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Le
Journal de Carfy
On m'a déjà dit que j'aimais les animaux
parce qu'ils ne savent pas se défendre. Foutaises! Ma chienne Soya,
si elle voit un chat et qu'elle est libre, sans sa laisse au cou,
j'aurais beau lui crier après, rien à faire, elle se mettrait à courir
comme une folle après le minou. L'animal ne vous trahira jamais et vous
aimera. Que ce soit un chien ou un chat ou... Tenez, à la ferme quand
j'étais enfant, nous avions une vache qu'on appelait «Chocolat» --
sa robe était blanche avec des points bruns --, eh bien, cette vache
était sûrement en amour avec moi car elle me suivait partout
quand j'étais au champ. Je ne sais pas pourquoi elle m'aimait autant.
Peut-être parce que je lui parlais et que, comme pour Pitou, je lui
racontais mes rêves et mon monde imaginaire. Bref, il y a des choses que je ne pourrai
jamais m'expliquer. Les chats aussi, sur la ferme, c'était un peu
pareil. Personne ne pouvait approcher des chats. C'est comme s'ils étaient sauvages. Mais moi, je pouvais les prendre.
Ils m'écoutaient. C'est peut-être une question de... de vibrations.
Ouais, ça doit être ça parce que, sur la ferme, il n'y avait que le
coq et le bœuf dont j'avais peur. Ils m'avaient déjà attaqués. J'ai soigné des animaux. J'ai même "élevé"
des bibittes dans des bocaux, dont des chenilles. Plus tard, je les
libérais lorsque les cocons éclosaient. J'ai fait du mal aussi. Quand on a tué Pitou, notre chien à la
ferme, j'ai détesté les êtres
humains. Mais par la suite, en grandissant, cette haine s'est transformée
en méfiance. Et aujourd'hui, c'est étrange, il y a en
Soya, dans son caractère, tous les chiens et les chats que j'ai connus
et tant aimés. J'ai déjà dit à ma meilleure amie que Soya est la dernière,
le dernier chien qui m'accompagnera dans cette vie. Et il n'y a pas
longtemps, quelqu'un de mon entourage m'a demandé "ce que je
vais faire quand Soya ne sera plus là?", car elle m'accompagne
presque partout. J'ai répondu du tac au tac, sans réfléchir: je vais
me suicider. Fallait voir la tête du gars! Je sais que ça semble ridicule
mais... je n'ai plus rien à attendre de la vie. Enfin, je ne m'étendrai
pas sur ce sujet épineux... Parler aux animaux, c'est facile. Il faut
savoir se mettre à la place de l'animal. J'irais jusqu'à dire que
pendant un instant il faut penser comme l'animal, se mettre dans sa
peau. Tenez, au "Petshop" (animalerie)
près de chez moi, il y a un énorme perroquet blanc avec une huppe
énorme. Il parle ...sa langue. Une journée, je me suis approché et
je l'ai écouté. Il parlait tout en dandinant la tête de gauche à droite.
J'ai attendu que l'endroit soit un peu plus désert, tout en grattant
le perroquet sous ses plumes et en lui disant quelques mots pour le
réconforter, puis me suis approché de la fille qui travaillait aux
cages des chiens. Je lui ai dit: "Mademoiselle, votre perroquet, là,
eh bien il dit qu'il a soif, il veut de l'eau". Elle m'a regardé d'un drôle d'air. Je me
suis senti gêné puis je suis retourné vers le perroquet qui ...répétait
tout seul son numéro d'avant. Eh bien, la fille est venu avec un bol
d'eau. Le perroquet est aussitôt descendu de son perchoir et il est
allé boire. Moi, je suis sorti du magasin en souriant. Voilà. Je ne
peux expliquer ceci cela. Je ne sais pas pourquoi mais c'est comme
ça. On aura beau dire que c'est un automatisme, on donne de l'eau
au perroquet et c'est tout naturel qu'il descende de son perchoir
pour aller boire. Je ne crois pas. Il était libre de le faire ou pas. |