utilise le
raisonnement déductif
pour résoudre un crime horrible. A l’intrieur
d’une chambre fermée,
à l’étage, une femme et sa fille ont
été brutalement assassinées, la gorges
tranchée, et l’une d’elles a
été
fourrée dans un conduit de cheminée parisienne,
les pieds en
avant.
Comme Ross Macdonald, un des héritiers les plus fameux et
les plus cultivés de Hammett, explique dans
« On
Crime Writing » que Poe
« …conçu (l’histoire
de détective) comme un moyen d’exorciser et de
contrôler la culpabilité et
l’horreur ». Dupin déduit que
seul un singe meurtrier a pu escalader le bâtiment, tuer de manière
si barbare et puis fourrer la fille morte dans la cheminée.
Pour ces raisons, le tueur doit être un singe.
Macdonald continue : « Les raisonnements de
Dupin maîtrisent le singe (meurtrier) et expliquent
l’inexplicable-
mais non sans laisser une horreur résiduelle. Les
explications n’ont
cependant pas fait disparaître le cauchemar, et il persiste
sous
la dent de la raison. L’équilibre instable entre
la raison et les
éléments plus primitifs est
caractéristique des histoires
de détectives. Pour à la fois
l’écrivain et le lecteur,
c’est une arène inventive où de tels
conflits peuvent se
résoudre en sécurité, sous
contrôles artistiques. »
Là, c’est exposé comme dans une
autopsie encore fraîche : le Bien contre le Mal. La raison
qui se bat contre l’horreur. Le super-Ego contre le
Ça. Le détective rationnel s’opposant
au singe meurtrier dans les enfers urbains.
Pourtant il y a aussi plus que ce que Macdonald suggère.
Beaucoup de critiques et de lecteurs comprennent que les conventions de
la fiction littérature populaire offre une
échappatoire apparente à la vie de
l’auteur et à la vie du lecteur. Mais en analyse
plus profonde, c’est aussi un masque mis sur
l’autobiographie de l’auteur, un masque de
protection qui dévie l’acier froid de la
réalité alors qu’il lutte avec sa
propre ombre falstaffienne.
Le faucon de Malte n’est
pas fondamentalement un
« whodunnit »- un roman de
détection traditionel ; c’est un roman
qui traite des personnes, et particulièrement
d’une personne : Sam Spade, qui sont
prisonnières d’un monde criminel. Il offe un point
de
vue particulier pour soutenir cette vision : le point de vue
détaché, distancié, par lequel nous
n’entrons jamais dans la tête d’aucun des
personnages. Nous flottons simplement,
observateurs invisibles, et le narrateur a disparu.
Nous entendons et voyons les événements tels
qu’ils se passent, comme si nous étions
présents dans la pièce, mais invisibles. Ce
n’est pas vraiment la
« caméra-stylo »,
l’oeil devenu caméra, car alors le lecteur ne
serait autorisé à ne voir ce que la
caméra voit et ce qu’un microphone entend.
Dans Le
faucon de Malte , il y a des commentaires et des
interprétations. Nous sommes des observateurs invisibles
dans la pièce.
Dans Le faucon
de Malte , le meurtre est encore
représenté comme un jeu du Bien contre le Mal
(bien que la plus grande partie de la violence se passe hors champ). Le
joueur ici c’est L’As de Pique (= Ace of Spade)[i],
Sam lui-même. L’ambiguïté de
son personnage est au centre de l’histoire. Dans ce monde
où tout est corrompu, où tout peut se corrompre,
Sam Spade connaît la musique :
« La plupart des chose à San Francisco
sont à vendre, ou à prendre ».
Lorsque Miles Archer, son
associé, est tué, Sam Spade se propulse
lui-même dans l’arène et se bat pour
obtenir l’Oiseau Noir. Il enjôle, il cajole, il
menace, il ment,
il persifle et bluffe pour découvrir qui a tué
Miles Archer.
Le parcours dans lequel s’égare Hammett est
formidable. La mort d’Archer devient vite une intrigue
secondaire, trouver l’Oiseau Noir devient
l’intrigue principale. Et pourtant, dès que
l’oiseau est retrouvé, la mort d’Archer
est résolue.
Pour beaucoup de gens, la monstruosité spécifique
dans Le faucon
Maltais réside
dans le fait que Sam Spade est un vrai partenaire instantané
pour
le vol et le meurtre. En l’observant de près, on
n’est jamais certain
que Sam Spade soit honnête.
