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Le
Journal de Carfy
J'aimerais être assez intelligent pour pouvoir expliquer ce qui se
passe entre l'animal et moi. Je parle bien sûr essayer de décrire cette
communication qui se produit, qui se crée... lorsque le contact passe.
Hélas! Mais je vais essayer... C'est comme le mentionnait un ami : «Je sais bien que ce ne sont
pas mes paroles qu'ils (les animaux) remarquent mais plutôt comment
je les dis, comment je suis.» Les paroles: c'est-à-dire les mots, les phrases... n'ont aucune importance
pour l'animal. Pour lui, une chaise, une table, un poêle... ça ne veut
rien dire. Vous auriez beau dire à votre chien, par exemple, "Assis
sur la chaise", qu'il ne comprendra pas. Enfin, pas tout à fait
: il aura probablement levé une oreille attentive au mot "assis".
Je crois que vous commencez à comprendre où je veux en venir. Les sons.
C'est la clef de l'explication. Depuis ma première rencontre avec Pitou par un été de 1952... de
cet instant magique où mon nouveau papa m'a sorti du camion en me déposant
doucement sur le sol... que j'ai vu venir vers moi cet énorme chien
qui m'a léché la main et le visage... Bref, et sans être superstitieux,
je commence à penser que Pitou m'a donné, m'a transmis quelque chose.
Un don? Je ne sais pas. Ce serait prétentieux de ma part de dire que
j'ai un don... de quoi que ce soit. Tout ce que je sais c'est que quand je suis né j'avais deux ans.
Et cette image de mon premier chien, de mon premier ami... c'est comme
une obsession, je sais que je vais mourir avec elle. J'ai la vague impression
que dans ce premier instant de ma naissance, il y a la clef de
qui je suis. Peut-être que depuis cet instant magique Pitou essaie toujours
de me faire comprendre quelque chose. Bref, l'animal fonctionne/communique par gestes et sons.
Pas les mots en tant que tels: les sons. On dit que l'on dresse un animal...
Avez-vous déjà pensé que c'est peut-être l'animal qui finit par vous
dresser? Réfléchissez-y un peu. Tout le monde s'entend pour dire que oui, chez l'animal les gestes
ont une signification: branlement de la queue, les oreilles pointées
ou couchées par en arrière, le poil hérissé, etc. Mais il y a une interprétation différente, soit qu'on est un chien
ou un chat (je prend ça comme exemple): ·
La bonne humeur chez le
chien : il branle la queue. ·
La bonne humeur chez le
chat : le frôlement de son corps sur vous. Et voici ce qui devient important dans le langage animal : ·
Le poil hérissé chez le
chien : la peur. ·
Le poil hérissé chez le
chat : prêt au combat, prêt à défendre sa vie. Le langage diffère si vous êtes un chien ou un chat. Il en va ainsi
des autres espèces. Et vous constaterez, si vous êtes observateur, que la gestuelle de
l'animal est toujours accompagnée par un deuxième langage : le son.
Il n'y a que chez l'être humain où le geste n'est pas obligatoirement
accompagné de la parole. Ex. : un connard de chauffeur a failli me frapper.
Je lui montre mon majeur pour lui exprimer ma colère et mon indignation.
Je ne suis pas obligé de lui gueuler après : «'Spèce de connard, t'as
failli me frapper! Comment t'as fait pour avoir ton permis de conduire!».
Mon geste aura suffit pour qu'il comprenne. Le son n'est pas le mot. Le mot "ici", ça ne veut rien dire à l'animal. Vous aurez
beau le lui crier 100 fois, le battre même, que ça ne donnera aucun
résultat. Les entraîneurs de chiens pour aider les aveugles l'ont bien
compris. Au son (ou à la commande "ici", il faut inclure la
gestuelle. En tapant sur sa cuisse, par exemple, ou en pointant son
index vers ses pieds. Pour le chien un peu plus "cabochon"
(idiot?), on lui mettra la laisse pour l'aider. Chaque fois qu'on lui
donne l'ordre "ici", on tirera sur la laisse. Etc. Des exemples,
il y en a plein. Le son donc. Pour le mot "ici", le chien ne retiendra que le "ic".
Le chat retiendra le "ci". Ensuite, parce que ce n'est pas
tout, de ce "ic" et de ce "ci", l'animal prendra
en considération le ton sur lequel vous l'avez dit. Et c'est tout aussi
important. L'animal comprendra si vous êtes content ou en colère ...face
à lui. Si vous êtes content: il viendra joyeusement à vous en branlant
la queue. Si vous êtes fâché, soyez assuré qu'il aura la queue basse
et peut-être même la tête basse. Le maître en colère? J'ai déjà vu des chiens ramper sur le sol tout
en se dirigeant vers leur maître. Une telle soumission m’écœure au plus
haut point. Et j'ai déjà vu des chiens trembler quand leur maître les
appelait. Si mes yeux avaient pu être des balles, ces maîtres ne seraient
plus sur terre. Et ce genre de maître, il y en a plus que vous ne pourriez
le croire. Des gens qui se défoulent sur leur animal, qui les battent,
qui leur mettent un collier plein de piquants, un collier qui étrangle
leur cou, des gens qui sont bêtes. |