1.3 L’Église Saddleback Valley Community Church
Rick Warren est le pasteur fondateur de
l'Église Saddleback Valley Community
Church en Californie. Il est né à San José en Californie et a obtenu un bac
au California Baptist College, une
maîtrise au Southwestern Theological
Seminary, et un doctorat au Fuller
Theological Seminary. À cause de son aptitude à faire croître son Église,
on l’a appelé « l'inventeur du renouveau perpétuel »[1]. Plus de 50.000 pasteurs et responsables d’Églises
locales de soixante dénominations différentes ont assisté à ses séminaires et
conférences. Son livre le plus connu est The
Purpose Driven Church traduit en plusieurs langues et vendu à trente mille
exemplaires. C’est avec son épouse, Kay, qu’il a commencé son Église en
rassemblant quelques personnes dans leur maison. C’était en janvier 1980, ils
sont maintenant quatorze mille à célébrer tous les week-ends. Son Église[2] est la deuxième plus grande des États-Unis. Depuis
les trois dernières années, elle a
connu le taux de croissance ecclésiale le plus élevé en Amérique du Nord.
Presque soixante-quinze pour cent des membres y ont été baptisés, dont 2.465
les deux dernières années. En 1995, l’Église de Saddleback a été officiellement
reconnue comme l’Église baptiste ayant eu le taux de croissance le plus rapide
de toute l'histoire américaine. En septembre 1995, après quinze ans de réunions
dans des écoles, des clubs, des entrepôts, et même dans une tente, la
communauté a fait construire une église sur un campus de soixante dix-neuf
hectares. De cette communauté sont issues vingt-six autres Églises.
Comme McGavran et Dale Galloway, Warren
explique que Dieu veut la croissance
numérique des Églises et que les brebis égarées doivent êtres retrouvées[3]. D’après lui, la Bible, particulièrement dans les
paraboles du Royaume, affirme une vérité essentielle : Dieu s’attend à ce que l’on fasse augmenter
le nombre des chrétiens. La croissance n’est pas optionnelle et nous avons le
devoir de la poursuivre[4]. Pour faire grandir une communauté, dit-il, ça prend
plus que la bonne volonté, la consécration ou la piété ; ça prend de la
compétence. Il ne s’agit pas de travailler plus durement mais de travailler
plus intelligemment. La croissance est le fruit d’une coopération entre Dieu et
les êtres humains. Il relie la capacité de croissance d’une communauté
chrétienne à la santé de l’organisation ecclésiale. Les méthodes et
planifications sont incontournables : c’est la grâce de Dieu qui, passant par
nos efforts et notre intelligence, produit la croissance[5].
Rick Warren estime qu’il n’y a pas de
stratégie unique pour assurer la croissance. Après avoir étudié de nombreuses
Églises en croissance, il a constaté que plusieurs utilisent des stratégies
parfois très différentes. Ce serait simpliste et inapproprié, dit-il, de penser
qu’il n’y a qu’une formule pour assurer la croissance d’une communauté[6]. Il y a plusieurs moyens pour croître : les
écoles du dimanche, les cellules de maison, l’utilisation de la musique
contemporaine ou de la musique traditionnelle, les visites à domicile, etc[7]. On ne retrouve pas tous ces facteurs dans chacune
des Églises en croissance; les stratégies, les structures et les styles
varient, mais il existe des points communs entre ces différentes communautés et
il faut savoir en extraire des principes généraux[8]. Il ne s’agit pas de calquer un modèle mais
d’utiliser les principes et de les adapter à son milieu[9].
Rick Warren a remarqué qu’un des éléments
communs aux Églises en croissance est une caractéristique particulière des
responsables. Les pasteurs s’attendent
à ce que leurs assemblées grandissent, ils croient en l’action de Dieu et en
ses promesses. C’est le secret de leur réussite, ils s’attendent à voir des miracles et ils se rendent disponibles pour
que Dieu les utilise à travers leur foi[10]. Les communautés en croissance ont une identité
claire et précise. Elles savent pourquoi elles existent et quels sont leurs
buts. Elles savent précisément à quoi Dieu les appelle. Elles se consacrent à
faire des disciples, à faire aimer Dieu et le prochain[11]!