L’ambiguïté de son personnage
est telle, que même Iva dit :
« Oh, Sam vous l’avez
tué ? ».
Toutes
les histoires ont pour sujet
un héro en crise. Le but principal d’un drame est
d’inquiéter
le public. C’est ce qui est obtenu par le suspense. Mais la
moralité
du personnage est l’essence de l’histoire , et
cette morale est authentifiée par celle du lecteur.
Hammett a décrit Sam Spade comme étant un Satan
blond, ce qui se traduit assez bien comme étant un sorcier
de la magie blanche, un magicien, quelqu’un comparable au
Gandalf du Seigneur
des Anneaux, ou au Merlin des histoires sur Camelot.
Sam Spade est un solitaire, un homme qui prend la plupart de ses repas
à l’extérieur, un homme qui lit les
journaux en mangeant.
Il sait quel est le prêteur sur gages qui offre le plus
d’argent. Il sait qu’il faut ouvrir le
boîtier
arrière de la montre qu’il examine. Il ne se saisi
pas quand il
marche sur la main d’un homme mort.
Spade est un homme complexe. Le cynisme et
l’idéalisme s’affrontent en lui. Il est
homophobe, il peut devenir violemment sadique en un éclair,
il éprouve le zéro scrupule pour son
adultère avec la femme de son associé. Et il est
l’homme
qui peut se mettre à califourchon sur le fil du rasoir entre
le
bien et le mal.
Effie Perine, secrétaire de Spade, lui dit :
« Vous croyez toujours savoir ce que vous faites,
mais vous êtes trop baratineur pour votre propre bien. Et, un
de ces jours vous allez le découvrir. »
Dashiell Hammett ressentait
l’importance de faire en sorte qu’on ne soit pas
certain de la droiture essentielle de Sam Spade. Pour Hammett, Spade
doit être « un type dur et
égueulasse ». Il ne faut pas de culte du
héro, seulement une objectivité limpide.
Comme
l’écrivait Diane Johnson dans sa biographie de
l’écrivain « Hammett »
(1983) : « Le récits de
détective est essentiellement une allégorie dans
laquelle le détective est le super ego et le criminel est le
‘ça’ ; les deux aspects de la
même personnalité ». Que le chasseur et la proie
soient les deux aspects d’une même
personnalité est
quelque chose d’évident, mais pour Hammett, la
tension entre Sam et Brigid était également une
affaire où la confiance est face à la trahison. Dans la vie
réelle, comme dans les histoires de détectives,
les meilleurs meurtres sont des affaires de confiance trahie. Parents, amants,
frères et sœurs,
grands-parents, amis, peuvent vous trahir.
Pas
vos ennemis.
Sam Spade dit à
Brigid O'Shaghnessy : “Je n’ai rien contre vous
faire confiance aveuglément, sauf que je
ne pourrai pas beaucoup vous aider si je n’ai pas une petite
idée
de ce dont il s’agit. »
Caspar Gutman, le mauvais, à propos de la
vérité :
« J’aime bien un homme qui vous dit
d’emblée que sa préoccupation
c’est lui-même. N’en sommes nous pas tous
là ? Je ne
fais pas confiance à un homme qui le nie. Et un homme qui
dit la
vérité, alors qu’il dit mentir, est
celui en qui j’ai le
moins confiance, car c’est un
idiot qui va
à l’encontre des lois de la
nature. » Mais la vérité
peut être insaisissable. Et elle est
définitivement malléable.
Le lieutenant Dundy, de la police de San Francisco, demande
à Spade : « Que voulez-vous que
nous pensions que
la vérité soit ? »
Sam Spade n’est pas un homme vertueux. Dans presque
l’entièret » du roman, il ne
vaut pas mieux que l’un ou l’autre des
méchants. Mais Sam Spade a un code moral, et, en finale, il
se rachète, et, par extension, nous aussi.
Ce
"faucon maltais", comme nous le raconte John Huston, dans le film
qu’il a tiré du roman, est ce dont sont faits les
rêves. Un rêve de
joyaux sous un revêtement de plomb. Une
tentation qui permet d’échapper au quotidien et
à ses préoccupations. Il déclenche
la rapacité qui mène au meurtre et au chagrin.
