9.6 Tenir
compte de la culture du milieu
La plupart des Églises en croissance prennent, un jour ou l’autre, la décision d’utiliser, dans leurs célébrations liturgiques, de la musique contemporaine et des instruments de musique modernes. Ce fut le cas du pasteur Rick Warren. Il dit que ce choix engendra pour son église un élan extraordinaire de croissance. Dans un souci d’évangélisation et de communication avec son milieu, il révisa le vocabulaire employé dans ses prédications pour s’assurer d’être compris par les personnes peu familières avec le langage théologique. Détail insignifiant mais révélateur de son approche pastorale et missionnaire, il décida ne pas porter de cravate lors des célébrations afin de s’adapter à la culture environnante. Dans sa dénomination évangélique, c’est un changement qui ne passe pas inaperçu.
Adapter l'Église à la culture et à la langue du milieu a été pour lui un élément déterminant pour la croissance. C’est d’ailleurs théologiquement que se fonde une telle exigence. L’ecclésiologue Jean-Marie Tillard[1] insiste aussi sur l’importance de tenir compte des cultures, des traditions, et des terreaux qui sont « chair » d’Église. En prenant trop de distance par rapport au lieu où s'implante l’Église, s'obscurcit sa dimension « charnelle »[2]. Le nouveau code de droit canonique de l’Église catholique ignore l'expression Église locale, le diocèse est vu comme portion du peuple de Dieu (canon 369, 370, 371); pourtant l’Église locale n'est pas une partie de l’Église universelle; elle est l’Église universelle manifestée en un lieu déterminé. L'Église locale a pour matériau un tissu d'humanité[3]. D’où l’importance de s’adapter au contexte humain dans lequel elle est inséré.
Tant que je n’ai pas précisé que je suis de l’Église de Chypre, de Crète, d’Alexandrie, de Finlande, de…, je n’ai pas dévoilé toute mon identité ecclésiale[4].
Les propos de Tillard viennent appuyer
la nécessité d’ « indigéniser » les communautés locales. Car
celles-ci tiennent leur identité de la rencontre entre l’Évangile et le tissu
concret de l'existence. Elles sont à la fois Évangile vécu et implantation dans
la cité humaine[5].
Elles sont une greffe authentique sur
le milieu. La communauté chrétienne devrait donc se fondre culturellement dans
la réalité qui composent son environnement[6].
Il n’est pas raisonnable d’imaginer une église « type » dans un lieu
donné.
Adapter la communauté chrétienne aux dimensions locale de l’existence c'est rester fidèle à l'Écriture. C’est s’accorder à une ecclésiologie qui respecte la diversité culturelle voulue par Dieu dans la création. Un des buts de l’Église locale est de greffer l’Évangile dans son milieu. Cette greffe permet d’apporter la communion et la réconciliation offert dans la grâce du Christ sur les éléments blessés d’un milieu[7].
L’importance de la dimension locale de l’Église nous invite, comme on le trouve souvent exprimé dans les écrits du MCE, à élaborer des actions ecclésiales en fonction du milieu et plus précisément en fonction des besoins et des souffrances de celui-ci.
McGavran insistait avec raison sur la nécessité de mettre sur pied des Églises « indigènes » locales, mais Tillard va plus loin en disant que si l’Église a su « faire passer au Christ » les grands courants de la philosophie, la mission chrétienne est de « faire passer au Christ », en en conservant des éléments majeurs, les grandes expressions culturelles et philosophiques et même religieuses de l'humanité[8]. Par l'établissement d'authentiques Églises locales[9], la chair d'un peuple, d'une région, devient « chair du Christ » (Eph 5:28-32).
Bien sûr l’Église locale ne doit pas faire alliance avec un tribalisme ethnique, un clanisme raciste, un syncrétisme religieux, au risque de mener à la destruction deux éléments essentiels de la mission chrétienne : instaurer la fraternité universelle et proclamer la vérité du Christ mort et ressuscité. Mais la mission est à comprendre sous l’angle d'une théologie de l'entrée des richesses humaines dans le Christ[10]. Dans cette optique, il est plus approprié de parler de greffe que d’implantation d’Église. Les communautés nouvelles se greffent dans un milieu pour y apporter la réconciliation dans le Christ. Ainsi la communauté ne sera pas un espace culturellement séparé, mais plutôt un corps de réconciliation et de guérison dans une réalité déjà existante.
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Commentaires
et suggestions :
[1] Jean-Marie Tillard, ecclésiologue
canadien bien connu a écrit plusieurs livres dont L’Église locale, ecclésiologie de communion et catholicité (1995)
[2] Cf. J.-M. R. Tillard, L’Église locale, ecclésiologie de communion
et catholicité, Paris, Éditions du Cerf, 1995, pp. 284-285.
[3] Cf. ibid., p. 11.
[4] Ibid., p. 8.
[5] Cf. ibid., p. 365.
[6] Cf. ibid., p. 555.
[7] Cf. ibid., pp. 54-55.
[8] Cf. ibid., p. 104.
[9] Cf. ibid., p. 142.
[10] Cf. ibid., p. 98.