Rick Warren a adopté un style de
leadership qui partage pouvoir et
responsabilités. Il s’organise et travaille avec les membres
non-ordonnés[12] en les formant et en leur confiant des responsabilités.
Il essaye de réveiller les nombreux
talents, les ressources, l’énergie et la créativité des membres de sa
communauté[13]. Dans sa
façon de diriger, il essaye d’éviter deux extrêmes : l’un est d’assumer
toute la responsabilité pour l’évangélisation et l’autre est de s’en décharger
complètement[14]. Il explique que pour trouver l’équilibre, le
pasteur et les laïcs ne doivent pas confondre leurs rôles : les laïcs n’ont pas à s’approprier le
leadership de la communauté et les pasteurs n’ont pas à se donner l’exclusivité
des ministères[15]. Définir la mission, la mettre par écrit, la
communiquer par une vision claire et des rêves est, dit-il, le point de départ
de l’action du dirigeant[16]. Mais, pour définir ses objectifs, il faut bien
connaître les besoins du milieu et rester ouvert aux changements de
l’environnement, lui-même n’a pas hésité à faire un sondage dans son quartier
pour découvrir les griefs que les gens avaient contre l’Église en général. Pour
lui, la longueur du mandat pastoral est essentielle; en effet, si un long
mandat pastoral ne garantit pas la croissance, un changement fréquent du
premier responsable empêche la croissance[17] : Une Église qui change de régulièrement de
pasteur ne connaîtra pas de réelle croissance[18].
L’Église Saddleback a concentré son évangélisation
seulement sur une partie de la population. Elle a visé les personnes qui
avaient le plus de chance de s’identifier aux autres membres de la communauté[19]. Rick Warren explique qu’il faut aller en priorité
vers les personnes qui n’habitent pas trop loin, celles que l’on comprend, avec
qui l’on est déjà en lien, avec qui l’on a des points communs et que l’on peut
aider. Pour permettre la croissance, la communauté ne devrait pas chercher à
être ce qu’elle n’est pas et atteindre des personnes qui lui sont trop
différentes. Il vaut mieux aussi concentrer ses efforts pour rejoindre les
personnes réceptives : Les Églises en croissance visent à rejoindre les
personnes réceptives, les Églises qui stagnent cherchent à réintégrer les
personnes qui les ont quittées[20].
Comme les Églises des pasteurs Cho et
Galloway, l’Église de Rick Warren fonctionne avec une structure de groupes de
maison. Les membres de sa communauté cherchent à offrir à ceux qui viennent une
atmosphère d’accueil et d’amour : Les
communautés qui grandissent aiment et les communautés qui aiment grandissent[21]. Ils sont spécialement ouverts et sympathiques aux
personnes qui viennent pour la première fois[22]. Warren a cherché
à mettre en place un processus d’intégration des nouveaux qui permet à la fois
de les fidéliser et de les impliquer dans la mission. Il le fait en offrant une
formation sous forme de cours qui amènent les nouveaux à comprendre
l’importance de leur implication dans l’Église locale. D’autres cours ont pour
but de faire découvrir leurs talents à l’ensemble des membres afin qu’ils les
mettent au service du Christ et de son Église. Ce processus est un élément
central qui a contribué à sa croissance. Il explique son succès en trois mots : faire des disciples.
L’Église de
Rick Warren se fixe comme but de
fortifier la communauté en accueillant des nouveaux, en les fidélisant et en
les formant au fur et à mesure; un peu comme un arbre qui fortifie ses propres
branches au fur et à mesure qu’il grandit. Warren fait grandir spirituellement
les membres de sa communauté en leur donnant des cours adaptés à leur
cheminement. Il explique qu’il est nécessaire de fortifier les jeunes pousses
afin de soutenir la croissance future. Les Églises qui se donnent comme priorité
d’intégrer les nouveaux et qui planifient leurs activités en fonction de cette
nécessité, réussissent le mieux. Celles qui ne se préoccupent pas des nouvelles
personnes ou qui ne se soucient pas de les intégrer à la communauté ne
grandissent pas. Quand de nouvelles personnes visitent l’église ou y reviennent
depuis peu, il leur propose de suivre des cours qui les fidélise, en font des
membres réguliers, les amènent à s’impliquer et à devenir missionnaires.