Ross Macdonald voyait Le faucon de Malte
comme une tragédie. Il écrit que
« Hammett est le premier écrivain
américain d’importance à avoir
utilisé le récit de détective comme
support pour présenter une vision flamboyante mais
désenchantée de nos vies. »
Selon Macdonald, Sam Spade « a les vertus
du pionnier et suit le même code que celui-ci.
Jeté dans l’enfer urbain pour ses
péchés, il rassemble son courage et sa ruse pour affronter ceux qui
s’y trouvent, joue pour les plus gros enjeux possibles,
l’amour et l’argent, et perd tout à la
fin. Son code de conduite, étroit et amer,
l’oblige à la livrer (Brigid O'Shaughnessy)
à la police ». Le faucon maltais a
été dépouillé de ses joyaux.
Un message essentiel est le
fait que Sam Spade
est un survivant. Il en a trop vu et « ne veux pas
être
un ballot » ; il ne baissera pas sa garde,
même pour
l’amour ni pour ce qui y ressemble fort. C’est la
fin aigre-douce de Sam
Spade. Oh, il est gagnant, mais en sang.
Plus important : comment quittons-nous Sam Spade ?
Quelle est l’image finale que nous nous nous faisons de cet
homme ? quel est son destin et le
connaît-il ?
Quand Effie lui dit que Iva attend à
l’extérieur, Sam frissonne et dit :
« Bon, fait-la entrer ». En
finale, Sam Spade se retrouve seul dans l’enfer urbain.
Sam
Spade vit dans un monde d’ambiguïté
morale, un monde fait de trahison et de promesses non tenues. Au mieux,
il sait que n’importe quel succès n’est
qu’un remède temporaire. Le Mal revient toujours
pour une attaque supplémentaire. Le détachement
de Spade n’est qu’une ruse : il se soucie
fort du monde, de la chair et du diable.
Mais il ne pactisera pas avec le mal. Pour Spade, le mal surgit du
compromis. Sam spade refuse d’agir de manière
déshonorante- même si cela veut dire de renvoyer
Brigid, et il agit selon son propre code, code qui est proche du sens
individuel de l’honneur chez Hammett. Peut-être ce
code individuel de l’honneur était une
évolution naturelle pour beaucoup de
vérérans épuisés par
la Grande Guerre qui virent la Prohibition comme une autre noble
intention dont la mise en pratique tourna très mal, qui ont
vu l’Amerique se transformer sous la Prohibition en un monde
de gangsters, de violence urbaine et d’hypocrisie
généralisée.
N’oublions pas qu’en 1919 le World Series
(Championnat national de baseball aux USA. Ndt)
fut trafiqué, une combine pour enrichir
les parieurs de New York. A la même période,
beaucoup de gens ont nourri une forte suspicion selon laquelle le
Président Warren G. Harding avait été
assassiné par sa femme[ii],
à San Francisco, quelques années auparavant.
Une partie du code de l’honneur de Hammett venait aussi des
années durant lesquelles il travailla pour
l’Agence Pinkerton[iii],
lorsqu’il travailla à briser les grèves
dans le Montana.
Le faucon de Malte
fut un gigantesque succès et réimprimé
sept fois durant la première année de
publication. En un rien de temps, Dashiell Hammett devint riche et
célèbre. Il a gagné des millions (de
dollars ! NdT) juste au moment où la Bourse venait
de s’effondrer.[iv]Il
se rendit à Hollywood et écrivit quelques
scénarios, puis il s’établit
à Manhattan et y devint un genre de playboy siroteur de
cocktails, avec son amie et compagne Lillian Hellman. Il a
romancé leurs continuelles beuveries pour en faire L’Introuvable
(The
Thin Man).
Mais, comme Spade, Dashiell Hammett avait un code moral strict, un code
très individualiste, et il a toujours pris ses
responsabilités personnelles. En 1942, à
l’âge de 48 ans, il s’engage dans
l’armée car il pensait qu’il le devait.
Il passa ce second service militaire dans les Aléoutiennes
(îles américaines, proche de lAlaska. Ndt), ce qui
aggrava sa tuberculose et le conduisit à
l’emphysème.
Dashiell Hammett
était aussi un marxiste. En 1951, son dernier combat fut
contre le « comité des
activités anti-américaines »[v].
