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Le Journal de Carfy

Soya, épileptique

 

28 juin, 2002

 

Triste événement...

 

Soya vient de faire sa première crise d'épilepsie de l'été. Pauvre fille, elle tremble, halète, bave, les yeux hagards, pas capable de se mettre debout. Moi, je suis là à ses côtés, impuissant quand parfois elle parvient à me regarder dans les yeux comme pour me supplier de faire quelque chose.

 

Heureusement, ce soir j'ai vu quand ça a commencé. La porte de la cuisine ouverte, Soya était couchée sur le balcon, puis quand elle a essayé de se lever, paf!, pas moyen. Elle est retombée sur le plancher, tremblante, les yeux un peu à l'envers et les pattes légèrement raides.

 

C'est triste à voir. Les larmes me montent facilement aux yeux. Surtout que Soya est le seul être vivant qui partage ma vie 24 heures et sur 24 depuis environ six ans.

 

J'ai entouré mon bras autour de son cou et lui ai caressé la tête, doucement, tout doucement. Je lui ai parlé à voix basse. Je lui ai dit de ne pas s'inquiéter, de ne pas bouger, que tout allait bien se passer, que dans quelques instants elle n'y pensera plus et qu'elle pourra continuer à épier les chats du voisinage, les écureuils qui montent et descendent des arbres, l'envol des pigeons sur le toit de la maison d'à côté...

 

C'est la première fois que la crise est aussi forte. La crise était si forte que Soya a laissée échapper des excréments. Aussi, habituellement Soya ne bave pas autant comme elle l'a fait ce soir. Et c'est étrange : cela n'arrive qu'à l'été et parfois à l'automne. Jamais en hiver. Peut-être est-ce dû à la chaleur? Je n'en ai aucune espèce d'idée.

 

Il faut que je coche la date d'aujourd'hui au calendrier. La prochaine fois, parce que je sais qu'il y aura une prochaine fois car c'est la troisième fois que ça arrive, je saurai à quelle intervalle cela se produit.

 

__________Plus tard__________

 

Soya va mieux. C'est comme si rien ne s'était produit. Elle joue avec son gros toutou, un tigre en peluche. Et dès qu'elle entend un miaulement, elle se précipite au balcon en émettant son grondement guttural habituel. Elle regarde devant et de gauche à droite. Mais c'est trop sombre dehors. Alors elle est aux aguets, attend le prochain miaulement, qui parfois vient et parfois ne vient pas.

 

C'est étonnant la vue d'un chien, et de Soya en particulier. Quand je reviens du petit déjeuner au resto le matin, elle me reconnaît alors que je suis à au moins six immeubles de chez moi. Plus je me rapproche et je constate que sa queue touffue branle de tous bords tous côtés. Elle est contente.

 

Souvent quand je m'absente trop longtemps, c'est la joie qui déborde lorsque je suis de retour. Elle ne me lâche plus. Elle ne tient pas en place. Ça prend près de dix minutes avant qu'elle ne se calme. Alors elle se couche à mes pieds comme pour faire sûr que je ne vais pas partir à nouveau ...sans l'emmener avec moi.

 

Le jour où ce sera elle qui partira, je crois que...

 

(28 juin, 2002)

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