Comme Dale Galloway, Rick Warren organise
sa communauté afin qu’elle soit toujours plus chaleureuse et réponde aux
besoins des personnes du milieu[23]. Répondre aux besoins des personnes du milieu, c‘est
adapter les services offerts par l’Église à la population locale. Pour lui, une
communauté ne peut pas grandir au-delà de sa capacité à répondre aux besoins
des gens. C’est
dans cette optique que son Église accorde une attention toute particulière au
style de musique utilisé dans les célébrations. La musique est un des éléments importants qui favorise la croissance. Le
genre de musique doit correspondre aux goûts des personnes qu’on cherche à
rejoindre.[24] Après le sondage qu’il effectua pour mieux connaître
les personnes de son milieu, Warren a changé radicalement son style de chants
et de musique. Grâce à cela, explique-t-il, en un an, leur communauté a
littéralement explosé de croissance[25].
Mais il ne s’agit pas de viser
exclusivement la croissance numérique :
La vérité, dit-il, c’est que vous n’arriverez pas à croître si
c’est cela votre seule préoccupation[26]. On n’a pas à s’inquiéter excessivement de la
croissance[27] mais plutôt d’accueillir avec amour les personnes
que Dieu nous envoie[28]. Dieu fera croître la communauté au rythme qu’il
voudra et aux dimensions qu’il voudra[29]. Warren se soucie plus des personnes que des
chiffres. Il est convaincu que la croissance est le résultat d’une organisation
saine ; si l’organisation est saine, elle va croître. Et la santé d’une
organisation est une question d’équilibre[30]. Rick Warren développe sa communauté à cinq niveaux
: 1. fellowship (Communion
fraternelle); 2. DISCIPLESHIP (Faire
des disciples); 3. WORSHIP (Célébrations
liturgiques); 4. MINISTRIES (Ministères
laïcs); 5. ÉVANGELISM (Évangélisation).
Une stratégie particulière est élaborée pour développer chacun de ces niveaux,
la structure de l’Église est adaptée et le tout est évalué en fonction de
l’excellence[31].
Retour
à la table des matières
[1] C’est Peter
Drucker, auteur de réputation mondiale en gestion, qui lui a attribué ce
surnom.
[2] Ici, le terme Église
ne signifie pas dénomination mais communauté de type paroissiale réunie
autour d’un ou de plusieurs pasteurs dans une église ou un bâtiment principal.
[3] Cf.
R. WARREN, The Purpose Driven
Church : Growth without compromising your message and mission, Grand
Rapids, Michigan, Zondervan Publishing House, 1995, p. 29.
[4] Cf. ibid., p. 105.
[5] Cf. ibid., pp. 56-60.
[6] Cf. ibid., p. 128.
[7] Cf. ibid., p. 61.
[8] Cf. ibid., p. 31.
[9] Cf. ibid., p. 68.
[10] Cf. ibid., p. 398.
[11] Cf. ibid.,
p. 103.
[12] Cf. ibid., , pp. 70 et 77.
[13] Cf. ibid., p. 365.
[14] Cf. ibid., p. 58.
[15] Cf. ibid., p. 378.
[16] Cf. ibid., pp. 80ss, p. 111 et 118.
[17] Cf. ibid., p. 31.
[18] Ibid., p. 31.
[19] Cf. ibid., pp. 157-159.
[20] Ibid., p. 183.
[21] Ibid., p. 210 (notre traduction).
[22] Cf. ibid., p. 210.
[23] Cf. ibid., p. 48.
[24] Cf. ibid., p. 280.
[25] Cf. ibid., p. 285.
[26] Ibid., p. 48.
[27] Cf. ibid., p. 394.
[28] Cf. ibid.,
p. 14.
[29] Cf. ibid., p. 394.
[30] Cf. ibid., p. 16.
[31] Cf. ibid., pp 141-151 et p. 275.