Il était un des administrateurs du fonds des secours
créé pour payer les cautions pénales,
au sein de la Civil Rights Congress (= Association pour les Droits
Civils. NdT) et refusa de révéler les noms des
contributeurs.
Dans sa biographie, Diane Johnson cite la compagne de Hammett, Lillian
Hellman, qui dans son éloge funèbre
déclara :
« La nuit avant qu’il aille en prison, il
m’a
dit que peu importe ce qu’on en pensait, la position
qu’il
avait prise n’avait aucune motivation
politique, qu’il s’en était simplement
tenu à sa conclusion selon laquelle un homme doit rester
fidèle à sa parole ».
Hammett fit 6 mois de prison pour offense à la Cour,
ce qui le rendit encore plus malade et le conduisit droit à
son
lit de mort.
Tout ceci aide à
cerner un auteur, mais
je découvre plus de traces du véritable Dashiell
Hammett dans Le
faucon de Malte, dans l’histoire que raconte Sam
Spade à Brigid O'Shaughnessy à propos du
mystérieux Flitcraft, un homme dont Spade avait
retrouvé la trace dans le
Pacific Nordwest. Lorsqu’une poutre faillit le tuer en
tombant, explique
Sam, Flitcraft abandonna sa vie ordinaire, erra sans repos, et
recomposa
une espèce de simulacre de sa vie
précédente, toutefois avec une nouvelle famille.
En racontant cette parabole à propos de Flitcraft, Sam Spade
nous fait savoir également à quel point il est
conscient d’être lui-même mortel,
conscient de l’existence de la chance pure, conscient de la
tendance très réelle qu’a l’
humain à se faire des illusions.
Il faut aussi se souvenir qu’à cette
époque Hammett avait dèjà souffert de
dix années de tuberculose chronique et que la maladie
l’avait obligé de vivre
séparé de sa famille, forcé de laisser
tomber la publicité (domaine qu’il aimait) et
forcé de faire face à sa propre condition
d’être mortel. Pour n’importe quel homme
ayant à peine atteint la mi-vingtaine, un tel handicap doit
être ressenti comme la mort de l’espoir.
Je soupçonne que, comme Flitcraft, Hammett
« se sentait comme si quelqu’un avait
soulevé le couvercle qui cache sa vie et lui
en avait laissé contempler le
mécanisme ». Comme pour Flitcraft, pour
Hammett « La vie pourrait
s’arrêter au hasard de la chute d’une
poutre ; sa vie pourrait changer de manière
aléatoire simplement en s’en allant, en laissant
tout derrière lui ».
Spade (et Hammett par extension ) se rend compte que chaque
vie est dépendante de la chance.« Il
s’en est allé
comme ça, comme un poing qui disparaît
dès que vous
ouvrez la main » dit Spade.
Johnson a une fois déclaré que Hammett
était: «… un homme qui était
clairement convaincu qu’il
n’y aurait pas de lendemain… Lorsque la fin
approcha, on était trente ans plus tard que ce
qu’il avait prévu,
et la mort lui doit de vraies excuses. »
Rien
ne peut séduire Sam Spade. Ni la rapacité sans
bornes de
Gutman, ni le narcissisme de Joel Cairo. Pas même Brigid, la
menteuse
pathologique. Mais la mort nous trahit tous.
Fred Zackel, 2005
|
DASHIELL HAMMETT
|
|
Dashiell
Hammett est mort le 10 janvier 1961 d’un cancer des poumons
Contre les efforts véhéments de J.Edgar Hoover,
et peut-être grâce à
l’intervention d’un de ses plus grands fans, le
Président Dwight
D.
Eisenhower, Samuel Dashiell Hammett, vétéran des
deux guerres
mondiales, a été enterré parmi les
vétérans
dans le Cimetière National d’Arlington, Washington
D.C.
L’
histoire de privé hard-boiled (=dur à cuire) a
survécu, plus forte que jamais, à la fois
à l’écran et en littérature,
et
est toujours un sujet ayant trait au bien et au mal. C’est
toujours le
récit de l’élimination des monstres. Le
héros y combat
encore l’effroyable.
OEUVRES
LITTÉRAIRES PRINCIPALES
Hammett a
écrit cinq romans :
Red Harvest
(1929) – La
moisson rouge (1932)
The Dain Curse”(1929) - Sang maudit (1933)
The Maltese Falcon (1930) - Le
faucon de Malte (1936)
The Glass
Key” (1931) – La
clé de verre
(1932)
The Thin Man (1934) – L’Introuvable
(1934)
S’ y ajoutent
62 nouvelles.
(FZ)
|
|
Article
de Fred Zackel, 2005, en anglais sous le titre :
The
Maltese Falcon - 75 Years on The Razor
(Traduction française: E. Borgers, janvier 2006)
©
2005 Fred Zackel pour le texte original en anglais
© 2006 E.Borgers pour la traduction française
NOTES
[i]
Ace of Spade est un
jeu de mot ;
en anglais, « spade » voulant
également dire : pique, une des
deux couleurs noires
des jeux de cartes.NdT
(cliquez sur -i - ci-dessus pour
retour texte ^ )
[ii]
Warren Harding :
président des USA de 1921 à 1923. Mort
à San Francisco en 1923. Il
était partisan des thèses isolationnistes.NdT
(cliquez sur -ii - ci-dessus pour
retour texte ^ )
[iii]
Agence Pinkerton :
agence privée de détectives, fondée en
1850 à
Chicago par Allan Pinkerton, dans une Amérique avec peu de
lois
et encore moins d'organisation de la police sur tout son territoire.
Légendaire pour sa participation le plus souvent
négative à la "conquête de l'Ouest" la Pinkerton National Detective
Agency , au delà de son
activité d'enquêtes de police
conventionnelles, fut très vite utilisée par les
divers États, le Gouvernement Fédéral
et les multiples Trusts et grandes compagnies, partout sur le
territoire américain, pour infiltrer, détruire et
terroriser les organisations ouvrières, syndicats et
associations diverses (toutes de gauche ou anarchistes). Elle reste
célèbre pour ses activités de "briseur
de grèves" en recrutant malfrats et tueurs pour
attaquer physiquement les grévistes et éliminer
les meneurs. Dès 1877, cette chasse aux ouvriers devint une
des activités premières de l'Agence Pinkerton!
En 1924, avec la création du FBI, l'État
américain
fera moins appel à la Pinkerton qu'auparavant...
Un détail parlant: le plus gros acheteur des fameuses
mitraillettes Thompson (illustrées dans les films de
gangster des
années 30/50) fut l'Agence Pinkerton, et non pas l'ensemble
de la
pègre des années 20/30 !
Hammett
fut engagé par l'Agence en 1915 (il avait 21ans)
et y resta jusqu'en 1921 (avec un arrêt de mi-1918
à mi-1919 pour son service militaire,
l'Amérique participant à la guerre 14/18- mais
Hammett resta
aux USA). 1921 sera la date à laquelle, pour des
raisons de
santé physique défaillante, il décide
de se consacrer
à plein temps à l'écriture,
année aussi de
son premier mariage.
Il débuta chez Pinkerton en 1915, dans leur agence
de Baltimore logée dans le Continental Building; il s'en
souviendra lorsqu'il crée la Continental Agency dans ses
nouvelles policières avec le détective sans nom
(Continental Operative - Continental Op, en
abrégé, pour le désigner).
S'il ne fait aucun doute sur la participation de Hammett à
certaines opérations anti-grèves dans divers
endroits des USA, sa participation à l'affaire sanglante de Butte, au Montana en
1917, est loin d'être prouvée, même s'il
fut mêlé à l'examen et à
l'infiltration de ces grèves. D'après
Lillian Hellman, ce fut le meurtre féroce de Frank Little en
1917 - meneur d'ouvriers des mines de la Anaconda Copper Company, du
Montana- qui fit que Hammett remit en cause sa conscience
sociale, et bascula dans le camp des "libéraux".
NdT (cliquez sur -iii - ci-dessus
pour retour texte ^ )
[iv]
La bourse :
le grand krash d’octobre
1929 va propulser les diverses classes de la population
des USA dans la misère noire, période dont les
« bien pensants politically correct »
américains n’osent plus parler en termes clairs
actuellement.
Après avoir utilisé la bourse comme un casino
géant dans les années 1920 et en y attirant les
petits épargnants, via banques et institutions
financières, ce sera le krash dû aux
spéculations sans réelles contreparties de
couverture, laissant la spirale des biens immobiliers s'emballer et
exploser en finale par manque d'acheteurs. Comme un château
de carte, tout l’édifice capitalo-financier
s’écroulera et l’Europe plongera elle
aussi dans des années de misères
provoquées. C'est la Grande
Dépression, aux répercussions
mondiales et désastreuses.
L’Allemagne sortant anéantie de la fin de la
guerre 14-18, et pillée par les
années d'après-guerre, subira le krash
financier avec des répercussions
désastreuses; ce pays vivra
alors une des périodes les plus pauvres et
miséreuses de son histoire moderne, entraînant
agitation politique et extrémismes de tous bords.
L’ascension rapide de Hitler- et de ses alliés-
porté par le soutien populaire d'après 1929,
trouve une de ses meilleures sources dans cette misère
organisée laissant les populations allemandes sans recours
et sans espoirs.
Je parle évidemment du 20e s. Toute ressemblance
avec le 21e n’est sans doute pas
fortuite. NdT. (cliquez sur -iv - ci-dessus pour
retour texte ^ )
[v]
House Un-American
Committee (HUAC) :
sinistre parodie de justice
organisé en 1950 par un sénateur conservateur de
triste mémoire, Joseph McCarthy.
Sur base d’un rapport faisant état de quelques cas
réels de sympathisants pro-russes présents dans
l’Administration américaine, le gouvernement
déclencha une vraie chasse aux sorcières,
excluant des gens de leurs fonctions sur simple appartenance
à des mouvements politiques de gauche,
communistes ou autres. Les intellectuels et les
célébrités
de Hollywood furent spécialement visés par
McCarthy, afin
de « faire cesser la propagande dirigée
contre les USA
et le complot intérieur ». Et surtout pour
être certain
que les médias s'y intéressent de
près, lui fassent
sa publicité et créent une impression
forte sur un
public médusé qui découvre le complot
ourdi par des
gens célèbres. Avec l’aide du FBI qui,
dans la personne de
son directeur Edgar Hoover, aimait se dire à la pointe de la
vigilance
pour combattre ce qui est anti-américain càd de
gauche, ou
simplement en opposition politique marquée- le tout sous
l'étiquette
"communiste" pour terroriser l'opinion publique de
l'époque...
En fait, toute cette odieuse et sanglante comédie fut
encouragée, puis tolérée par
Eisenhower et son gouvernement. Lorsque McCarthy, en plus,
débuta des enquêtes et des contrôles sur
le personnel de l’Armée et essaya de viser
très haut
dans l’Administration- jusqu'au Président- pour
alimenter ses accusations publiques, en 1954, le Président
Eisenhower et ses conseillers mirent un point final aux agissements de
McCarthy et de son tribunal public. Et
à la fameuse commission.
Dashiell Hammett, en 1951, fut une des nombreuses victimes de la folie
absolutiste des pouvoirs politico-financiers des USA lors de ces
"purges" légalisées et
télévisées. Il en sortit
diminué physiquement et ruiné, mis à
l'index de la Black List--
listes de personnes qu'il était conseillé de ne
plus employer et de ne plus leur donner accès à
une plate-forme d'expression, officielle ou privée.
Encouragées par le gouvernement, le FBI et les patrons
d'industries, ces listes circulaient et signifiaient la mort
économique et professionnelle de ceux qui y figuraient. Les
livres publiés par Hammett furent
brûlés en place publique par des foules en
délire,
interdits de bibliothèque et d'école, comme ceux
de nombreux
autres "anti-américains" .
McCarthy et le McCathysme, un autre épisode que les
biens-pensants américains actuels n'aiment pas
détailler (Ecyclopaedia Britannica -par ex- n'y
consacre que quelques lignes, en minimisant les conséquences
et en soulignant le danger communiste).
Je parle ici du milieu du 20e s. Toute ressemblance avec le 21e est
sans doute réelle. NdT. (cliquez sur -v - ci-dessus pour
retour texte ^ )
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Le
Faucon en statue
objet de collection
The Dashiell Hammett Tour
A guidebook by
Don Herron |
Guide
de San Francisco proposant de suivre les pas de Hammett et de ses
personnages dans cette ville. Très bien documenté
avec une excellente introduction sur la vie de Hammett.
Rédigé par Don
Herron, un passionné et un
érudit
Publié par City Lights Books, éditeur
à SF et librairie mythique de la période beat.
La couverture
reprend une photo de Dashiell
Hammett.
- EB |
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